Après les manifestations du samedi 17 octobre 2026 à Dijon et dans plusieurs villes de France, Catherine Hervieu réagit aux violences et aux dégradations survenues en marge des rassemblements. Dans un communiqué publié mardi 20 octobre, elle apporte son soutien aux manifestants pacifiques, condamne les actes de violence et s’interroge sur la gestion du maintien de l’ordre. Elle soutient également la demande de création d’une commission d’enquête parlementaire portée par le groupe Écologiste et Social, tout en appelant le gouvernement à répondre aux revendications sociales, notamment sur le pouvoir d’achat, le logement et l’avenir de la jeunesse. Retrouvez ci-dessous son communiqué dans son intégralité.
Samedi 17 octobre, plus de 5 000 personnes se sont rassemblées à Dijon et des centaines de milliers partout en France. Lycéen·nes, étudiant·es, gilets jaunes, militant·es pour le climat, syndicats, citoyen·nes : toutes et tous étaient mobilisé·es pour faire entendre leurs voix.
Inquiétudes de la jeunesse pour son avenir, pouvoir d’achat en berne, hausse des prix des carburants et de l’énergie, crise du logement et hausse des loyers, creusement des inégalités, crise agricole : les motifs de colère et d’exaspération sont nombreux et témoignent de préoccupations profondes qui traversent notre société depuis trop longtemps.
J’exprime tout mon soutien à celles et ceux qui ont choisi de manifester pacifiquement. Il faut entendre les colères et les inquiétudes qui viennent de loin de façon prioritaire, prendre la mesure des attentes exprimées et y apporter des premières réponses concrètes.
Par ailleurs, je condamne avec la plus grande fermeté les violences et les dégradations commises ce week-end qui ont généré de la sidération au-delà de notre pays. À Dijon et Saint-Apollinaire, comme à Quetigny, plusieurs établissements ont été pris pour cible et trois personnes ont été prises en charge par les secours. Rien ne saurait justifier de tels actes, qui portent préjudice aux commerçant·es, aux habitant·es, à l’ensemble des manifestant·es pacifiques et qui prennent le pas sur les revendications légitimes.
Les casseurs ne représentent évidemment pas les centaines de milliers de personnes venues exprimer leurs doléances. Dans leur immense majorité, celles-ci ont défilé pacifiquement, dans une ambiance souvent festive.
Ces événements soulèvent de sérieuses questions sur la doctrine du maintien de l’ordre. À Dijon comme dans l’ensemble des villes, le dispositif déployé semble avoir été sous-dimensionné au regard de l’ampleur du rassemblement et de la présence de groupes déterminés à commettre des violences. L’incompréhension demeure alors que la France sait protéger sa population lors de grands événements comme la Coupe du monde de rugby, les Jeux Olympiques, le G7 ou dernièrement la venue du pape.
Lorsque des consignes claires sont données aux forces de l’ordre, elles agissent en conséquence. Samedi était l’image de l’abandon des forces de l’ordre et une mise en danger des effectifs sur le terrain. Les méthodes employées interrogent également sur la capacité des forces de l’ordre à encadrer les cortèges dans des conditions de travail adéquates tout en assurant la sécurité de toutes et tous.
Quelle évaluation des risques par les autorités ? Quelle anticipation de différents scénarios ? Quelles consignes données aux forces de l’ordre ?
C’est pourquoi le groupe Écologiste et Social a demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire pour faire toute la lumière sur les circonstances qui ont mené aux violences et sur les défaillances de l’État dans l’anticipation et la conduite du maintien de l’ordre. Une initiative à laquelle la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a répondu favorablement.
Les dysfonctionnements devront être identifiés, les responsabilités établies et des mesures concrètes prises pour garantir à la fois la sécurité des personnes, le droit fondamental de manifester pacifiquement et les conditions d’emploi des forces de l’ordre.
L’utilisation d’armes comme les lanceurs de balles de défense (LBD), les grenades explosives et de désencerclement demande un état des lieux transparent au regard du nombre de blessés graves ou de mutilations dans les dernières manifestations. Même lors de fortes tensions ou d’émeutes, aucun autre pays d’Europe ne comptabilise une telle gravité dans les blessures infligées aux manifestants.
Enfin, attribuer l’ensemble des violences à l’ultra gauche dont les effectifs sont évalués à 5000 personnes sur l’ensemble du pays traduit l’impasse dans laquelle le gouvernement s’enferre. D’une part, cela signifierait son impuissance à contrôler cette mouvance, ce que personne ne peut croire, d’autre part cela démontrerait sa volonté d’amalgamer dans cette mouvance l’ensemble du mouvement revendicatif pacifiste. De plus, des ingérences étrangères et des réseaux de criminalité opportunistes peuvent avoir contribué aux violences.
Une analyse rigoureuse des faits est donc nécessaire, loin des raccourcis et des instrumentalisations partisanes qui font le jeu de la droite et de l’extrême-droite.
Reste l’essentiel : les raisons profondes de la mobilisation et les décisions politiques pour y répondre. En plein débat budgétaire, il serait incompréhensible de poursuivre comme si rien ne s’était passé. Le pouvoir d’achat, la lutte contre les inégalités et l’avenir de la jeunesse doivent trouver une traduction concrète dans les choix budgétaires à venir. Les Françaises et les Français ne peuvent attendre les prochaines échéances électorales. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et répondre à leurs attentes.