Le groupement EOS, emmené par Ingérop aux côtés d’Artelia et de landForma, a été choisi pour assurer la maîtrise d’œuvre complète de la troisième ligne de tramway de Dijon. Longue d’environ 11 kilomètres, la future T3 doit relier Chenôve et les Portes du Sud à Dijon Cap Nord et entrer en service à l’horizon fin 2030. Au-delà du transport, le projet entend aussi transformer les espaces publics traversés et renforcer la place des mobilités décarbonées dans la métropole.
Treize ans après la mise en service des lignes T1 et T2, le réseau de tramway dijonnais s’apprête à franchir une nouvelle étape. Ingérop a annoncé avoir été retenu comme mandataire du groupement EOS, constitué avec Artelia et landForma, anciennement Richez Associés, pour assurer la maîtrise d’œuvre de la future ligne T3. Le contrat représente près de 16 millions d’euros d’honoraires pour le groupement.
Portée par Dijon Métropole, cette troisième ligne doit accompagner l’évolution des déplacements à l’échelle de l’agglomération et prévenir la saturation du réseau existant. Le projet s’inscrit également dans les objectifs du projet métropolitain 2022-2030 ainsi que dans ceux du plan climat et biodiversité. Sa conception a été nourrie par une concertation préalable associant habitants, usagers et acteurs du territoire.
Dans sa configuration présentée par Ingérop, la T3 comprendra environ 11 kilomètres de voie ferrée double. Huit kilomètres correspondront à des infrastructures nouvelles, tandis que trois kilomètres seront partagés avec les lignes T1 et T2. La ligne doit relier le secteur de Chenôve-Portes du Sud à celui de Dijon-Cap Nord, en passant notamment par l’Université, le Centre hospitalier universitaire, le centre-ville, plusieurs zones d’activités, des établissements scolaires ainsi que de grands programmes d’habitat.
Quatorze nouvelles stations doivent être créées, portant à 21 le nombre de stations desservies par la T3 en comptant celles déjà existantes sur les tronçons communs. Deux parkings-relais sont également prévus aux extrémités du tracé. Des possibilités de prolongement au nord et au sud, apparues lors de la concertation, font encore l’objet d’études complémentaires.
La fréquentation est estimée à plus de 30 000 voyages par jour. Le trajet entre les deux terminus devrait durer environ 35 minutes, avec une vitesse commerciale annoncée de 19 km/h et une fréquence de l’ordre de cinq minutes aux heures de pointe.
Mais les concepteurs veulent inscrire le projet dans une réflexion plus large sur la manière de se déplacer et d’aménager la ville. Pour Vincent Leroy, directeur du projet chez Ingérop, les attentes ont évolué depuis la crise sanitaire. Les habitants aspirent, selon lui, à « une ville qui se vit davantage dehors et ensemble », tandis que la transition écologique impose de ne plus penser les différents modes de transport de manière isolée.
« La ligne T3 du tramway de Dijon est ainsi pensée comme bien plus qu’une infrastructure de transport. Elle doit contribuer à créer un maillage global de la ville, en renforçant l’accessibilité et les interconnexions douces, afin de rendre les déplacements plus simples, plus agréables et moins dépendants de la voiture », explique Vincent Leroy.
Un chantier techniquement complexe sur un réseau en fonctionnement
Le groupement EOS assurera la maîtrise d’œuvre de l’ensemble de l’opération, depuis les études de conception jusqu’à la mise en service, prévue à la fin de l’année 2030. Les équipes travailleront avec la mission Tram T3 de Dijon Métropole au sein d’un « plateau projet » réunissant maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre.
La réalisation de la ligne devra composer avec le réseau actuel. Deux portions seront communes avec les lignes T1 et T2 et quatre raccordements au réseau existant sont prévus. Des interventions spécifiques devront donc être organisées afin de limiter les perturbations pour les voyageurs. Le centre de maintenance et de remisage André Gervais, déjà dimensionné pour accueillir une troisième ligne, devra lui aussi être adapté pour recevoir les nouvelles rames.
Ingérop prendra notamment en charge la direction du projet, les études ferroviaires et les études d’aménagement urbain. Le groupe prévoit également de mobiliser ses compétences en matière de ville connectée et d’analyse des impacts des chantiers en milieu urbain. Jusqu’à une trentaine d’ingénieurs d’Ingérop pourraient intervenir selon les différentes phases du projet.
