Dijon Actualités
Dijon et son agglomération

Bourgogne-Franche-Comté : le CESER alerte sur les défis économiques, sociaux et démocratiques de la région

Par Bernard .D 15 octobre 2026

Réuni en assemblée plénière mardi 13 octobre 2026, le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) de Bourgogne-Franche-Comté a examiné plusieurs dossiers majeurs concernant l’avenir du territoire. Développement économique, transports, financement des lycées, enseignement supérieur et accès aux soins des jeunes ont notamment été au cœur des débats. Dans un contexte marqué par les tensions sociales et les incertitudes économiques, l’assemblée consultative appelle à renforcer l’efficacité des politiques régionales et à mieux prendre en compte les attentes de la population.

La place de la jeunesse dans le débat démocratique a occupé une place importante lors de cette assemblée plénière du CESER Bourgogne-Franche-Comté, présidée par Élise Moreau. En ouverture de séance, à laquelle assistait Michel Neugnot, vice-président de la Région chargé des relations avec le CESER, une minute de silence a été observée en hommage à François Patriat. La présidente est ensuite revenue sur les mobilisations de la jeunesse, qu’elle considère comme révélatrices d’un malaise démocratique et d’une défiance grandissante envers les institutions.

Face à cette situation, Élise Moreau a rappelé la responsabilité du CESER dans l’écoute des préoccupations exprimées par les citoyens. « Le CESER doit être une chambre d’écoute autant qu’une chambre d’écho », a-t-elle déclaré, en soulignant la nécessité de donner davantage de place aux personnes qui estiment ne plus être entendues. Cette réflexion a notamment été nourrie par l’intervention de Robinson Daoust, chargé de mission à la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), venu présenter les enseignements des États généraux consacrés à la démocratie et à l’engagement des jeunes. Ces travaux montrent que l’engagement de la jeunesse demeure bien présent, mais qu’il emprunte de plus en plus des voies différentes des cadres institutionnels traditionnels.

La séance a également été marquée par un échange avec Perrine Serre, secrétaire générale pour les affaires régionales. Plusieurs enjeux majeurs ont été évoqués, notamment le défi démographique, l’attractivité du territoire, l’évolution des services publics à l’horizon des prochaines décennies, la transition écologique, la souveraineté économique et la transformation numérique. Autant de sujets sur lesquels le CESER entend poursuivre son travail de réflexion et de prospective, en lien avec les services de l’État et les collectivités territoriales.

Une économie régionale qui reste fragile

Parmi les principaux dossiers examinés figurait le bilan 2025 du Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) 2022-2028. Si le CESER salue l’effort de transparence engagé par la Région, il estime que ce document doit désormais devenir un véritable instrument de pilotage permettant de mesurer les résultats des politiques publiques.

Selon les éléments présentés, l’économie de Bourgogne-Franche-Comté a enregistré une progression modérée en 2025, dans un environnement marqué par de nombreuses incertitudes. Certains secteurs, comme l’aéronautique, la chimie ou les biens d’équipement, ont conservé une dynamique positive, tandis que l’automobile et l’agroalimentaire ont poursuivi leur recul. Le marché de l’emploi a également montré des signes de fragilité, avec une diminution de 0,4 % de l’emploi salarié en début d’année, une contraction de l’intérim et une légère remontée du chômage.

La création d’entreprises reste néanmoins dynamique. Près de 35 000 entreprises ont vu le jour en 2025 dans la région, soit une progression de 5,4 % par rapport à l’année précédente. Une augmentation supérieure à la moyenne nationale, même si les microentreprises représentent 66 % de ces créations. Dans le même temps, les difficultés de recrutement ont continué de concerner près de 17 % des entreprises.

Pour accompagner le développement économique, les actions de la direction de l’économie de la Région ont représenté 57 millions d’euros d’engagements financiers, dont 34 millions d’euros en investissement et 23 millions en fonctionnement. Le CESER estime toutefois que ces moyens doivent être davantage mis en perspective avec les objectifs poursuivis et les résultats effectivement obtenus.

L’assemblée souligne notamment les difficultés rencontrées par les entreprises pour accéder aux financements lors de leur création ou de leurs premières phases de développement. Elle appelle également à mieux intégrer l’économie sociale et solidaire dans les politiques économiques régionales. Ce secteur représente aujourd’hui 12 % de l’économie régionale, mais ses acteurs rencontrent encore des obstacles importants pour accéder à certains dispositifs de soutien.

