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Ce samedi 24 octobre, près de 200 personnes se sont rassemblées place Darcy, à Dijon, pour rendre hommage à Jamila Sabimbona, 53 ans, tuée par son compagnon dans la nuit du 23 au 24 septembre, dans le quartier de la Fontaine-d’Ouche. À l’initiative de sa fille Alexandra, cette mobilisation, marquée par la douleur, l’émotion et la colère, a permis aux proches de la victime, aux associations et aux représentants de la municipalité de dénoncer les violences faites aux femmes et de réclamer des mesures pour empêcher de nouveaux féminicides.

Un mois après la mort de Jamila Sabimbona, l’émotion reste vive à Dijon. Ce samedi 24 octobre, à partir de 10 heures, quelque 200 personnes se sont retrouvées place Darcy pour honorer la mémoire de cette Dijonnaise de 53 ans, tuée dans la nuit du 23 au 24 septembre par son compagnon présumé, âgé de 34 ans, avenue du Lac, dans le quartier de la Fontaine-d’Ouche. Organisé par sa fille Alexandra, ce rassemblement a réuni famille, proches, citoyens, militants associatifs et représentants de la Ville, dans une atmosphère de recueillement et de profonde tristesse.

Après son interpellation, le compagnon de la victime avait été placé en garde à vue, puis pris en charge dans un établissement psychiatrique. Une semaine après les faits, il avait finalement été mis en examen et placé en détention provisoire. Si la procédure judiciaire suit désormais son cours, la famille de Jamila doit, elle, apprendre à vivre avec une absence irréparable.

Ce samedi matin, au-delà des circonstances de sa mort, les participants ont surtout voulu rappeler qui était Jamila : une mère aimante, une grand-mère attentionnée, une femme généreuse et profondément attachée à ses proches. Mais ce rassemblement était aussi l’occasion de dénoncer un féminicide de plus et de rappeler l’urgence de lutter contre les violences conjugales.

« Jamila, Dijon ne vous oubliera pas »

Présent au nom de Nathalie Koenders, maire de Dijon, Billy Chrétien, conseiller municipal délégué à la lutte contre les discriminations, à l’égalité femmes-hommes, à la laïcité et à la fraternité, a pris la parole devant les personnes rassemblées. Un discours empreint de gravité, qu’il a choisi d’ouvrir sans les salutations habituelles.

« Il est des jours où les mots les plus ordinaires deviennent impossibles à prononcer. Parce qu’il n’y a rien de bon dans les circonstances qui nous réunissent aujourd’hui, et parce que j’aurais préféré que nous n’ayons pas à nous tenir ici, permettez-moi de ne pas vous dire “bonjour”. »

S’adressant directement à Alexandra et à sa famille, l’élu a tenu à leur exprimer le soutien de la municipalité dijonnaise. « Aucun discours ne peut réparer une telle perte. Aucun mot ne peut apaiser une douleur comme celle que vous traversez. Mais je veux que vous sachiez que, ce matin, la Ville de Dijon tout entière se tient à vos côtés. »

Pour Billy Chrétien, la mort de Jamila ne saurait être réduite à un simple fait divers. Elle s’inscrit dans une réalité plus large, celle des violences exercées contre les femmes au sein du couple. « Ces meurtres ne peuvent pas être dissociés des inégalités et des rapports de domination qui persistent entre les femmes et les hommes », a-t-il souligné, dénonçant cette logique qui conduit certains hommes à considérer leur compagne comme leur propriété.

« Mais aucune femme n’appartient à un homme. Ni sa vie, ni son corps, ni ses choix, ni sa liberté. Aimer quelqu’un ne donne aucun droit de possession. Et rien, absolument rien, ne peut justifier qu’un homme retire la vie à une femme », a insisté le représentant de la maire.

Au-delà de l’hommage, Billy Chrétien a également porté un message politique, appelant à renforcer les dispositifs de prévention et de protection. Il a notamment rappelé le souhait de la Ville de Dijon de voir aboutir une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, destinée à améliorer la prévention, l’accompagnement des victimes et leur accès à la justice.

« La protection des femmes ne peut plus attendre et notre responsabilité est de tout faire pour que les violences soient repérées, prises au sérieux et combattues avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il déclaré.

