Alors que 357 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté en Bourgogne-Franche-Comté, l’État renforce son action pour soutenir les ménages en difficulté. Dans le cadre du Pacte des solidarités 2024-2027, une enveloppe de 13 millions d’euros est déployée dans la région pour financer plus de 150 actions. Accès aux droits, accompagnement des familles, emploi, santé ou encore précarité énergétique figurent parmi les principales priorités.
Malgré un taux de pauvreté inférieur à la moyenne nationale, la Bourgogne-Franche-Comté n’échappe pas aux difficultés économiques qui pèsent sur le quotidien de nombreux habitants. Selon les chiffres communiqués par la préfecture de région ce jeudi 15 octobre 2026, 14,2 % de la population régionale vit sous le seuil de pauvreté, contre 15,9 % à l’échelle nationale. La région se classe ainsi au troisième rang des régions françaises les moins touchées par la pauvreté, mais cette situation relativement favorable masque d’importantes disparités sociales et territoriales.
Au total, 357 000 habitants vivent sous le seuil de pauvreté, tandis que 207 000 autres disposent de revenus à peine supérieurs. Ces derniers représentent 7,8 % de la population régionale et se trouvent dans ce que les pouvoirs publics appellent le « halo de pauvreté ». Une situation de fragilité financière qui peut rapidement basculer en cas de perte d’emploi, de hausse des dépenses contraintes ou de difficultés personnelles.
Face à ces enjeux, l’État déploie une enveloppe de 13 millions d’euros dans le cadre du Pacte des solidarités 2024-2027. Placé sous l’impulsion de Violaine Démaret, préfète de la région Bourgogne-Franche-Comté et préfète de la Côte-d’Or, ce programme est mis en œuvre avec les huit conseils départementaux, Dijon Métropole, les associations, les acteurs économiques et les partenaires institutionnels. Plus de 150 actions sont engagées afin d’apporter des réponses concrètes aux populations les plus vulnérables.
Familles monoparentales, jeunes et travailleurs pauvres particulièrement exposés
Derrière les statistiques régionales, certaines catégories de la population apparaissent particulièrement fragilisées. Les familles monoparentales sont notamment très exposées, avec un taux de pauvreté de 27 %. Les étudiants, les personnes âgées et les travailleurs disposant de faibles revenus figurent également parmi les publics concernés.
La situation des jeunes constitue un autre sujet de préoccupation. Selon les données présentées par la préfecture, 11,2 % des 16-25 ans rencontrent des difficultés de lecture, un obstacle susceptible de compliquer leur parcours de formation et leur insertion professionnelle.
Les inégalités se manifestent également dans l’accès aux outils numériques. En Bourgogne-Franche-Comté, 19 % de la population se trouve en situation d’illectronisme, contre 16 % au niveau national. Cette difficulté à utiliser les services numériques peut notamment compliquer les démarches administratives, la recherche d’emploi ou l’accès aux prestations sociales.
Les disparités territoriales sont également importantes. Les 62 quartiers prioritaires de la politique de la ville et les 25 unités urbaines identifiés dans le communiqué concentrent 44 % des publics vulnérables. Mais la pauvreté ne se limite pas aux espaces urbains : certaines zones rurales affichent également des taux supérieurs à 15 %.
Protéger les enfants et accompagner les familles dès les premières années
Le Pacte des solidarités repose sur quatre grandes priorités, dont la première consiste à prévenir la pauvreté dès l’enfance. L’objectif est notamment de mieux accompagner les familles isolées ayant des enfants de moins de trois ans, de soutenir la parentalité et de repérer plus rapidement les jeunes confrontés à des difficultés psychologiques.
La prévention des violences intrafamiliales et le développement d’activités culturelles et sportives font également partie des actions engagées. Les pouvoirs publics entendent ainsi intervenir le plus tôt possible pour éviter que les difficultés sociales ne s’installent durablement.
En Côte-d’Or, la Maison des adolescents a notamment accueilli 1 644 jeunes et 216 parents dans le cadre des actions présentées par l’État. Dans la Nièvre, 937 enfants ont été sensibilisés aux risques de décrochage scolaire. Des initiatives qui illustrent la volonté de développer des dispositifs de proximité, adaptés aux besoins des territoires.
Faciliter l’accès aux aides sociales et aux soins
Autre priorité du programme : lutter contre le non-recours aux droits. Selon les chiffres rappelés par la préfecture, 34 % des foyers éligibles au revenu de solidarité active (RSA) ne perçoivent pas cette prestation.
Pour tenter de réduire ce phénomène, l’État soutient notamment le déploiement de dispositifs de proximité tels que les programmes « Territoires zéro non-recours » et « Campus zéro non-recours ». Leur objectif est de mieux informer les personnes concernées et de faciliter leurs démarches pour accéder aux aides auxquelles elles peuvent prétendre.