L’attractivité des compétences constitue un autre sujet de préoccupation. Le CESER considère que la Bourgogne-Franche-Comté doit renforcer sa capacité à attirer des professionnels expérimentés, particulièrement dans les domaines technologiques, de la recherche et de l’innovation, afin de ne pas se laisser distancer par d’autres territoires.

©CeserBFC

Transports : des efforts engagés, mais des résultats encore attendus

Les mobilités ont également occupé une place importante dans les débats. Le CESER a examiné le bilan de l’application de la Loi d’orientation des mobilités entre 2020 et 2026. L’assemblée reconnaît les efforts accomplis par la Région pour organiser la concertation et développer de nouveaux outils de coordination entre les acteurs du transport.

Cependant, elle estime que la multiplication des instances de dialogue et des dispositifs administratifs ne suffit pas à répondre aux difficultés rencontrées quotidiennement par les habitants. Pour les usagers, l’enjeu reste avant tout de disposer de solutions de déplacement accessibles, fiables et adaptées aux besoins des territoires.

Cette problématique prend une dimension particulière dans une région où de nombreux secteurs ruraux restent fortement dépendants de la voiture individuelle. Le CESER rappelle notamment que 22 intercommunalités n’ont pas pris la compétence mobilité, ce qui renforce la nécessité d’une intervention régionale adaptée aux réalités locales.

L’assemblée appelle ainsi à améliorer la coordination entre les différents réseaux de transport, à faciliter l’accès à l’information pour les voyageurs et à développer des solutions de mobilité solidaire destinées aux personnes les plus fragiles. Les jeunes, les seniors, les personnes en situation de handicap et les habitants des territoires insuffisamment desservis figurent parmi les publics nécessitant une attention particulière.

Le CESER souhaite également que les instances de concertation permettent une participation plus effective des usagers aux décisions. Dans un contexte de contraintes budgétaires, il considère que la prochaine étape doit consister à mesurer concrètement les améliorations apportées aux déplacements du quotidien, plutôt qu’à évaluer uniquement le nombre de dispositifs mis en place.

Près de 46 millions d’euros pour le fonctionnement des lycées en 2027

Autre dossier majeur de cette séance : les dotations de fonctionnement attribuées aux 128 lycées publics de Bourgogne-Franche-Comté pour l’année 2027. L’enveloppe prévue par la Région s’élève à 45,9 millions d’euros, dont près de 39,8 millions pour les établissements de l’Éducation nationale et 6,2 millions pour les lycées agricoles.

Cette dotation, destinée notamment à financer les dépenses d’énergie, l’entretien des bâtiments, les équipements pédagogiques et les charges courantes, diminue pour la deuxième année consécutive. La Région justifie cette évolution par la baisse des coûts de l’énergie observée au cours des deux années précédentes et par l’amélioration des fonds de roulement des établissements. Sur la période 2022-2027, la dotation globale demeure toutefois en augmentation de 20 %.

Le CESER exprime néanmoins plusieurs réserves face aux risques de nouvelles hausses des dépenses énergétiques. Dans ce contexte, l’assemblée insiste sur la nécessité de poursuivre les investissements consacrés à la rénovation énergétique des établissements scolaires, afin de réduire durablement leurs dépenses tout en améliorant les conditions d’accueil des élèves et des personnels.

Ces travaux doivent permettre de mieux protéger les bâtiments contre le froid hivernal, mais aussi contre les épisodes de fortes chaleurs. Le CESER se félicite par ailleurs du maintien à 25 % de la part pédagogique des dotations et de l’attention particulière accordée aux lycées agricoles en difficulté.

L’assemblée préconise également une meilleure information des conseils d’administration et des conseils de vie lycéenne sur les modalités de calcul des financements régionaux. Elle souhaite ainsi rendre plus lisible l’intervention de la collectivité dans le fonctionnement quotidien des établissements.

Enseignement supérieur : le projet Éco-Campus de Belfort confirmé

Dans le domaine de l’enseignement supérieur, le CESER s’est prononcé sur un avenant au Contrat de plan État-Région 2021-2027 concernant le projet Éco-Campus de Belfort, porté par l’Université Marie et Louis Pasteur.

