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Mobilisation lycéenne : cinq syndicats de l’Éducation appellent les personnels à soutenir les jeunes

Par Fabien Bauduin 1 octobre 2026

Alors que les mobilisations se poursuivent devant plusieurs lycées, cinq organisations syndicales de l’Éducation nationale — la CGT, FO, la CFDT, l’UNSA et SUD — affichent leur soutien aux jeunes engagés dans le mouvement. Dans un communiqué commun intitulé « Devant nos lycées, l’avenir », elles dénoncent la baisse des moyens accordés aux établissements et appellent les personnels à se tenir aux côtés des lycéens, y compris face aux sanctions administratives et aux interventions policières.

Le soutien du monde enseignant à la mobilisation lycéenne prend une dimension plus collective. Dans un communiqué commun, cinq organisations syndicales de l’Éducation — la CGT, Force ouvrière (FO), la CFDT, l’UNSA et SUD — appellent leurs adhérents et, plus largement, leurs collègues à manifester leur solidarité avec les jeunes actuellement mobilisés devant les lycées.

Le texte va bien au-delà d’un simple message de soutien. Les organisations signataires établissent un lien direct entre la colère exprimée par une partie des lycéens et la situation budgétaire de l’Éducation nationale. À l’approche du vote du budget 2027, elles disent partager un même « constat d’urgence » dans les établissements scolaires : des crédits qui diminuent et des personnels auxquels il serait demandé de faire toujours davantage avec des moyens réduits.

Pour les syndicats, le malaise exprimé devant les lycées ne peut donc être considéré comme un phénomène isolé. Il s’inscrirait dans une dégradation plus générale des conditions d’enseignement et dans les inquiétudes d’une génération face à son avenir.

La mobilisation des jeunes replacée dans un malaise plus large

Dans leur communiqué, les cinq syndicats insistent sur le fait que les lycéens sont eux-mêmes directement confrontés aux difficultés sociales traversées par leurs familles.

« Les jeunes ne sont pas étanches à ce que vivent leurs aînés, à ce que subissent leurs parents au travail », écrivent-ils en substance, évoquant également un avenir qu’ils décrivent comme de plus en plus sombre. Pour les organisations syndicales, la colère exprimée dans les établissements doit donc être comprise à la lumière d’un contexte social qui dépasse largement les portes des lycées.

Cette lecture tranche avec une approche qui consisterait à réduire la mobilisation aux blocages et aux incidents qui peuvent les accompagner.

Les syndicats considèrent au contraire que les personnels éducatifs ont une responsabilité particulière à l’égard des jeunes. Selon eux, les enseignants ne peuvent « jeter la pierre » aux élèves mobilisés et doivent continuer à exercer ce qu’ils présentent comme leur mission de protection.

Cette prise de position donne ainsi une dimension nouvelle au mouvement. Il ne s’agit plus seulement de lycéens contestant leurs conditions d’études ou exprimant leur inquiétude face aux politiques éducatives : une partie organisée des personnels de l’Éducation nationale entend désormais afficher publiquement sa solidarité avec eux.

Les syndicats dénoncent une réponse qu’ils jugent essentiellement policière

Le communiqué adopte également un ton particulièrement critique envers les pouvoirs publics. Selon les organisations signataires, les revendications des lycéens peuvent parfois apparaître « floues » ou difficiles à entendre pour les rectorats, les ministères ou encore la présidence de la République. Mais elles estiment que cette difficulté à formuler des revendications précises ne doit pas conduire à les ignorer.

Surtout, elles accusent les autorités d’apporter une réponse qu’elles qualifient de principalement « policière » et « brutale » au mouvement.

Une accusation forte, alors que plusieurs mobilisations lycéennes ont été marquées ces derniers jours par des interventions des forces de l’ordre.

Pour les syndicats, derrière la diversité des slogans et des revendications se dégagerait en réalité un message commun, qu’ils résument en une phrase : « Nous refusons le sort auquel vous nous condamnez. »

Cette formule résume leur lecture politique du mouvement : celle d’une génération qui ne contesterait pas uniquement l’organisation quotidienne de ses établissements, mais plus largement les perspectives sociales, professionnelles et environnementales qui lui sont proposées.

