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Remplacement des enseignants absents, rénovation des lycées, emplois du temps, Parcoursup et place de la parole des élèves : face à une mobilisation lycéenne qui se poursuit dans de nombreux établissements, le Premier ministre Sébastien Lecornu a adressé dimanche 4 octobre une feuille de route de quatre pages à plusieurs membres du gouvernement. Il leur demande de transformer rapidement les revendications remontées du terrain en mesures concrètes. Les premiers arbitrages sont attendus avant la fin du mois.

Le gouvernement tente de reprendre l’initiative après plusieurs jours de mobilisation dans les lycées. Dans une longue lettre adressée au ministre de l’Éducation nationale et aux ministres concernés, Sébastien Lecornu fixe cinq grands axes de travail destinés à répondre aux difficultés exprimées par les élèves et les personnels.

Le document transmis par Matignon reprend directement plusieurs sujets remontés dans les conseils académiques de la vie lycéenne : cours non assurés, bâtiments dégradés, journées trop longues, inquiétudes sur l’orientation ou encore sentiment de ne pas être entendu. Le Premier ministre demande que le dialogue engagé avec les représentants lycéens, les syndicats et les parents débouche désormais sur des décisions.

Cette feuille de route intervient alors que la contestation reste importante. Entre 400 et 500 lycées sur environ 3 700 devaient encore connaître lundi des suspensions totales ou partielles de cours, selon le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray. Une nouvelle journée de mobilisation est annoncée mardi 6 octobre.

Reprendre les cours, mais avec une priorité donnée aux classes à examen

Première consigne du Premier ministre : depuis ce lundi 5 octobre, la reprise des cours doit être recherchée partout où la sécurité des personnes et l’état des locaux le permettent.

Cette reprise pourra toutefois être progressive. Les élèves de terminale et les autres classes préparant un examen devront être traités en priorité. Dans les établissements touchés par des violences ou des destructions, les chefs d’établissement devront déterminer les conditions précises permettant de reprendre l’enseignement.

Chaque lycée dans lequel les cours en présentiel restent suspendus devra disposer d’une perspective de reprise et les familles devront être informées.

Cette volonté de retour en classe ne signifie cependant pas la fin du dialogue promis aux lycéens. Toute la stratégie exposée par Matignon consiste au contraire à associer reprise des enseignements et réponses aux problèmes qui ont alimenté la mobilisation.

Premier chantier : s’attaquer aux enseignants absents et aux postes non pourvus

Le premier grand dossier concerne directement les heures de cours perdues. Sébastien Lecornu demande que, dès cette semaine, chaque académie mette en place un traitement prioritaire des absences longues et des postes qui restent vacants. Les classes à examen, les spécialités du lycée général et technologique ainsi que les enseignements professionnels doivent être prioritaires.

Les délais nécessaires pour affecter un remplaçant devront notamment être réduits. Le gouvernement demande aussi de poursuivre les efforts sur les remplacements de courte durée et de prévoir des solutions permettant de récupérer des cours qui n’auraient pas été assurés pendant plusieurs semaines.

Des stages de rattrapage pendant les petites vacances font partie des pistes mentionnées dans la feuille de route.

Le calendrier est particulièrement serré : le Premier ministre réclame un premier bilan dès le 16 octobre. Cette priorité répond à l’une des revendications récurrentes du mouvement, alors que les lycéens dénoncent notamment le manque d’enseignants et les cours supprimés.

Des bâtiments dégradés aux lycées confrontés aux fortes chaleurs

Deuxième chantier : les conditions matérielles dans lesquelles les élèves étudient. Salles de classe, sanitaires, chauffage, équipements pédagogiques, restauration ou encore internats sont directement concernés. Le Premier ministre rappelle toutefois que la gestion des bâtiments des lycées relève des conseils régionaux.

Une réunion doit donc se tenir mardi 6 octobre avec les présidents des régions afin d’identifier les situations les plus urgentes, de déterminer qui doit intervenir et de fixer des calendriers de travaux.

L’exécutif veut également anticiper les épisodes de fortes chaleurs. Protection solaire, isolation, ventilation, végétalisation et, lorsque cela sera jugé nécessaire, rafraîchissement ou climatisation devront être étudiés.

