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L’ESSOR 95e édition, quand la diversité des artistes devient une richesse

Par Fabien Bauduin 7 octobre 2026

À l’occasion de la 95ᵉ édition du Salon de L’ESSOR, qui se tiendra du 7 au 18 octobre 2026 à la Salle Devosge à Dijon, nous avons rencontré Éric Mougenot, président de L’ESSOR – Union des Artistes Bourguignons. Alors que l’association s’apprête à réunir 41 artistes et plus de 190 œuvres, avec le sculpteur britannique Paul Day comme invité d’honneur, son président revient sur l’histoire du Salon, son évolution, sa volonté de faire émerger de nouveaux talents et les ambitions de L’ESSOR à l’approche de son centenaire.

Entretien avec Éric Mougenot, président de L’ESSOR

Cette année, L’ESSOR organisera sa 95ᵉ édition. Que représente pour vous cette longévité exceptionnelle ?

Éric Mougenot : Elle témoigne d’une conviction profonde : quelles que soient les époques, les crises ou les bouleversements, l’art demeure un besoin essentiel de l’être humain. Depuis sa création, seules les périodes les plus tragiques de notre histoire ont empêché la tenue du Salon.

Cette longévité est aussi celle d’un engagement. Si L’ESSOR a traversé près d’un siècle, c’est grâce à des générations d’artistes passionnés qui ont porté cette aventure avec fidélité et exigence, tout en trouvant, année après année, un écho chaleureux auprès du public.

À quelques années de la centième édition du salon d’automne de L’ESSOR, dans quel état d’esprit abordez-vous cette nouvelle édition ?

Éric Mougenot : Nous l’abordons avec lucidité, enthousiasme et un profond sens des responsabilités. Nous savons que L’ESSOR entre dans une période charnière : préserver près d’un siècle d’histoire tout en faisant évoluer le Salon pour qu’il reste vivant et ouvert à son époque.

Au sein du Bureau, chacun porte des idées, des sensibilités et des envies de renouveau. Cette diversité est une force. Plus soudé que jamais, notre collectif partage une même ambition : prendre les bonnes décisions pour construire l’avenir de L’ESSOR, sans jamais renier ce qui fait son identité.

Comment le Salon a-t-il évolué au fil des années tout en conservant son identité ?

Éric Mougenot : Depuis sa création en 1922, L’ESSOR s’est construit sur des principes simples, solides et profondément fédérateurs, résumés par sa devise fondatrice : « Tous unis par et pour les arts. »

Au fil des décennies, le Salon a su évoluer avec son temps en accueillant de nouvelles formes d’expression et de nouvelles générations d’artistes, sans jamais perdre son esprit d’origine. Cette fidélité est le fruit d’une transmission continue : chaque équipe a veillé à préserver l’ADN de l’association, qui demeure aujourd’hui encore le fil conducteur de toutes nos actions et de notre vision de l’avenir.

L’ESSOR rassemble des artistes aux sensibilités et aux pratiques très différentes. Qu’est-ce qui fait aujourd’hui le lien entre tous ces créateurs ?

Éric Mougenot : Le lien, c’est d’abord le plaisir de créer et de se retrouver pour partager son travail avec le public, dans un esprit de liberté et de respect mutuel. À L’ESSOR, il n’y a ni jury ni récompense : chacun expose pour la qualité de sa démarche, pas pour être mis en compétition.

Cette libre confrontation des œuvres est au cœur de notre identité. Elle constitue, depuis plus de cent ans, notre plus beau moyen de défendre la diffusion et la décentralisation de l’art en Bourgogne.

Cette 95ᵉ édition réunira 41 artistes et plus de 175 œuvres, de la peinture à la sculpture en passant par le dessin, l’art digital et les techniques mixtes. Comment s’effectue la sélection des artistes exposés ?

Éric Mougenot : La priorité est donnée à nos sociétaires actifs, qui choisissent librement, chaque année, de participer ou non au Salon. Ils constituent le cœur vivant de L’ESSOR et le socle de notre association.

En parallèle, nous ouvrons le Salon à des artistes Découverte. Leurs candidatures sont examinées en début d’année par un comité de sélection composé des membres du conseil d’administration. Au-delà de la qualité des œuvres, nous sommes attentifs à la singularité d’une démarche, à la cohérence d’un univers artistique et à ce que chaque nouvel artiste peut apporter à la richesse et à l’équilibre du salon.

Le Salon accueille des artistes confirmés, mais souhaite aussi donner davantage de visibilité à de nouveaux talents. Pourquoi cette mission est-elle devenue importante pour L’ESSOR ?

Éric Mougenot : Notre association se doit de regarder au-delà de ses murs. Nous avons la responsabilité d’être attentifs aux artistes de notre territoire et d’ouvrir nos portes à celles et ceux qui renouvellent le paysage artistique régional.

Ces nouvelles présences apportent une respiration, une complémentarité et permettent au public de faire des nouvelles découvertes. 

Éric Mougenot, président de L’ESSOR – Union des Artistes Bourguignons

Le sculpteur britannique Paul Day sera l’invité d’honneur de cette édition. Pourquoi avoir souhaité l’accueillir à Dijon cette année ?