Pour Florian Aubertin, directeur de l’activité Transport en France d’Ingérop, l’obtention du marché conforte la place du groupe dans les grands projets de transport urbain. « Être mandataire du groupement EOS est une responsabilité majeure : nous allons accompagner le projet de bout en bout, avec une équipe identifiée et engagée au quotidien aux côtés des élus et des services de Dijon Métropole », souligne-t-il.
Le tramway comme outil de transformation urbaine
La T3 ne doit pas uniquement modifier les déplacements. Le projet prévoit également une transformation d’une partie des espaces publics situés le long de son tracé. Végétalisation des voies, désimperméabilisation des sols, création d’îlots de fraîcheur et développement des modes actifs figurent parmi les orientations mises en avant par les concepteurs. Le traitement du centre-ville devra par ailleurs tenir compte du patrimoine architectural dijonnais et de la présence de nombreux bâtiments historiques.
« S’inscrivant dans les ambitions portées par Dijon Métropole en matière de transition écologique et d’amélioration du cadre de vie, le projet de tramway pourra contribuer à renforcer la place du végétal et à accompagner la transformation des espaces publics traversés », estime Vincent Leroy.
Cette dimension urbaine et paysagère est également défendue par landForma. Pour Romain Fournerie, ingénieur paysagiste au sein de l’agence, les études ont été abordées comme « une opportunité de révéler et de relier le territoire dijonnais ».
« Des portes d’entrée de ville aux quartiers d’habitat, des grands espaces publics du centre aux paysages plus ouverts du sud de la métropole, le projet tisse un même récit où mobilité, paysage et qualité urbaine ne font qu’un », explique-t-il. La démarche doit, selon lui, permettre de prendre en compte simultanément l’identité urbaine, le paysage, les usages et l’histoire des différents secteurs traversés.
Une équipe « sur mesure » face à un calendrier resserré
Le calendrier constitue l’un des défis majeurs du projet. Pour tenir l’objectif de mise en service fixé à fin 2030, Ingérop dit avoir mis en place une organisation en « mode projet », fondée sur une équipe spécifiquement constituée pour l’opération et appelée à travailler quotidiennement avec les services de Dijon Métropole. L’objectif affiché est de raccourcir les circuits de décision et d’assurer une continuité entre la préparation de l’offre et la réalisation du projet.
« Nous avons voulu proposer une équipe sur mesure, adaptée aux enjeux réels du territoire. Les équipes qui ont participé à la conception de notre offre sont celles qui accompagneront le projet au quotidien », précise Florian Aubertin. Pour le responsable d’Ingérop, cette organisation doit aussi créer une relation de travail stable entre la métropole et les ingénieurs chargés du projet.
Artelia mise aussi sur son ancrage dijonnais
Partenaire du groupement EOS, Artelia apportera pour sa part ses compétences dans les systèmes de transport, le matériel roulant, l’éco-conception et les infrastructures urbaines. Le groupe dispose déjà de plus de 50 ingénieurs implantés au sein de la métropole dijonnaise.
« Pour nos équipes locales, qui réunissent plus de 50 ingénieurs implantés au cœur de la métropole dijonnaise, cette mission représente également une opportunité de participer concrètement à l’essor des mobilités durables de leur territoire », souligne Jean-Baptiste Fournier, directeur adjoint de la branche Transports & Déplacements urbains d’Artelia.
Des engagements sur l’emploi et la formation
Le chantier doit également servir de support à plusieurs engagements sociaux et environnementaux. Ingérop annonce notamment vouloir travailler sur la réduction des nuisances liées aux travaux en environnement urbain et sur la conception d’aménagements plus résilients.
Le groupe prévoit également des clauses d’insertion supplémentaires et entend aller à la rencontre des lycéens et apprentis des CFA du territoire pour leur présenter les métiers de l’ingénierie et du transport. Une attention particulière doit être portée à la diversification des profils et à la promotion de ces métiers auprès des jeunes femmes.
Pour Ingérop, le marché de la T3 représente enfin une occasion de renforcer durablement sa présence à Dijon. « La ligne T3 est un projet structurant pour le territoire, mais c’est aussi pour Ingérop le début d’une nouvelle aventure à Dijon », affirme Florian Aubertin, qui dit vouloir faire du groupe « un partenaire clé de Dijon Métropole ».
La prochaine décennie dira jusqu’où cette troisième ligne modifiera les habitudes de déplacement et les quartiers qu’elle traversera. Une échéance est, elle, déjà fixée : la mise en service de la T3 est annoncée pour la fin de l’année 2030.