Un appel à protéger les élèves des sanctions

Le communiqué franchit ensuite un cap supplémentaire en appelant directement les personnels à intervenir aux côtés des jeunes mobilisés.

Les cinq organisations demandent à leurs adhérents et collègues de soutenir les lycéens et, selon leur formulation, de les « protéger » à la fois des sanctions administratives qui pourraient leur être infligées et des violences qu’elles attribuent à la répression du mouvement.

Cette question pourrait rapidement devenir un sujet de tension à l’intérieur même des établissements.

Lorsqu’un lycée est bloqué ou perturbé, les directions doivent en effet continuer à assurer la sécurité des élèves et le fonctionnement de l’établissement. Les personnels peuvent alors se retrouver au centre d’injonctions contradictoires : maintenir l’activité scolaire, respecter les décisions administratives, mais également accompagner des élèves dont ils sont quotidiennement responsables.

En prenant publiquement position, les organisations syndicales cherchent précisément à inscrire cette responsabilité éducative dans le débat sur la mobilisation.

Jusqu’à rejoindre les blocages

Le soutien revendiqué n’est d’ailleurs pas uniquement symbolique. La CGT, FO, la CFDT, l’UNSA et SUD appellent notamment leurs collègues à une « grève des appels en classe » et les invitent également à rejoindre les blocages lorsqu’ils en ont la possibilité.

Cette partie du communiqué est particulièrement significative. Les syndicats ne se contentent plus d’exprimer leur compréhension des revendications lycéennes : ils encouragent leurs adhérents à participer concrètement à certaines formes de mobilisation.

Une telle orientation peut contribuer à rapprocher les contestations lycéennes de celles des personnels éducatifs, particulièrement à mesure que les discussions autour du budget 2027 et des moyens attribués à l’Éducation nationale progressent.

Elle soulève également la question de l’ampleur que pourrait prendre le mouvement si une partie des enseignants et personnels venait effectivement à rejoindre les actions organisées devant les établissements.

Une convergence autour de la question des moyens

Au cœur du communiqué se trouve finalement une préoccupation commune : celle des moyens consacrés au système éducatif.

Les syndicats mettent en parallèle les difficultés rencontrées quotidiennement par les personnels et le sentiment d’abandon exprimé par une partie des jeunes.

Dans leur lecture, les deux phénomènes auraient une même origine : une diminution des ressources disponibles alors que les attentes adressées à l’institution scolaire continuent d’augmenter.

Ce rapprochement est politiquement important. Il permet aux organisations syndicales d’inscrire la contestation lycéenne dans une mobilisation plus large sur l’avenir du service public d’éducation.

Le titre même du communiqué, « Devant nos lycées, l’avenir », résume cette volonté de dépasser la seule actualité des blocages. Pour ses signataires, ce qui se joue aujourd’hui devant les établissements scolaires concerne moins quelques journées de perturbation que les conditions dans lesquelles une génération entière pourra étudier et préparer son avenir.

Une prise de position commune particulièrement nette

La signature conjointe de la CGT, FO, la CFDT, l’UNSA et SUD donne enfin une portée particulière au texte. Ces organisations ne partagent pas nécessairement les mêmes orientations sur l’ensemble des dossiers éducatifs ou sociaux. Leur expression commune traduit donc la volonté d’afficher un front syndical sur la question du soutien aux lycéens mobilisés.

Le communiqué se termine sur un appel sans ambiguïté : « Plus que jamais, aidons nos lycéen.nes à construire un avenir meilleur. »

Reste désormais à savoir dans quelle mesure cet appel sera suivi dans les établissements et si la mobilisation des lycéens parviendra à entraîner durablement derrière elle une partie des personnels.

Car après plusieurs jours de mobilisation, la question dépasse progressivement celle des blocages. Derrière la confrontation autour des entrées des lycées se dessine désormais un débat plus large : celui des moyens consacrés à l’Éducation, de la réponse apportée à la colère de la jeunesse et de la place que les personnels entendent prendre à ses côtés.