L’élu a aussi rappelé l’existence du 3919, numéro national d’écoute et d’orientation destiné aux femmes victimes de violences, ainsi que le rôle des associations locales.

Avant de conclure, il s’est une nouvelle fois tourné vers la famille de Jamila : « En votre mémoire, nous continuerons à agir pour que chaque femme puisse vivre libre, sans peur et sans violence. Jamila, Dijon ne vous oubliera pas. »

« Nous n’allons rien casser. C’est la vie de Jamila qui est brisée »

La colère était également présente dans les paroles de la représentante de Solidarité Femmes, venue exprimer le soutien de l’association aux proches de la victime et dénoncer la persistance des féminicides.

« Nous sommes là aujourd’hui en hommage, en fémage à Jamila. Nous accompagnons sa famille, ses amis », a-t-elle commencé, avant de décrire les sentiments qui traversaient les participants : « Triste, en colère, écœurée. »

La représentante associative a particulièrement insisté sur le caractère pacifique et digne du rassemblement, tout en affirmant que le silence des participants ne devait pas être interprété comme une résignation.

« Nous n’allons rien casser. C’est la vie de Jamila qui est brisée. C’est sa famille qui est dévastée. Nous n’allons rien fracasser. Ce serait copier ce que font tant d’auteurs de violences conjugales. Nous sommes là, mais en nous la rage gronde. »

Dans son intervention, elle a également dénoncé le nombre de féminicides recensés depuis le début de l’année, avançant le chiffre de 120 femmes tuées et de dix féminicides supplémentaires depuis la mort de Jamila.

« Les chiffres ne baissent pas quand les gouvernements, eux, baissent les bras. Leur indifférence et leur cynisme perdurent », a-t-elle lancé, mettant directement en cause l’insuffisance des réponses institutionnelles.

Son discours a ensuite pris la forme d’une série d’interpellations : « Quand les hommes arrêteront-ils toute cette violence ? Quand cette haine pour les femmes cessera-t-elle ? Quand les policiers, gendarmes, avocats, juges écouteront-ils vraiment, enfin, les femmes et leurs enfants ? »

La militante a également regretté que la mobilisation se déroule dans un parc plutôt que dans la rue, estimant que les participants auraient dû pouvoir rendre leur hommage plus visible. Elle a néanmoins réaffirmé leur détermination à poursuivre le combat contre les violences faites aux femmes.

« Nous sommes un cri. Nous sommes là aujourd’hui et nous demanderons encore demain et après-demain justice et paix. Nous y avons toutes et tous droit. »

Avant de terminer sur une promesse de mobilisation : « Nous sommes là et nous reviendrons plus unis, plus forts, plus déterminés encore. »

Alexandra, la fille de Jamila : « Comment vais-je apprendre à vivre cette vie sans toi ? »

Mais c’est sans doute la prise de parole d’Alexandra, la fille de Jamila et organisatrice du rassemblement, qui a donné à cette matinée sa dimension la plus intime et bouleversante.

Devant les personnes venues soutenir sa famille, la jeune femme a expliqué avoir finalement renoncé au discours qu’elle avait initialement préparé pour relire celui prononcé lors de la cérémonie d’adieu à sa mère.

« J’avais préparé un discours et ce matin j’ai changé d’avis. Alors je vais relire ce que j’avais lu à la cérémonie de ma maman », a-t-elle confié.

Ses premiers mots ont immédiatement replacé Jamila au centre de l’hommage, non plus seulement comme une victime de féminicide, mais comme une mère dont l’amour et la présence remplissaient le quotidien de sa fille.

« Maman, aujourd’hui je dois te rendre hommage en quelques lignes, mais à mes yeux cela ne suffira jamais car il faudrait toute une vie pour décrire tout l’amour que je te porte. »

Alexandra a évoqué les appels téléphoniques, les conseils, les rires, les larmes et tous ces moments ordinaires qui, depuis la disparition brutale de sa mère, ont pris une valeur inestimable.

« Une mère, on n’en a qu’une », lui répétait souvent Jamila. Une phrase qui, aujourd’hui, résonne douloureusement dans la vie de sa fille.

« Alors maman, dis-moi, comment vais-je apprendre à vivre cette vie sans toi ? Comment vais-je apprendre à porter ce deuil chaque jour ? », a-t-elle interrogé.