Cet avenant prévoit un redéploiement de financements entre différentes opérations immobilières du projet, sans modification de son enveloppe globale ni des contributions des partenaires financiers. L’opération s’inscrit dans le volet consacré à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation du contrat de plan, doté de 145 millions d’euros.

Le CESER a pris acte de cette réorganisation financière, tout en rappelant le caractère structurant du projet Éco-Campus pour le développement de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le Nord Franche-Comté. L’avis a été adopté à l’unanimité.

Une complémentaire santé régionale à tarif réduit pour les moins de 26 ans

La question de l’accès aux soins des jeunes a également donné lieu à l’adoption d’un vœu porté par la CFDT, le Comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CRAJEP) et la FAGE.

Cette initiative intervient alors que la Région envisage de mettre en place, à partir de janvier 2027, une complémentaire santé destinée aux habitants ne bénéficiant pas d’une couverture adaptée. Le dispositif doit notamment s’adresser aux retraités, aux familles monoparentales, aux travailleurs indépendants et aux jeunes actifs confrontés à des difficultés financières.

Le CESER souhaite que les jeunes de moins de 26 ans soient considérés comme un public prioritaire dans le déploiement de cette nouvelle offre. Les étudiants, apprentis, volontaires en service civique, demandeurs d’emploi et jeunes actifs peuvent en effet rencontrer des difficultés pour financer une complémentaire santé, avec des conséquences possibles sur leur accès aux soins.

L’assemblée demande donc la mise en place d’un tarif réduit pour cette tranche d’âge. Une mesure qui, selon ses membres, contribuerait à lutter contre le renoncement aux soins et les inégalités de santé, tout en favorisant l’autonomie des jeunes et leur maintien sur le territoire régional.

Ce vœu a été adopté à l’unanimité des suffrages exprimés, avec neuf abstentions. Il constitue une recommandation adressée à la Région, et non une décision définitive sur les modalités tarifaires du futur dispositif.

Aéroport d’Auxerre : le CESER demande le maintien du point de passage frontalier

Le devenir de l’aéroport d’Auxerre-Branches a également été abordé à travers un vœu présenté par le MEDEF. Le texte alerte sur les conséquences que pourrait avoir la suppression envisagée par l’État du point de passage frontalier de cette plateforme aéroportuaire.

Depuis 2018, l’aéroport connaît déjà une limitation de ses capacités opérationnelles, avec seulement 1 200 mètres de piste utilisables sur les 1 650 mètres disponibles. Cette situation réduit les possibilités d’accueil de certains aéronefs et freine notamment le développement de l’aviation d’affaires et du trafic international.

Alors que le syndicat mixte de l’aéroport et son gestionnaire EDEIS travaillent à diversifier les activités de la plateforme, le CESER considère que le maintien de son point de passage frontalier constitue un enjeu important pour son avenir économique. Le projet de repositionnement prévoit notamment le développement de fonctions liées aux entreprises, à la logistique spécialisée et à l’attractivité touristique.

Le vœu demandant à l’État de maintenir ce point de passage frontalier a été adopté à la majorité, avec 19 voix pour, 14 contre et 23 abstentions. Un résultat qui témoigne des divergences exprimées au sein de l’assemblée sur ce dossier.

Un rôle de vigie face aux transformations du territoire

Au terme de cette assemblée plénière, le CESER Bourgogne-Franche-Comté a adopté quatre avis concernant les politiques régionales et deux vœux portant sur l’accès à une complémentaire santé pour les jeunes et sur l’avenir de l’aéroport d’Auxerre.

Au-delà de la diversité des sujets examinés, les travaux de l’assemblée font apparaître une préoccupation commune : la nécessité de mieux mesurer les effets des politiques publiques sur la vie quotidienne des habitants. Qu’il s’agisse d’économie, de transports, d’éducation ou de santé, les membres du CESER insistent sur l’importance d’adapter les moyens mobilisés aux besoins réels des territoires.

Dans un contexte économique et social incertain, l’institution consultative entend également renforcer son rôle de dialogue entre les acteurs économiques, les organisations syndicales, les associations et les pouvoirs publics. Une mission que sa présidente, Élise Moreau, juge d’autant plus essentielle à l’heure où les mobilisations de la jeunesse interrogent le fonctionnement de la démocratie et la capacité des institutions à entendre les attentes de la société.