L’accès aux soins constitue également un enjeu important. À Dijon et Beaune, les centres polyvalents de santé ont enregistré 7 000 passages, selon le bilan communiqué. Dans le Territoire de Belfort, 1 481 rendez-vous consacrés à l’accès aux droits ont été réalisés.
Ces différentes actions visent à limiter les situations dans lesquelles des habitants renoncent à se soigner ou à solliciter un accompagnement faute d’information, de moyens ou de proximité avec les services concernés.
Emploi, mobilité et garde d’enfants : lever les obstacles du quotidien
Le retour à l’emploi représente un autre axe majeur du Pacte des solidarités. Au-delà de la recherche d’un poste, les difficultés de mobilité, les problèmes de garde d’enfants ou encore la maîtrise insuffisante de certains savoirs fondamentaux peuvent constituer des freins importants à l’insertion professionnelle.
Pour y répondre, les réseaux pour l’emploi, réunissant notamment France Travail, les missions locales et Cap emploi, sont mobilisés à une échelle infra-départementale. L’objectif est de proposer un accompagnement plus proche des habitants et de tenir compte des réalités locales.
Le programme prévoit également des actions autour de l’éducation financière, de la remise à niveau des compétences de base et du développement de solutions de garde, notamment à travers les micro-crèches.
Dans les territoires où les déplacements sont difficiles, plusieurs dispositifs de mobilité solidaire sont également encouragés. Garages solidaires, locations de véhicules à tarif social ou covoiturage doivent permettre à des personnes disposant de faibles ressources de se déplacer plus facilement, notamment pour accéder à un emploi ou suivre une formation.
Précarité énergétique et alimentation : des actions pour réduire les dépenses
Le Pacte des solidarités intègre également une dimension environnementale. L’État souhaite accompagner les ménages modestes dans la réduction de leurs dépenses énergétiques, notamment grâce à des diagnostics et à des actions de sensibilisation aux économies d’énergie.
L’alimentation constitue un autre volet du programme. Des ateliers de cuisine, des épiceries itinérantes et des initiatives mettant en relation les habitants avec les producteurs locaux sont soutenus pour faciliter l’accès à une alimentation saine.
Ces dispositifs doivent notamment répondre aux difficultés rencontrées par les foyers les plus modestes, pour lesquels les dépenses alimentaires et énergétiques occupent une part importante du budget.
Hébergement, repas étudiants et aide alimentaire : d’autres financements mobilisés
Au-delà de l’enveloppe de 13 millions d’euros consacrée au Pacte des solidarités, l’État annonce plusieurs financements complémentaires pour soutenir les personnes vulnérables en Bourgogne-Franche-Comté.
Le montant le plus important concerne l’hébergement, avec 70,1 millions d’euros mobilisés pour les publics fragiles. Une enveloppe de 18 millions d’euros est également consacrée au dispositif des repas à un euro, proposé dans 13 restaurants universitaires ainsi que dans 21 cafétérias et food-trucks.
La lutte contre la précarité alimentaire bénéficie, de son côté, de plus de deux millions d’euros. Le Fonds d’innovation petite enfance reçoit 171 620 euros, tandis que 98 000 euros sont consacrés à la lutte contre la précarité menstruelle. Selon les données communiquées, cette dernière enveloppe a notamment permis la distribution de 2 500 produits, la sensibilisation de 800 personnes et l’accompagnement de 150 jeunes.
Enfin, dans un contexte de tensions sur les prix des carburants, le communiqué annonce une indemnité forfaitaire de 100 euros destinée aux travailleurs qualifiés de « grands rouleurs », pour la période d’octobre à décembre 2026. Les modalités précises d’attribution de cette aide ne sont toutefois pas détaillées dans le document.
« Un engagement républicain et de proximité », selon la préfète
Pour Violaine Démaret, préfète de Bourgogne-Franche-Comté et de la Côte-d’Or, la lutte contre la pauvreté nécessite une mobilisation collective des institutions et des acteurs de terrain.
« La lutte contre la précarité ne saurait se faire de manière isolée », souligne-t-elle dans le communiqué, insistant sur la nécessité de faire travailler ensemble l’État, les collectivités et les associations.
La représentante de l’État défend une approche adaptée aussi bien aux habitants des quartiers prioritaires qu’aux populations rurales. Elle estime que le Pacte des solidarités ne doit pas être considéré uniquement sous son aspect financier, mais également comme un moyen d’améliorer concrètement les conditions de vie des personnes les plus exposées.
Les différentes actions engagées dans la région doivent désormais faire l’objet d’une évaluation associant les personnes directement concernées. Un suivi destiné à mesurer leur efficacité et leur capacité à produire des résultats durables.
Avec plus d’un demi-million d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté ou juste au-dessus, la Bourgogne-Franche-Comté reste confrontée à un défi social important. Le déploiement du Pacte des solidarités doit permettre de renforcer les dispositifs existants et de mieux accompagner les ménages fragiles, dans un contexte où les difficultés économiques continuent de peser sur leur pouvoir d’achat.
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