À travers ses mots, Alexandra a aussi tenu à rappeler les qualités humaines de sa mère, refusant que son souvenir soit uniquement associé aux circonstances tragiques de son décès.

« Je ne veux pas qu’on oublie ta bonté, ton sourire, ta bienveillance et ta générosité. Tu laisses derrière toi un vide que rien ni personne ne pourra jamais combler. »

« On s’était dit à demain, mais le soleil s’est levé et tu n’étais plus »

Dans l’un des passages les plus poignants de son hommage, Alexandra a décrit ce sentiment de redevenir une enfant face à la perte de celle qui l’avait accompagnée tout au long de sa vie.

« Maman, c’est avec un cœur d’enfant que j’écris ces mots, car comme tu le disais si bien, tu resteras toujours mon bébé. Alors comme un bébé, je vais devoir apprendre à marcher, mais cette fois sans que tu me tiennes la main. »

Une image douloureuse pour raconter la nécessité de tout réapprendre sans sa mère, sans sa voix et sans ses conseils. Mais aussi une promesse : celle de continuer à avancer et de faire vivre sa mémoire à travers les générations.

« Mes victoires serviront à honorer ta mémoire. Chaque fois que je me relèverai, chaque fois que mes enfants grandiront, une partie de toi continuera à vivre à travers nous. »

Alexandra a également évoqué la foi de Jamila, qui occupait une place importante dans son existence. Une femme croyante, qui continuait à prier dans les moments heureux comme dans les épreuves, mais aussi une grand-mère profondément attachée à ses petits-enfants.

« Tu étais une femme rayonnante, une mamie qui aimait ses petits-enfants. Plus que tout, une sœur, une amie, une femme aimée de tous ceux qui ont eu la chance de te croiser sur le chemin de la vie. Mais pour moi, tu étais tout simplement maman. »

Puis cette phrase, particulièrement saisissante, pour résumer la brutalité de la séparation : « On s’était dit à demain, mais le soleil s’est levé et tu n’étais plus. »

À travers cet hommage, Alexandra a voulu faire une promesse à sa mère : continuer à parler d’elle, raconter son histoire et transmettre son souvenir à ses enfants pour qu’elle ne disparaisse jamais des mémoires.

« Parce que tant que nous parlerons de toi, tant que nous penserons à toi, tant que nous t’aimerons, tu ne disparaîtras jamais vraiment. »

Pour conclure, elle a repris ces mots d’amour que sa mère lui adressait autrefois, en inversant les rôles : « Tu me disais, ma fille, je suis fière de toi. Mais je te le dirai, en vérité, c’est moi qui suis fière d’être ta fille. Au revoir, ma reine. »

Un hommage, mais aussi un appel à ne plus détourner le regard

Un mois après le féminicide de Jamila Sabimbona, ce rassemblement dijonnais a ainsi mêlé trois voix : celle d’une municipalité affirmant sa solidarité avec la famille, celle d’une association dénonçant l’insuffisance de la lutte contre les violences faites aux femmes, et celle d’une fille racontant l’amour immense qu’elle porte à sa mère.

Derrière les chiffres des féminicides et les procédures judiciaires, l’hommage a rappelé qu’il y a des vies, des familles et des histoires brutalement interrompues. Pour Alexandra, la disparition de Jamila signifie désormais grandir et avancer sans celle qui avait toujours été à ses côtés. Pour les associations, elle rappelle l’urgence de mieux protéger les femmes confrontées aux violences conjugales.

Ce samedi 24 octobre, les quelque 200 personnes réunies place Darcy ont voulu faire entendre un même message : Jamila Sabimbona ne doit pas être oubliée, et sa mort ne doit pas rester sans réponse.

Au-delà de l’émotion de cette matinée, demeure une exigence partagée : que la mémoire de Jamila contribue à faire avancer la lutte contre les violences faites aux femmes, afin qu’aucune autre famille n’ait à traverser une telle tragédie.

Pour Alexandra, enfin, il restera ces derniers mots adressés à sa mère : « Je t’aime aujourd’hui, je t’aimerai demain, je t’aimerai toute ma vie. »

Dijon : 200 personnes réunies en hommage à Jamila Sabimbona, victime d’un féminicide

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