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Dijon et son agglomération

Grève historique au sein du groupe Ebra : à Dijon, les salariés se sont mobilisés pour défendre leurs emplois et l’avenir de la presse locale

Par Fabien Bauduin 10 octobre 2026

Ce vendredi 9 octobre 2026, les salariés du groupe de presse Ebra ont répondu à l’appel à la grève lancé par le Syndicat national des journalistes (SNJ) et plusieurs organisations syndicales. À Dijon, des salariés mobilisés se sont symboliquement rassemblés devant l’agence du Crédit Mutuel située place Darcy, avant d’aller à la rencontre de la population pour distribuer des tracts et expliquer les raisons de leur colère. En cause : un vaste plan de restructuration prévoyant jusqu’à 400 suppressions de postes et un recours accru à l’intelligence artificielle dans les rédactions.

À Dijon, une mobilisation symbolique devant le Crédit Mutuel

C’est un mouvement social d’une ampleur inédite qui a touché, vendredi 9 octobre 2026, le premier groupe de presse quotidienne régionale français.

À Dijon, les salariés mobilisés ont choisi de se rassembler devant une agence du Crédit Mutuel, place Darcy. Un lieu hautement symbolique puisque le groupe bancaire est propriétaire du groupe Ebra, auquel appartient notamment Le Bien public, quotidien historique de la Côte-d’Or.

Après ce rassemblement, les grévistes sont allés à la rencontre des habitants afin de distribuer des tracts et d’expliquer les conséquences du plan de restructuration engagé par leur direction.

L’objectif était de sensibiliser la population à une situation qui dépasse largement le seul cadre des salariés concernés. Derrière les suppressions de postes annoncées se pose également la question de l’avenir de l’information de proximité et des moyens humains nécessaires à sa production.

Car pour les organisations syndicales, cette réorganisation pourrait profondément transformer le fonctionnement des rédactions et les conditions dans lesquelles les journalistes exercent leur métier.

Un plan social prévoyant 400 suppressions de postes

Le groupe Ebra, qui emploie environ 3 200 salariés, a engagé un vaste projet de restructuration concernant ses neuf quotidiens régionaux : Le Bien public, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès, L’Est Républicain, Vosges Matin, Le Républicain Lorrain, L’Alsace, Les Dernières Nouvelles d’Alsace et Le Dauphiné Libéré.

Selon les organisations syndicales, jusqu’à 400 postes pourraient être supprimés dans le cadre d’un plan de départs volontaires. En Bourgogne, Le Bien public et Le Journal de Saône-et-Loire, regroupés au sein d’Est Bourgogne Médias, sont directement concernés.

Le projet prévoit 19 suppressions de postes, dont 17 au sein des rédactions, parallèlement à la création de neuf postes. Les secrétaires de rédaction, professionnels chargés notamment de la relecture, de la préparation éditoriale et de la mise en page des journaux, figurent parmi les métiers particulièrement exposés à cette transformation.

Pour les syndicats, ces suppressions risquent d’entraîner une dégradation des conditions de travail et de fragiliser la qualité de l’information proposée aux lecteurs.

L’intelligence artificielle au cœur des inquiétudes

Au-delà des suppressions d’emplois, c’est également la place grandissante de l’intelligence artificielle dans les rédactions qui cristallise les tensions. Les organisations syndicales dénoncent un déploiement accéléré de nouveaux outils technologiques, notamment destinés à automatiser certaines tâches de relecture, de reformulation et de mise en page.

Elles craignent que cette évolution ne s’accompagne d’une réduction durable des effectifs et d’une transformation profonde du métier de journaliste.

Le SNJ demande notamment l’abandon du projet de mise en page automatique et une réévaluation des conditions d’utilisation de l’intelligence artificielle.

La question ne concerne pas seulement les journalistes. Elle touche également les lecteurs, qui attendent de la presse locale une information fiable, vérifiée, contextualisée et produite par des professionnels connaissant leur territoire.

L’intelligence artificielle peut constituer un outil d’assistance. Mais pour les salariés mobilisés, elle ne doit pas se substituer au travail humain ni devenir un moyen de réduire les effectifs au détriment de la qualité éditoriale.

Une mobilisation suivie dans l’ensemble du groupe

La journée du 9 octobre a été marquée par des rassemblements et des actions dans plusieurs villes couvertes par les journaux du groupe Ebra. Selon Agnès Briançon, co-secrétaire générale du SNJ au niveau national, interrogée par l’Agence France-Presse, environ 67 % des salariés de l’ensemble des titres ont participé à la grève.

