Prêts à taux zéro, dégrèvements de taxe foncière, aides au carburant et indemnisations des pertes de récoltes : face aux conséquences de la sécheresse et de la canicule, l’État renforce son plan d’urgence agricole en Côte-d’Or. Près de 8 millions d’euros sont déjà mobilisés dans le département, selon la préfecture. Plusieurs dispositifs doivent permettre de soulager la trésorerie des exploitations et d’accompagner les filières les plus touchées.
Les conséquences de la sécheresse et des fortes chaleurs continuent de peser sur les exploitations agricoles de Côte-d’Or. Baisse des rendements, difficultés de trésorerie, pertes de récoltes et utilisation anticipée des stocks de fourrage : les agriculteurs doivent faire face à une situation économique fragilisée par les conditions climatiques.
Dans un communiqué publié ce jeudi 15 octobre 2026, la préfecture de Côte-d’Or annonce le renforcement du plan d’urgence agricole présenté par le Gouvernement le 4 septembre dernier. Après plus d’un milliard d’euros de soutiens annoncés à l’échelle nationale, de nouvelles dispositions viennent compléter les aides déjà engagées dans les territoires.
En Côte-d’Or, le montant des dispositifs en cours de déploiement approche désormais les 8 millions d’euros. L’objectif affiché est de répondre aux besoins immédiats des exploitants, tout en facilitant l’accès aux aides et aux indemnisations.
Une enveloppe de 1,7 million d’euros pour les exploitations fragilisées
Parmi les dispositifs déployés figure le fonds de réarmement agricole. Une première enveloppe de 1,7 million d’euros est attribuée à la Côte-d’Or pour accompagner la campagne agricole 2026.
Les premiers paiements doivent débuter prochainement. Une somme de 210 000 euros sera ainsi versée à 54 exploitations, notamment pour soutenir les agriculteurs récemment installés et certaines productions spécialisées.
En concertation avec les représentants du monde agricole, les services de l’État ont choisi de donner la priorité aux exploitants installés depuis moins de cinq ans, soit après le 1er septembre 2021, quelle que soit leur production.
Plusieurs filières bénéficient également d’une attention particulière : l’arboriculture, le maraîchage, l’apiculture, l’héliciculture, la pisciculture, l’horticulture, les petits fruits ou encore les plantes à parfum, aromatiques et médicinales.
Les agriculteurs concernés ont jusqu’au dimanche 25 octobre 2026 à minuit pour déposer leur demande sur la plateforme numérique dédiée.
Des prêts à taux zéro pour répondre aux difficultés de trésorerie
La question de la trésorerie constitue l’un des principaux axes des nouvelles mesures annoncées. Pour accompagner les exploitations confrontées à des difficultés financières, l’État prévoit de prendre en charge les intérêts de prêts « sécheresse » proposés par les banques. Ces prêts pourront atteindre 50 000 euros sur une durée de deux ans.
La prise en charge des intérêts pourra représenter jusqu’à 2,5 points, soit une aide maximale de 2 500 euros par exploitation.
Un second dispositif concerne plus particulièrement les jeunes agriculteurs installés depuis moins de cinq ans. Lorsqu’une échéance de remboursement du capital doit être reportée, l’État pourra prendre en charge les intérêts et les coûts supplémentaires liés à ce réaménagement.
Ces mesures visent à éviter que les difficultés financières immédiates ne compromettent davantage l’activité des exploitations déjà fragilisées par les aléas climatiques.
Carburant et engrais : de nouvelles possibilités pour demander les aides
Les dispositifs d’aide au gazole non routier agricole (GNR) sont également prolongés. Les guichets correspondant aux consommations des mois d’avril, mai et juin 2026 vont rouvrir pendant deux mois. Cette décision doit permettre aux exploitants qui n’avaient pas pu déposer leur dossier dans les délais initiaux de bénéficier du soutien prévu.
En Côte-d’Or, 2 245 demandes ont déjà été payées, représentant un montant global de 1,1 million d’euros. Le guichet d’aide au GNR restera par ailleurs ouvert jusqu’à la fin du mois de décembre 2026.
Des assouplissements sont également annoncés concernant l’aide exceptionnelle à l’achat d’engrais azotés simples.
Les exploitants pourront désormais enregistrer leur demande en présentant un bon de commande, avant de transmettre leur facture acquittée pour obtenir le versement de l’aide.
Dans le département, 33 agriculteurs ont déjà bénéficié de ce dispositif, pour un montant total proche de 100 000 euros. Les demandes pourront être déposées jusqu’au 31 décembre 2026.
Plus de 5 millions d’euros de dégrèvements de taxe foncière
Autre mesure importante pour les exploitations touchées par les pertes de récoltes : des dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties ont été accordés.
Les taux retenus varient selon les productions. Ils atteignent 55 % pour les prairies, 50 % pour la viticulture et au minimum 30 % pour les terres arables.
