Une scène pour le moins inhabituelle s’est produite mardi 6 octobre, en marge de la manifestation lycéenne et étudiante à Dijon. Devant un commerce du boulevard Colonel-Charles-Flamand, notre journaliste a constaté la présence de deux hommes équipés, selon ses observations, d’une matraque télescopique et de bombes lacrymogènes. L’un d’eux aurait ensuite tenté de s’emparer du téléphone utilisé pour filmer la scène. Dijon Actualités condamne fermement ce comportement et rappelle qu’en démocratie, ni la protection d’un commerce ni le désaccord avec un journaliste ne permettent de se substituer aux forces de l’ordre ou d’empêcher la prise d’images.
La manifestation organisée mardi après-midi dans le cadre du mouvement lycéen et étudiant avait rassemblé plusieurs milliers de personnes dans les rues de Dijon. La préfecture a comptabilisé 2 200 participants, tandis que l’intersyndicale avançait un chiffre supérieur. Le cortège, parti du rectorat, s’est déroulé dans un contexte marqué depuis plusieurs jours par la mobilisation de lycéens réclamant notamment davantage de moyens pour l’Éducation nationale.
C’est au passage de la manifestation devant le Carrefour Express situé boulevard Colonel-Charles-Flamand, à Dijon, que notre journaliste a remarqué une situation qui a immédiatement attiré son attention.
Deux hommes se trouvaient devant le commerce. Dans un premier temps, compte tenu de l’équipement aperçu, notre journaliste a pensé avoir affaire à des policiers en civil. Il affirme avoir notamment observé une matraque télescopique ainsi que des aérosols lacrymogènes.
Selon ses constatations sur place, l’un des deux hommes aurait notamment replié une matraque télescopique en prenant appui sur le sol. Notre journaliste s’est alors rendu compte qu’il ne s’agissait pas de fonctionnaires de police mais, selon les informations recueillies sur place, de personnes travaillant pour le commerce.
Une demande de supprimer les images
Constatant que la scène venait d’être filmée, l’un des deux hommes s’est alors approché de notre journaliste, comme le montre la vidéo ci-dessous. Selon le récit de ce dernier, l’homme lui aurait demandé : « Tu vas supprimer ça tout de suite, s’il te plaît. » Notre journaliste lui a immédiatement répondu qu’il travaillait pour la presse et qu’il n’avait aucune intention d’effacer les images : « Non, non, je ne supprime rien du tout. »
La tension est alors montée d’un cran.
Notre journaliste rapporte que l’homme a tenté de saisir le téléphone portable avec lequel la scène venait d’être filmée. Les séquences enregistrées montrent notamment l’un des hommes s’approcher directement et très près du dispositif de prise de vue au cours de l’échange.
Face à cette situation, notre journaliste l’a sommé de rester à distance et l’a prévenu qu’il contacterait la police en composant le 17 si la situation se poursuivait. Il a également interpellé les deux hommes sur la présence des équipements qu’il venait d’observer : « Ça, vous n’avez pas le droit ! Des matraques et des gazeuses, vous n’avez pas le droit. »
Après plusieurs instants particulièrement tendus, la situation a finalement fini par se calmer, sans intervention physique plus importante.
Matraques et lacrymogènes : que dit réellement la loi ?
Sur ce point, une précision juridique est nécessaire. Une matraque, notamment télescopique, ainsi que certains générateurs d’aérosols lacrymogènes ou incapacitants sont classés parmi les armes de catégorie D. Leur acquisition et leur détention peuvent être libres dans les conditions prévues par la réglementation, mais cela ne signifie pas que leur port dans l’espace public est libre. Le Code de la sécurité intérieure interdit le port et le transport des armes de catégories C et D sans motif légitime.
Il ne nous appartient donc pas d’affirmer, sur la seule base de cette scène, qu’une infraction a nécessairement été commise : l’existence ou non d’un motif légitime et les circonstances précises relèvent de l’appréciation des autorités compétentes. En revanche, voir des personnes qui ne sont pas identifiées comme membres des forces de l’ordre se tenir aux abords immédiats d’un cortège avec de tels équipements soulève légitimement des questions.
Protéger son établissement est une préoccupation compréhensible. Se substituer aux forces de l’ordre ne l’est pas.
Un commerce déjà touché lors de précédentes manifestations
Le contexte doit également être rappelé. Ce commerce a, par le passé, subi des dégradations lors du passage de manifestations, notamment des bris de vitres. Il est donc possible de comprendre l’inquiétude, l’exaspération et même le ras-le-bol d’un commerçant qui craint de voir son établissement une nouvelle fois endommagé.
Cette réalité ne doit pas être minimisée.
Un commerçant a évidemment le droit de vouloir protéger son outil de travail et d’alerter les forces de l’ordre lorsqu’il estime son établissement menacé. Mais cette inquiétude ne peut justifier tous les comportements. Dans un État de droit, la sécurité publique relève d’abord des autorités compétentes et chacun reste soumis aux mêmes règles.
Le contexte de tension entourant la mobilisation rend précisément indispensable d’éviter les initiatives susceptibles d’aggraver une situation déjà sensible.
Tenter d’empêcher un journaliste de filmer est inacceptable
Un second aspect de cet incident interpelle particulièrement notre rédaction : la tentative rapportée de prendre le téléphone de notre journaliste après avoir constaté que la scène avait été filmée. Dijon Actualités condamne fermement ce comportement.
Que les images déplaisent à une personne filmée dans l’espace public ne lui donne pas le droit de s’emparer du matériel d’un journaliste ni de lui imposer la suppression de ses images. La qualification juridique exacte d’un éventuel geste visant à prendre le téléphone appartient naturellement aux autorités judiciaires et non à notre rédaction. Nous nous en tenons donc aux faits rapportés par notre journaliste : un homme a cherché à prendre le téléphone alors qu’il lui était demandé de supprimer la séquence.
Notre journaliste reconnaît avoir vécu cet épisode avec une forte inquiétude. Lorsqu’un individu s’approche pour tenter de saisir l’appareil avec lequel vous travaillez, dans un contexte déjà tendu, il est impossible de savoir immédiatement jusqu’où la confrontation peut aller. Les mots employés sur le moment témoignent de cette tension.
Informer, même lorsque les images dérangent
Le travail d’un journaliste consiste précisément à observer, documenter et rendre compte de ce qui se déroule sous ses yeux. Cela vaut pour les manifestants, pour l’action des forces de l’ordre, mais également pour tout événement inhabituel se produisant en marge d’une manifestation.
Filmer une scène ne signifie pas condamner par avance ceux qui y apparaissent. Cela permet de conserver une trace des faits et, ensuite, de les confronter aux explications des différentes parties.
C’est aussi pour cette raison que nous distinguons clairement ce que montrent les images, ce que notre journaliste affirme avoir constaté et les qualifications juridiques qui, elles, appartiennent aux autorités compétentes.
Nous pouvons comprendre la peur d’un commerçant ayant déjà connu des dégradations. Nous pouvons comprendre la volonté de protéger un établissement. Mais nous ne pouvons accepter qu’un journaliste soit intimidé ou qu’une personne tente de lui prendre son téléphone parce que les images enregistrées ne lui conviennent pas.
Dans un pays de droit, chacun doit rester à sa place. Les manifestants ont des droits et des obligations, les commerçants également, les journalistes aussi. La police, elle, reste chargée des missions de maintien de l’ordre. Dijon Actualités continuera donc à documenter les événements auxquels ses journalistes assistent, y compris lorsque les scènes observées sont dérangeantes ou suscitent des interrogations.