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Talant : la dette s’envole, l’épargne plonge, les comptes virent au rouge

Par Bernard .D 30 septembre 2026

Capacité de désendettement portée à 16,5 ans, épargne nette devenue négative, fonds de roulement presque épuisé : l’analyse rétrospective menée par le cabinet Finance Active sur les finances de Talant entre 2020 et 2026 fait apparaître une nette détérioration des équilibres de la commune. Présenté au conseil municipal, l’audit pointe notamment la contraction de l’épargne, la progression des dépenses de fonctionnement et un niveau d’investissement qui a nécessité un recours croissant à l’emprunt. La nouvelle majorité municipale promet désormais de faire du redressement financier l’une de ses priorités.

Les chiffres présentés au conseil municipal de Talant ont de quoi nourrir les débats budgétaires des prochains mois. Lundi 28 septembre, le cabinet Finance Active, qui accompagne la commune depuis plusieurs années, a livré une analyse rétrospective de la situation financière de la Ville entre 2020 et 2026. Selon le document présenté aux élus, les équilibres financiers de Talant se sont progressivement dégradés, particulièrement dans les dernières années de la période étudiée.

L’étude intervient quelques mois après la présentation d’un rapport de la Chambre régionale des comptes portant sur la période 2019-2024. Pour le maire, Adrien Guené, cette nouvelle analyse doit permettre d’établir une photographie financière avant les prochains arbitrages budgétaires. « La présentation de l’audit financier est une opération de transparence que nous avons voulue », explique-t-il, rappelant l’engagement pris par la nouvelle municipalité de faire de l’hôtel de ville « une maison de verre ». Le maire insiste aussi sur l’indépendance de Finance Active, cabinet qui travaillait déjà avec Talant avant le changement de majorité et accompagne également Dijon Métropole et d’autres collectivités du territoire. « Il ne s’agit donc pas de donner notre version mais bien d’avoir une photographie qui nous permettra de prendre les bonnes décisions sur le budget à venir », affirme-t-il.

Une capacité de désendettement passée de 4,1 à 16,5 ans

Trois indicateurs concentrent l’essentiel des inquiétudes. Le premier est la capacité de désendettement, c’est-à-dire le nombre d’années théoriquement nécessaires à une collectivité pour rembourser l’intégralité de sa dette en y consacrant son épargne brute. Elle était de 4,1 années en 2020. Elle est estimée à 16,5 années en 2026, au-dessus du seuil de vigilance de 12 ans retenu dans l’analyse. 

La trajectoire apparaît particulièrement marquée à partir de 2024. Selon Finance Active, le ratio évolue de 4,0 années en 2023 à 6,2 en 2024, puis 7,1 en 2025 avant de bondir à 16,5 en 2026. Dans le même temps, l’encours de dette, qui s’élevait à 8,8 millions d’euros fin 2020, atteindrait 13,1 millions d’euros fin 2026. 

Deuxième signal : l’épargne de la commune s’est fortement contractée. L’épargne nette, autrement dit ce qu’il reste à la collectivité après le remboursement du capital de sa dette pour financer de nouveaux investissements, passerait de 1,2 million d’euros en 2020 à -200 000 euros en 2026. Talant ne dégagerait donc plus, à cette date, de ressources propres après remboursement de sa dette pour contribuer au financement de ses équipements.

Même tendance pour l’épargne brute. Le document de synthèse de Finance Active la chiffre à 2,2 millions d’euros en 2020 et 700 000 euros dans le tableau prévisionnel pour 2026, tandis que sa conclusion évoque environ 800 000 euros. Dans tous les cas, la tendance est identique : en six ans, cette marge financière aurait été divisée par près de trois.

Enfin, le fonds de roulement est lui aussi arrivé à un niveau très faible. De 2,63 millions d’euros fin 2020, il est passé à 870 000 euros en 2024, avant de devenir négatif en 2025, à -220 000 euros. Il ne remonterait qu’à environ 70 000 euros à la fin de 2026. Finance Active rappelle dans son étude que les chambres régionales des comptes recommandent de disposer d’un fonds de roulement correspondant à environ deux mois de charges de personnel. Pour Talant, cela représenterait de l’ordre de 1,5 million d’euros.

Des dépenses qui progressent plus vite que les recettes

Comment la commune en est-elle arrivée là ? L’audit met d’abord en évidence un classique « effet de ciseau » : les recettes et les dépenses de fonctionnement n’évoluent plus au même rythme. En 2026, les recettes de fonctionnement reculeraient de 0,3 %, tandis que les dépenses progresseraient de 4,5 %. Cette divergence contribue directement à l’érosion de l’épargne de la Ville.