Éric Mougenot : Paul Day est l’un des grands noms de la sculpture contemporaine. Bien qu’Anglais, il vit depuis plus de vingt ans dans le nord de la Côte-d’Or, et son œuvre rayonne bien au-delà de notre région.

Pour une association comme L’ESSOR, il était naturel de l’inviter. Accueillir un artiste de cette envergure est à la fois un honneur et une formidable opportunité pour le Salon.

Qu’apportera, selon vous, la présence de Paul Day au Salon et aux artistes qui y participeront ?

Éric Mougenot : Sa présence est une véritable marque de reconnaissance pour notre manifestation. Depuis 2024, avec Malo A., puis Jean Matrot en 2025, nous avons souhaité inviter chaque année une personnalité majeure de la création contemporaine.

Le public a immédiatement répondu présent, avec une fréquentation en constante progression. Pour nos artistes, c’est aussi une source d’inspiration et une immense fierté de présenter leurs œuvres aux côtés d’un créateur reconnu internationalement.

L’ESSOR insiste beaucoup sur la rencontre entre les artistes et le public. En quoi ces échanges sont-ils essentiels dans l’esprit du Salon ?

Éric Mougenot : Une œuvre ne s’achève jamais totalement dans l’atelier : elle prend une nouvelle vie dans le regard de celui qui la découvre. C’est pourquoi nous tenons à ce que les artistes soient présents pendant le Salon.

Les échanges sont souvent spontanés, parfois bouleversants. Ils permettent de démystifier la création artistique et rappellent que l’art est avant tout une rencontre humaine.

Pourquoi cette volonté de rendre l’art accessible au plus grand nombre ?

Éric Mougenot : Notre association s’adresse à tous, sans distinction. Amateurs d’art, collectionneurs, familles, scolaires ou simples curieux doivent pouvoir franchir les portes de la Salle Devosge avec le même sentiment de légitimité.

Nous sommes convaincus que la création ne doit connaître ni barrières sociales, ni barrières culturelles. Le Salon est un lieu de partage où se transmettent autant un savoir-faire qu’un savoir-être.

Vous menez notamment des actions de médiation auprès de scolaires, d’adolescents en difficulté, de travailleurs handicapés ou encore de résidents d’EHPAD. Quelle place occupent ces actions dans le projet de L’ESSOR ?  

Éric Mougenot : Elles occupent une place essentielle. À chaque Salon, nous organisons des visites privées en dehors des heures d’ouverture afin d’accueillir des publics qui n’ont pas toujours la possibilité d’accéder facilement à des événements culturels.

Ces moments sont portés bénévolement par nos sociétaires et constituent l’une des dimensions les plus fortes de L’ESSOR. Ils rappellent que l’art peut être un formidable outil de dialogue, de confiance et d’émotion partagée.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la création artistique en Bourgogne et sur la place des artistes locaux ?

Éric Mougenot : La Bourgogne possède une scène artistique d’une grande richesse, souvent discrète mais remarquablement vivante. On y trouve des artistes confirmés comme de jeunes créateurs qui développent des démarches très personnelles.

Notre rôle est de leur offrir un véritable espace d’expression, de favoriser les rencontres entre générations et de montrer que la création régionale a toute sa place dans le paysage artistique contemporain.

Nous souhaitons aussi créer des passerelles entre des courants artistiques qui, trop souvent, coexistent sans jamais vraiment se rencontrer. L’art n’a rien à gagner à se diviser en chapelles refermées sur elles-mêmes. L’ESSOR défend au contraire une conviction simple : le dialogue est toujours plus fécond que le repli. La diversité des pratiques, des regards et des propos artistiques devient une véritable richesse lorsqu’elle s’écoute, se confronte avec bienveillance, puis se partage.

Dans un contexte où les pratiques artistiques évoluent, notamment avec le développement de l’art numérique, comment L’ESSOR entend-il accompagner ces nouvelles formes de création ?

Éric Mougenot : Les nouvelles technologies suscitent de nombreuses discussions animées au sein de l’association, et c’est une bonne chose. L’art numérique occupe désormais une place réelle dans la création contemporaine ; l’ignorer serait passer à côté d’une évolution majeure.

Sans renoncer à nos disciplines historiques, nous souhaitons ouvrir le Salon à ces pratiques. Cette année, un illustrateur et une artiste utilisant les techniques digitales dans leur processus de création témoignent déjà de cette volonté d’élargir notre regard.

Le centenaire approche. Avez-vous déjà commencé à réfléchir à ce que pourrait être la 100ᵉ édition du Salon ?

Éric Mougenot : Oui, bien sûr, même si nous sommes aujourd’hui pleinement mobilisés par cette 95ᵉ édition. Plus qu’un simple anniversaire, nous espérons que le centenaire consacrera le Salon de L’ESSOR comme un rendez-vous incontournable dans l’esprit d’un public toujours plus large et plus diversifié.

Ce serait la plus belle manière de célébrer cent ans d’engagement !

Interview réalisée par Fabien B.