Pour ces dernières, les agriculteurs ayant subi des pertes plus importantes pourront solliciter individuellement un dégrèvement supplémentaire auprès de la Direction départementale des finances publiques.
Selon les estimations communiquées par la préfecture, ces allègements fiscaux devraient représenter plus de 5 millions d’euros en Côte-d’Or.
Une précision concerne les terres agricoles en location : lorsque le dégrèvement est accordé au propriétaire, celui-ci devra en faire bénéficier l’exploitant locataire.
Par ailleurs, la date limite de paiement de la taxe foncière est exceptionnellement reportée au 15 novembre 2026 dans les départements concernés.
Prairies : des pertes de fourrage sous surveillance
La sécheresse a particulièrement affecté les prairies, obligeant de nombreux éleveurs à puiser plus tôt que prévu dans leurs réserves de fourrage.
La situation pourrait avoir des répercussions sur l’alimentation des troupeaux au cours des prochains mois, notamment pour les exploitations qui devront reconstituer leurs stocks.
Pour accompagner les agriculteurs confrontés à ces risques, l’État rappelle prendre en charge 70 % des cotisations d’assurance-récolte.
Le dispositif d’indemnisation des pertes sur prairies fait toutefois l’objet d’une attention particulière. Une nouvelle carte des pertes observées à la fin du mois de septembre doit être publiée à la mi-octobre. Elle servira de base à une éventuelle mobilisation de l’indemnité de solidarité nationale (ISN).
En Côte-d’Or, la commission départementale d’expertise se réunira le 22 octobre, puis à nouveau à la fin du mois de novembre, afin de confronter les données satellitaires utilisées pour évaluer les pertes aux observations réalisées sur le terrain.
Les assureurs seront également invités à mieux informer les exploitants sur les possibilités de recours lorsqu’ils souhaitent contester leur indemnisation.
Cassis, grandes cultures, maraîchage et vigne : des pertes officiellement reconnues
L’indemnité de solidarité nationale constitue un autre volet important du plan d’urgence. Par arrêté du 2 octobre 2026, le ministère de l’Agriculture a reconnu les pertes subies par plusieurs productions de Côte-d’Or à la suite de la sécheresse.
Cette reconnaissance concerne notamment les petits fruits, avec le cassis, les framboises, les groseilles et les fraises.
Plusieurs cultures de printemps sont également éligibles, parmi lesquelles le maïs, le tournesol, le soja, les féveroles, le millet, le sorgho, le chanvre, l’orge de printemps, les lentilles et le sarrasin.
Le maraîchage figure lui aussi parmi les filières concernées. Les pertes reconnues portent notamment sur les pommes de terre, les carottes, les tomates, les courgettes, les oignons, les courges, les choux, les poireaux, les salades et de nombreuses autres productions légumières.
Les exploitants ayant subi des pertes sur ces cultures peuvent dès maintenant déposer leur demande d’indemnisation auprès des services compétents.
La viticulture n’est pas oubliée. Les pertes exceptionnelles enregistrées dans les productions de raisin de cuve ont également été reconnues par arrêté ministériel. Le portail permettant aux viticulteurs concernés de déposer leurs demandes doit ouvrir avant la fin de l’année 2026.
La préfète veut des aides qui arrivent réellement jusqu’aux exploitations
Au-delà des montants annoncés, les services de l’État insistent sur la nécessité de rendre les dispositifs accessibles et d’accélérer leur mise en œuvre.
Violaine Démaret, préfète de la région Bourgogne-Franche-Comté et préfète de la Côte-d’Or, souligne l’importance d’apporter des réponses concrètes aux difficultés rencontrées par les agriculteurs.
« Les agriculteurs de Côte-d’Or ont été durement touchés par les épisodes de sécheresse et de canicule. L’État est à leurs côtés. Les nouvelles mesures annoncées par le Gouvernement doivent maintenant permettre d’apporter des réponses très concrètes : soulager la trésorerie, accélérer les aides, rouvrir certains guichets et accompagner les filières qui restent en difficulté. Notre priorité est que les dispositifs arrivent effectivement jusqu’aux exploitations qui en ont besoin. »
La mise en œuvre du plan intervient alors que plusieurs échéances approchent, notamment la fermeture du guichet du fonds de réarmement agricole le 25 octobre et la poursuite des procédures d’indemnisation des cultures touchées.
Pour les exploitants, les prochaines semaines seront donc déterminantes afin de déposer leurs dossiers et d’obtenir les aides nécessaires pour faire face aux conséquences de cette année climatique difficile.
En Côte-d’Or, où coexistent grandes cultures, élevage, viticulture et productions spécialisées, ces nouvelles dispositions constituent un soutien financier annoncé par l’État. Reste désormais à mesurer leur traduction concrète dans les trésoreries des exploitations et leur capacité à compenser une partie des pertes enregistrées.