Finance Active relève que les dépenses de gestion ont notamment été tirées par les charges de personnel et les charges à caractère général. Les dépenses de personnel sont ainsi passées de 7,1 millions d’euros en 2020 à une estimation de 9,1 millions en 2026. L’audit précise cependant qu’une partie de cette progression résulte de décisions nationales : revalorisations du point d’indice en 2022 et 2023, mesures catégorielles ou encore hausse des cotisations sociales et de retraite, notamment de la CNRACL à partir de 2025. Les effectifs en équivalents temps plein sont parallèlement passés de 161 en 2020 à 175 en 2025.

Les charges à caractère général ont, elles aussi, connu une forte progression jusqu’en 2024, dans un contexte marqué successivement par la crise sanitaire, l’inflation et la hausse des prix de l’énergie. L’étude replace d’ailleurs la période dans un environnement national exceptionnel : Covid-19, bouclier tarifaire, forte inflation, relèvement du point d’indice des fonctionnaires, réformes fiscales et hausse des cotisations retraite ont modifié les conditions de gestion des collectivités entre 2020 et 2026.

Plus de 2 millions d’euros de recettes fiscales non perçues en raison des baisses de taux

L’audit insiste également sur les choix fiscaux réalisés au cours du précédent mandat. Le taux de taxe foncière sur les propriétés bâties a été abaissé progressivement entre 2022 et 2025. Après le transfert de la part départementale lié à la réforme de la taxe d’habitation, le taux communal était de 50,93 % en 2021. Il est passé à 49,91 % en 2022, 49 % en 2023, 48,5 % en 2024 puis 48 % à partir de 2025. Finance Active chiffre à -5,75 % la baisse du taux entre 2021 et 2026. 

Cette baisse a limité la progression du produit fiscal malgré l’augmentation des bases. Selon les calculs du cabinet, la commune aurait perçu, à taux constants, 2,033 millions d’euros de recettes supplémentaires entre 2022 et 2026 : environ 166 000 euros en 2022, 336 000 euros en 2023, 441 000 euros en 2024, 542 000 euros en 2025 et 548 000 euros en 2026.

Il ne faut toutefois pas en conclure que les recettes fiscales ont diminué en valeur absolue. Le produit des contributions directes a au contraire progressé de 12,5 % entre 2020 et 2026, avec une augmentation moyenne de 1,78 % par an, notamment grâce à la revalorisation des bases fiscales. Finance Active souligne simplement que cette progression a été atténuée par les baisses de taux successives. 

Dans le même temps, d’autres ressources ont évolué de manière contrastée. La dotation forfaitaire de l’État est globalement orientée à la baisse et passerait d’environ 1,4 million d’euros en 2020 à 1,2 million en 2026, avec notamment un écrêtement de 90 000 euros prévu cette dernière année. À l’inverse, la dotation de solidarité urbaine progresse, passant de 629 000 euros en 2020 à 812 000 euros en 2026. 

24 millions d’euros investis, dont 42 % financés par l’emprunt

C’est toutefois la politique d’investissement qui concentre une large part du diagnostic de Finance Active. Sur la période étudiée, la Ville a réalisé plus de 24 millions d’euros d’investissements, soit environ 3,4 millions d’euros par an en moyenne.

Selon l’étude, ces investissements ont été financés à hauteur de 24 % par l’épargne nette, 24 % par l’utilisation des excédents antérieurs et 19 % par des subventions. Le recours à l’emprunt représente 42 % du financement, soit 10,15 millions d’euros sur la période. 

La montée en puissance est particulièrement visible en fin de période. Les dépenses d’équipement atteignent notamment 4 millions d’euros en 2023, plus de 5 millions en 2025 et restent à un niveau élevé en 2026. Parmi les principaux projets recensés par Finance Active figurent le Pôle de l’Enfance, Cap Ouest, l’extension du restaurant de l’école Curie, les aménagements des Cerisiers, la reconstruction du club-house de tennis, les vestiaires du stade Rude, la vidéoprotection ou encore l’aménagement de cellules de police et d’un relais.