Des mobilisations ont notamment eu lieu à Strasbourg, Besançon, Lyon et en Bourgogne. Cette mobilisation simultanée dans les neuf titres du groupe constitue un événement particulièrement marquant pour la presse quotidienne régionale.

De son côté, la direction d’Ebra a indiqué à l’AFP prendre acte du mouvement et des inquiétudes exprimées par les salariés. Elle affirme que son plan repose exclusivement sur le volontariat et qu’aucun départ ne sera imposé. Elle soutient également que les outils d’intelligence artificielle doivent faciliter le travail des rédactions et non remplacer les journalistes.

Le groupe fait par ailleurs face à des difficultés économiques, dans un contexte de diminution des ventes de journaux papier et des recettes publicitaires.

Ces explications ne suffisent toutefois pas à dissiper les inquiétudes des organisations syndicales, qui réclament une révision du projet.

Une inquiétude qui dépasse les seules rédactions

La situation du groupe Ebra pose une question fondamentale : quel avenir pour la presse locale dans les années à venir ? Derrière chaque article, chaque reportage, chaque enquête ou compte rendu de conseil municipal, il y a des journalistes, des secrétaires de rédaction, des photographes, des techniciens et de nombreux autres professionnels.

Ce sont eux qui, quotidiennement, permettent aux habitants de connaître les décisions qui concernent leurs communes, de comprendre les enjeux de leur territoire et de suivre la vie locale.

Réduire les moyens humains consacrés à l’information n’est donc pas une décision sans conséquence. À l’heure où les fausses informations circulent rapidement sur les réseaux sociaux, le maintien d’une presse de proximité disposant des moyens nécessaires à son travail constitue un enjeu majeur pour la vie démocratique.

Dijon Actualités réaffirme son soutien aux salariés mobilisés

L’ensemble de la rédaction de Dijon Actualités tient à exprimer son soutien plein et entier aux salariés du groupe Ebra, et tout particulièrement à nos confrères et consœurs du Bien public et du Journal de Saône-et-Loire.

Bien que notre média soit indépendant du groupe Ebra, nous partageons avec ces professionnels une même mission : informer les habitants de notre territoire, donner la parole à celles et ceux qui le font vivre et rendre compte de l’actualité locale.

Les difficultés rencontrées par nos confrères concernent l’ensemble de notre profession.

C’est pourquoi Dijon Actualités a pris la décision de ne diffuser aucune information le vendredi 9 octobre 2026, en signe de solidarité avec les salariés grévistes.

Cette décision avait été annoncée dès le jeudi 8 octobre dans un article publié sur notre site.

Ce silence éditorial était volontaire. Il ne résultait ni d’un manque d’actualité ni d’une interruption technique, mais d’un choix collectif de notre rédaction.

Nous avons souhaité, à notre manière, accompagner ce mouvement et témoigner notre attachement à celles et ceux qui font vivre la presse locale au quotidien.

Notre démarche ne vise pas à opposer les médias entre eux. Bien au contraire, elle rappelle que, malgré nos différences, nos lignes éditoriales et nos structures, nous appartenons à une même profession.

Lorsqu’un journaliste voit son emploi menacé, lorsque les conditions de travail d’une rédaction se dégradent, c’est toute la profession qui doit se sentir concernée.

Nous croyons profondément qu’une information locale de qualité nécessite des moyens, du temps, des compétences et, surtout, des femmes et des hommes pour aller sur le terrain, vérifier les faits et raconter la réalité de nos territoires.

Défendre les emplois, c’est aussi défendre le droit à l’information

Au lendemain de cette journée de mobilisation, les interrogations demeurent quant à l’avenir du groupe Ebra et aux conséquences de son projet de restructuration. Les discussions entre la direction et les représentants des salariés doivent se poursuivre.

À Dijon comme ailleurs, les journalistes et personnels mobilisés entendent continuer à défendre leurs métiers et une certaine conception de la presse de proximité.

De son côté, Dijon Actualités continuera de suivre avec attention l’évolution de cette situation. Nous renouvelons notre soutien à l’ensemble des salariés concernés et saluons leur mobilisation pour défendre leurs emplois, leurs conditions de travail et la qualité de l’information.

Car au-delà des chiffres et des restructurations, une conviction nous rassemble : une presse locale forte, indépendante et humaine demeure indispensable à la démocratie.

Et parce que la solidarité entre confrères ne doit pas rester un simple mot, nous avons choisi de la traduire en actes. Le vendredi 9 octobre, Dijon Actualités a fait le choix du silence. Ce samedi 10 octobre, nous reprenons la parole pour réaffirmer notre solidarité.