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Dijon et son agglomération

À Dijon, la mobilisation lycéenne se poursuit dans la tension : nouveaux blocages, interventions policières et colère sur les conditions d’études

Par Bernard .D 1 octobre 2026

Après une première journée déjà marquée par des affrontements devant le lycée Le Castel, la mobilisation lycéenne s’est poursuivie ce jeudi 1er octobre à Dijon. Deux établissements, Le Castel et Hippolyte-Fontaine, ont de nouveau été touchés par des blocages dans la matinée. Poubelles disposées devant les entrées, pétards, interventions des forces de l’ordre et gaz lacrymogènes : le mouvement, né autour du manque de moyens dans l’Éducation nationale et des conditions d’études, prend désormais une tournure aussi sociale que sécuritaire.

La contestation lycéenne ne retombe pas à Dijon. Ce jeudi matin, deux nouveaux points de tension ont été signalés devant les lycées Le Castel et Hippolyte-Fontaine, dans le cadre de la nouvelle journée nationale de mobilisation appelée par les organisations lycéennes.

À Hippolyte-Fontaine, des élèves se sont regroupés devant les grilles et ont installé des poubelles pour matérialiser le blocage. Des pétards ont également été lancés. Les forces de l’ordre sont rapidement intervenues pour disperser les jeunes. Une première évacuation n’a toutefois pas mis fin au rassemblement : plusieurs participants se sont regroupés à nouveau devant l’établissement, conduisant les policiers à faire usage de gaz lacrymogène.

Au Castel, déjà au centre des tensions mercredi, des barricades et des poubelles ont de nouveau été installées devant le lycée. Là encore, les forces de l’ordre ont tenté de disperser les groupes présents. La situation a également eu des conséquences sur la circulation : le boulevard Voltaire a été fermé temporairement dans un sens afin de faciliter le dispositif policier avant un retour à la normale dans la matinée.

Le Castel, épicentre des tensions depuis mercredi

La mobilisation dijonnaise s’inscrit dans une séquence entamée plusieurs jours plus tôt, mais le lycée Le Castel est devenu mercredi le principal foyer de tension dans le département.

Vers 8 heures, une cinquantaine puis une centaine de personnes s’étaient rassemblées aux abords de l’établissement. Selon la préfecture de Côte-d’Or, plusieurs individus, dont certains cagoulés, avaient tiré des mortiers d’artifice en direction des forces de sécurité. Des poubelles avaient été déplacées sur la chaussée, certaines incendiées, tandis que des projectiles avaient été lancés contre les policiers mais également, selon les services de l’État, vers certains lycéens cherchant à pénétrer dans l’établissement. Les forces de l’ordre avaient répondu par des grenades lacrymogènes. Deux personnes avaient été interpellées en Côte-d’Or et aucun blessé n’avait alors été annoncé officiellement.

Sur l’ensemble de l’académie, quatre établissements avaient été touchés par des perturbations mercredi : deux en Côte-d’Or, un en Saône-et-Loire et un dans l’Yonne. Quinze interpellations avaient été recensées, dont deux en Côte-d’Or et treize en Saône-et-Loire.

La veille déjà, mardi 29 septembre, huit établissements de l’académie avaient connu des perturbations ou des blocages, dont deux en Côte-d’Or. Trois interpellations avaient alors été effectuées dans le département.

Deux récits opposés sur l’intervention policière

Les événements du Castel font depuis l’objet de lectures très différentes. Du côté de la préfecture, l’accent est mis sur les violences commises par certains participants. L’État parle de « violences urbaines » et insiste sur les tirs de mortiers, les jets de projectiles et les obstacles dressés sur la chaussée. La préfète rappelle que le droit de manifester ne saurait justifier des violences contre les forces de l’ordre ou d’autres personnes.

Les sections FSU, CGT Éduc’action et FO du lycée livrent un autre récit. Selon elles, les lycéens sont initialement arrivés dans le calme mercredi matin. Les enseignants présents expliquent que seules quelques poubelles avaient d’abord été placées à proximité de l’entrée, sans empêcher réellement l’accès aux cours. Ils rapportent ensuite que des personnes qu’ils ne reconnaissaient pas comme élèves de l’établissement ont lancé des projectiles vers les policiers, malgré les appels de plusieurs lycéens à rester pacifiques. Les syndicats dénoncent surtout l’usage répété de gaz lacrymogène et estiment que certains élèves auraient été visés alors qu’ils se dispersaient.

Ce désaccord illustre désormais l’un des enjeux du mouvement : derrière la contestation scolaire elle-même, la question de la réponse policière devient une revendication supplémentaire pour une partie des lycéens et des organisations syndicales.