Les interventions réalisables rapidement devront, selon la lettre, être engagées avant l’été 2027, tandis qu’un calendrier devra être établi pour les rénovations plus lourdes.

Le gouvernement cherche ici à éviter le traditionnel renvoi de responsabilité entre l’État, chargé de l’enseignement, et les régions, propriétaires et gestionnaires des lycées. Dans son courrier, Sébastien Lecornu insiste sur la nécessité que chacun exerce pleinement ses compétences.

Emplois du temps : le gouvernement veut s’attaquer aux journées de 8h à 18h

Le troisième chantier touche au quotidien même des adolescents. Les longues journées, parfois de 8 heures à 18 heures, les nombreuses heures creuses, des pauses déjeuner jugées trop courtes ou encore les contraintes des transports scolaires figurent parmi les difficultés remontées par les élèves.

Le gouvernement demande donc aux établissements de réfléchir, avec leurs personnels et les représentants lycéens, à une meilleure organisation des emplois du temps et des évaluations.

Une piste particulièrement nouvelle apparaît dans le document : le recours au numérique et à l’intelligence artificielle pour aider à optimiser la construction des emplois du temps dès la prochaine rentrée scolaire.

L’objectif n’est pas seulement de réduire les « trous » entre deux cours. Le gouvernement souhaite également que les lycéens, y compris les internes et ceux qui dépendent des transports scolaires, puissent plus facilement avoir accès au sport, à la culture et aux espaces de vie collective.

Les premières améliorations devront pouvoir être proposées dès le retour des vacances de la Toussaint.

Santé mentale et accompagnement social également au programme

Cette réflexion sur la vie quotidienne dans les établissements ne s’arrête pas aux horaires. La lettre prévoit aussi de travailler avec le ministère de la Santé afin d’apporter des réponses dans les territoires où l’accès à une infirmière scolaire, à un psychologue ou à un accompagnement social est particulièrement difficile.

Le repérage de la souffrance chez les jeunes est également évoqué, tout comme la prise en charge des élèves en situation de handicap.

La question est loin d’être secondaire dans un mouvement où les lycéens font aussi état d’une forte pression scolaire et d’inquiétudes concernant leur avenir.

Parcoursup : davantage de transparence promise pour 2027

Le quatrième chantier concerne l’un des sujets les plus anxiogènes pour de nombreux élèves de terminale : Parcoursup. Le Premier ministre reconnaît dans sa lettre que les discussions menées avec les lycéens font apparaître une inquiétude face à une procédure dont les règles ne sont pas toujours comprises.

Le gouvernement veut notamment rendre plus lisibles les critères utilisés par les formations pour sélectionner et classer les candidatures. Les lycéens doivent pouvoir connaître davantage l’importance accordée aux notes, aux spécialités suivies au lycée et aux différents éléments de leur dossier.

Les outils utilisés par les formations pour examiner les candidatures devront également être mieux expliqués.

L’ambition affichée est de permettre à chaque candidat non seulement de comprendre comment son dossier a été évalué, mais aussi les raisons d’une réponse et les possibilités qui restent ouvertes après celle-ci.

Les ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur doivent présenter avant la fin octobre des améliorations pour la campagne Parcoursup 2027.

Le gouvernement souhaite également que l’accompagnement à l’orientation commence plus tôt au lycée, avec un interlocuteur clairement identifié, notamment pour les familles les moins familières avec l’enseignement supérieur.

« Donner des suites visibles » à ce que demandent les lycéens

Le cinquième chantier est présenté dans la lettre comme probablement le plus important : montrer aux lycéens que leur parole produit effectivement des résultats.

Les conseils de la vie lycéenne devront ainsi être davantage réunis et consultés sur des sujets comme l’organisation du temps scolaire, les règlements intérieurs ou les conditions de vie dans les établissements.

Matignon promet surtout un changement de méthode : lorsqu’une proposition sera formulée par les lycéens, elle devra obtenir une réponse argumentée. Lorsqu’elle sera retenue, une échéance devra lui être associée.

L’exécutif souhaite également renforcer la représentation des lycéens professionnels dans certaines instances et réfléchir à la possibilité de laisser davantage de choix aux élèves dans le financement de projets de vie lycéenne.

