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ÉDITO : Édouard Philippe vise la présidence, mais reconnaître la maire de Dijon semble déjà compliqué !

Par Fabien Bauduin 12 octobre 2026

François Rebsamen n’est plus maire de Dijon. Visiblement, Édouard Philippe a du mal à s’y faire ! Et lorsqu’un ancien Premier ministre, candidat à l’élection présidentielle, semble faire passer ses habitudes politiques avant la réalité institutionnelle, cela mérite quelques explications.

Ce dimanche 11 octobre, au 126e congrès national du Parti radical, Édouard Philippe lance, dès son arrivée à la tribune : « Monsieur le maire, cher François ». Bon, passons. Une maladresse, une vieille habitude, pourquoi pas ?

Mais quelques minutes plus tard, le candidat Horizons récidive, et cette fois, difficile de plaider le simple oubli ! « Longue vie au Parti radical, longue vie à Dijon, Monsieur le maire ! », lance-t-il à François Rebsamen, qui lui rappelle qu’il n’est plus maire.

Et là, plutôt que de corriger le tir, Édouard Philippe persiste : « Je peux l’appeler Monsieur le maire, j’ai le droit ? Ça ne vous ennuie pas ? » Avant d’ajouter : « Pour moi, ça passe avant tout. On pourrait l’appeler Monsieur le ministre, Monsieur le sénateur, Monsieur le président… Il est bien le président de quelque chose ! Mais pour moi, c’est Monsieur le maire, merci beaucoup ! »

Toute la question tient dans ces deux mots : « Pour moi ». Car dans une République, les fonctions électives ne dépendent pas des préférences personnelles, des amitiés politiques ou de la nostalgie des anciens mandats.

Pendant qu’Édouard Philippe continue ainsi d’appeler François Rebsamen « Monsieur le maire », Nathalie Koenders est bel et bien à la tête de Dijon. Elle avait d’ailleurs prononcé un discours d’accueil un peu plus tôt lors de ce congrès, même si elle était absente au moment de cette séquence.

Rappelons que Nathalie Koenders avait largement remporté le second tour des élections municipales à Dijon avec 58,41 % des voix, laissant ses adversaires loin derrière.

Certes, François Rebsamen a profondément marqué l’histoire politique dijonnaise. Et personne ne songe à lui retirer cet héritage. Mais un mandat électif n’est ni un titre de noblesse ni une distinction que l’on conserve indéfiniment. On peut saluer un ancien maire sans entretenir la confusion sur l’identité de celle qui exerce aujourd’hui la fonction.

Et c’est là que l’insistance d’Édouard Philippe interpelle. Lui-même maire du Havre, ancien Premier ministre et prétendant à l’Élysée, il connaît parfaitement la portée symbolique d’une fonction élective. Il sait qu’une écharpe tricolore n’est pas un accessoire honorifique, mais le symbole d’une responsabilité institutionnelle.

Alors, maladresse, plaisanterie ou fidélité personnelle ? Chacun pourra interpréter cette séquence à sa manière. Mais le véritable sujet n’est pas de savoir si Édouard Philippe avait le droit d’appeler François Rebsamen « Monsieur le maire ». Il est de comprendre pourquoi il a tenu à le faire une nouvelle fois, alors même que l’intéressé venait de lui rappeler la réalité.

Et cette nuance est essentielle. Car à force de personnaliser les fonctions, on risque d’oublier ce qui leur donne leur légitimité : les institutions et les élections. La République ne repose ni sur les souvenirs des uns ni sur les préférences des autres. Elle repose sur des règles qui s’appliquent à tous.

Édouard Philippe ambitionne d’accéder à la plus haute fonction de l’État. Une telle ambition implique de savoir distinguer les fidélités personnelles du respect dû aux responsabilités institutionnelles.

Alors, Monsieur Philippe, François Rebsamen restera peut-être toujours « Monsieur le maire » dans vos souvenirs. C’est votre liberté. Mais dans la réalité, la maire de Dijon s’appelle Nathalie Koenders. Et cette réalité n’a pas à s’effacer derrière les habitudes ou les amitiés politiques.

Car, au fond, le problème n’est pas qu’Édouard Philippe se souvienne de l’ancien maire. C’est que son insistance donne le sentiment qu’il peine à reconnaître pleinement celle qui lui a succédé.

Et voilà toute l’ironie de cette séquence : celui qui aspire à incarner l’avenir de la République s’est retrouvé, à Dijon, à défendre avec insistance un titre appartenant au passé. 

Monsieur Édouard Philippe, les hommages sont libres, les amitiés sont respectables, mais les fonctions ne se décident pas à la carte. La République a une mémoire, certes. Mais elle a surtout des institutions, des élections et des élus en exercice. Et le respect de ces principes commence bien avant de franchir les portes de l’Élysée.