Mais que réclament les lycéens ?

La mobilisation ne se limite pourtant pas aux blocages et aux incidents. À Dijon comme ailleurs, les revendications exprimées touchent d’abord aux conditions d’apprentissage. Au Castel, des pancartes dénonçaient notamment les classes surchargées, la pression liée à Parcoursup, des journées de cours jugées trop longues ou encore les restrictions portant sur les entrées et sorties de l’établissement.

À l’échelle nationale, l’Union syndicale lycéenne met en avant un ensemble de difficultés devenues récurrentes : enseignants absents et non remplacés, effectifs trop importants dans certaines classes, emplois du temps éprouvants, bâtiments dégradés, manque de personnels médico-sociaux et sentiment d’inégalité entre établissements. Les lycéens dénoncent également la pression de l’orientation et de la sélection post-bac.

Pour le président de l’Union syndicale lycéenne, Ryad Rani, l’enjeu central reste d’obtenir des conditions « correctes, équitables et justes » pour étudier, quel que soit l’établissement fréquenté.

Le mouvement trouve aussi un écho particulier en Bourgogne-Franche-Comté. La majorité de gauche du conseil régional a apporté son soutien aux jeunes mobilisés, estimant que les conditions d’apprentissage se dégradent faute de moyens suffisants alloués à l’Éducation nationale et à l’enseignement supérieur. Elle insiste toutefois sur le fait que la grande majorité des jeunes engagés dans le mouvement refuse les violences.

Une mobilisation désormais élargie aux étudiants

Ce jeudi constitue également une nouvelle étape dans le mouvement national. L’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante ont appelé conjointement à bloquer lycées et universités le 1er octobre avant une nouvelle manifestation annoncée pour le 6 octobre. Les organisations dénoncent les politiques d’austérité, les fermetures de places, la dégradation des bâtiments scolaires et universitaires ainsi que ce qu’elles qualifient de sélection sociale.

Cette volonté de convergence avec les étudiants est également soutenue par plusieurs organisations nationales du supérieur. L’objectif affiché est de transformer une série de mobilisations locales en mouvement plus large autour du financement de l’Éducation et des services publics.

Le mouvement a déjà pris une ampleur importante. Mardi, plus de 400 établissements avaient connu des actions ou des perturbations en France selon les données communiquées par le ministère et reprises par plusieurs médias. Dans certains territoires, les mobilisations sont restées pacifiques. Dans d’autres, elles ont donné lieu à des affrontements, des dégradations et de nombreuses interpellations.

Le gouvernement reconnaît certaines revendications mais condamne les violences

Face à cette mobilisation, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, tente de maintenir une ligne de crête. Il ne conteste pas la possibilité pour les lycéens d’exprimer des revendications et a reconnu que certaines difficultés soulevées par les jeunes étaient légitimes. Il demande cependant que les échanges passent davantage par les instances de représentation lycéenne et condamne fermement les violences, les blocages complets et les atteintes portées aux personnes ou aux établissements.

Le ministre a notamment estimé qu’empêcher l’accès à un lycée revient parfois à quelques dizaines de manifestants bloquant plusieurs centaines d’élèves souhaitant suivre leurs cours.

Cette ligne est précisément contestée par les organisations lycéennes, qui considèrent les instances internes aux établissements insuffisantes pour obtenir des réponses à leurs revendications. Dans plusieurs villes, les syndicats étudiants et enseignants dénoncent également ce qu’ils perçoivent comme une réponse d’abord sécuritaire à une crise qui serait, selon eux, avant tout éducative et sociale. 

À Dijon, un mouvement loin d’être terminé

À Dijon, la mobilisation paraît donc s’être installée dans la durée. Après Simone-Weil mardi, Le Castel mercredi puis Le Castel et Hippolyte-Fontaine ce jeudi, plusieurs établissements de l’agglomération ont désormais été touchés par des appels au blocage ou des perturbations. Des appels à étendre encore le mouvement circulent par ailleurs dans les réseaux lycéens et étudiants.

La question est désormais de savoir si les prochains jours verront un élargissement du mouvement ou, au contraire, un reflux après plusieurs matinées de tensions.

Car derrière les images de barricades, de mortiers ou de gaz lacrymogènes se trouve un malaise plus profond : celui d’une partie de la jeunesse qui estime ne plus disposer de conditions suffisantes pour étudier correctement et qui cherche à imposer cette question dans le débat public.

À Dijon comme ailleurs, les prochains jours diront si cette colère parvient à se structurer autour des revendications éducatives qui l’ont fait naître, ou si les violences et la confrontation avec les forces de l’ordre finissent par prendre le pas sur le fond du mouvement.