Sébastien Lecornu estime que c’est sur ce point que se jouera une partie de la confiance : les jeunes doivent pouvoir constater concrètement ce qui a changé dans leur établissement. Reuters rapporte également que le chef du gouvernement demande des décisions assorties de leur coût, de leur financement et de leur calendrier avant la fin d’octobre.

Une consultation ouverte jusqu’au 16 octobre

La feuille de route prévoit également une nouvelle phase de consultation. Une plateforme en ligne doit ouvrir ce lundi 5 octobre, tandis que les échanges menés dans les établissements et les académies doivent se poursuivre jusqu’au 16 octobre.

Le gouvernement veut notamment toucher les élèves et les familles qui participent peu aux instances représentatives habituelles, mais aussi recueillir la parole des différentes catégories de personnels.

Ces remontées doivent ensuite donner lieu à des bilans académiques puis à une restitution nationale à la fin du mois.

La présidentielle de 2027 s’invite aussi dans la réflexion

La quatrième page du courrier aborde un sujet plus politique. Les échanges avec les jeunes ont, selon le Premier ministre, fait ressortir une inquiétude liée à la prochaine élection présidentielle de 2027.

Certains lycéens auraient le sentiment que des choix déterminants pour leur avenir vont être faits alors qu’eux-mêmes ne seront pas encore en âge de voter.

Sébastien Lecornu demande donc que le lycée permette aux jeunes de mieux comprendre les débats publics, de s’exprimer et de participer à la vie citoyenne, tout en respectant la neutralité du service public, la laïcité et le pluralisme.

La question du téléphone portable dans les établissements doit, elle aussi, suivre cette méthode de dialogue : l’objectif de protection de l’attention doit être expliqué et les modalités discutées avec les élèves et les personnels.

Un budget de 64 milliards d’euros mis en avant par Matignon

Pour répondre aux accusations de manque de moyens, le Premier ministre insiste également sur les crédits consacrés à l’Éducation nationale.

Selon la lettre, le projet de budget pour 2027 porte les crédits du ministère à 64 milliards d’euros hors pensions, contre 48,8 milliards en 2017. Matignon annonce une augmentation de 1,2 milliard d’euros par rapport à 2026, à périmètre constant. Le Parisien confirme ces montants annoncés dans la feuille de route gouvernementale.

Sébastien Lecornu cite également les réformes déjà engagées sur le recrutement et la formation des enseignants, le début de carrière, l’école inclusive ou encore la voie professionnelle, tout en reconnaissant que de nouveaux besoins apparaissent à chaque rentrée.

Dialogue avec les lycéens, mais fermeté sur les violences

Le chef du gouvernement cherche toutefois à tenir deux lignes en même temps : répondre aux préoccupations des élèves tout en durcissant le discours contre les violences qui ont accompagné certains blocages.

Selon les chiffres communiqués dimanche par Édouard Geffray et repris par Reuters, 24 établissements auraient été incendiés ou saccagés et 78 personnels de l’Éducation nationale blessés depuis le début du mouvement.

Sébastien Lecornu annonce par ailleurs vouloir accélérer, avec le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux, l’examen du projet de loi dit « casseur-payeur », destiné à faire supporter davantage aux auteurs de dégradations le coût des dommages.

Le gouvernement entend donc distinguer les revendications qu’il juge légitimes des violences survenues en marge de certaines mobilisations.

Un premier test dès la fin octobre

Le véritable test de cette feuille de route interviendra rapidement. Sébastien Lecornu demande à ses ministres de lui remettre avant la fin du mois d’octobre leurs premières décisions, mais pas seulement sous la forme d’annonces : chacune devra être accompagnée de son coût, de son mode de financement et de son calendrier.

Les mesures devront être distinguées entre celles pouvant être appliquées immédiatement, celles prévues pour la rentrée 2027 et les réformes nécessitant davantage de temps.

Un premier point d’exécution est ensuite attendu avant la fin de l’année.

Après plusieurs jours de contestation, le gouvernement cherche ainsi à déplacer le débat des blocages vers les réponses concrètes apportées dans chaque établissement. La réussite de cette stratégie dépendra désormais de ce que les élèves verront réellement changer : davantage d’heures de cours assurées, des bâtiments améliorés, des journées mieux organisées, une orientation plus lisible et, surtout, le sentiment que leurs revendications ne restent pas sans réponse.

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