Cette politique d’équipement n’est pas présentée comme problématique en elle-même par l’audit. C’est son niveau au regard de la capacité d’autofinancement de la commune qui est questionné. Finance Active conclut que le volume d’investissement s’est révélé « supérieur aux capacités de financement dégagées par la section de fonctionnement », entraînant un recours accru à l’emprunt et, mécaniquement, une augmentation de l’endettement.

« Il y a des feux rouges, qui ne sont pas nouveaux »

Pour Stéphanie Grayot-Dirx, première adjointe chargée notamment des Finances, les alertes ne datent pas de 2026. « Il y a des feux rouges, qui ne sont pas nouveaux. Ils existent depuis 2023 », a-t-elle déclaré lors de la présentation de l’audit.

L’élue estime que la commune disposait déjà d’éléments lui permettant d’anticiper l’évolution de sa situation. Selon elle, l’épargne s’est « fortement contractée » et les investissements ont continué à accélérer malgré l’effet de ciseau constaté à partir de 2023 et les alertes formulées sur ce sujet. Elle juge désormais la Ville « endettée au-delà de ratios de bonne gestion » et souligne que son fonds de roulement est « quasiment épuisé ». 

S’adressant directement à l’ancien maire Fabian Ruinet, elle a également mis en cause la politique d’investissement menée lors du mandat précédent : « Il y a une politique d’investissements que vous dites “assumer”. Le problème est que c’est la commune qui doit l’assumer aujourd’hui. »

Pour autant, la première adjointe ne détaille pas encore les décisions qui seront prises. Elle prévient que « tous les leviers vont devoir être mis sur la table » et promet que les futurs choix seront présentés aux élus avec leurs conséquences à moyen et long terme. « On va devoir travailler dans un esprit de transparence et de responsabilité », a-t-elle déclaré, s’engageant à fournir au conseil municipal une information permettant « à chacun des élus de se projeter dans l’avenir ». 

Une note Finance Active qui se dégrade brutalement

Autre élément de l’audit : la notation établie par Finance Active. Sur une échelle allant de 1, pour la meilleure situation, à 7 pour la plus dégradée, Talant obtenait une note de 3,2 en 2020, puis 2,8 en 2021, 3,6 en 2022 et 3,1 en 2023. La situation se dégrade ensuite rapidement : 4,1 en 2024, 4,7 en 2025 et 6,4 en 2026. La moyenne calculée sur l’ensemble de la période s’établit à 4.

La comparaison effectuée par le cabinet entre les deux parties de la période illustre cette rupture : pour 2020-2023, les indicateurs de solvabilité, d’excédents et d’endettement se situent autour de 3,1 à 3,75 ; sur la période 2024-2026, ils se dégradent respectivement à 4,73, 5,13 et 6.

Ces chiffres appellent néanmoins une précaution importante : les données 2026 ne correspondent pas encore à un compte administratif définitif. Elles sont présentées par Finance Active comme des estimations de réalisation au 31 décembre établies à partir des dépenses et recettes déjà exécutées ainsi que des taux de réalisation observés les années précédentes.

Réduire l’effet de ciseau avant de relancer les capacités d’investissement

Reste désormais la question du redressement. Sur ce point, Finance Active fixe plusieurs axes. Le cabinet estime que la priorité doit être de restaurer les marges de manœuvre en fonctionnement, afin de stopper l’érosion de l’épargne et de reconstituer une capacité d’autofinancement.

Cela passe, selon l’audit, par une action sur la dynamique des dépenses mais également par une optimisation, lorsque cela est possible, des recettes fiscales et tarifaires. Finance Active recommande aussi de hiérarchiser les investissements au moyen d’une programmation pluriannuelle compatible avec les capacités réelles de la commune et de limiter le recours à l’emprunt tant que l’épargne et le fonds de roulement n’auront pas été reconstitués.

C’est désormais à la majorité municipale de traduire ce diagnostic en décisions budgétaires. Pour Adrien Guené, l’objectif affiché est de retrouver des marges de manœuvre avant d’envisager les investissements futurs. La Ville indique ainsi vouloir freiner l’effet de ciseau, reconstituer son épargne et restaurer sa capacité d’autofinancement.

L’audit pose donc un cadre particulièrement contraint pour les prochains budgets de Talant. Entre maîtrise des dépenses, niveau des recettes, programmation des investissements et limitation de la dette, les arbitrages à venir devraient désormais porter moins sur le constat — largement documenté par Finance Active — que sur les moyens choisis par la nouvelle équipe municipale pour rétablir les équilibres.

Présentation audit financier – Finance Active.pdfDocument PDFOuvrir le PDFTélécharger