Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées, mardi 27 octobre 2026, sur la place de la Libération à Dijon, pour dénoncer le racisme, les discriminations et les discours de haine. Organisée à l’appel de nombreuses associations et organisations syndicales, cette mobilisation, suivie d’une marche, a également réuni plusieurs élus de l’agglomération dijonnaise. Les prises de parole ont notamment pointé la responsabilité des discours politiques et médiatiques dans la banalisation du racisme.
Plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel des organisations antiracistes, ce mardi 27 octobre au soir, sur la place de la Libération, à Dijon. Réunis pour « combattre le racisme, les discriminations et les discours qui conduisent au meurtre », les manifestants ont souhaité exprimer leur indignation face aux violences racistes et alerter sur la montée des discours de haine dans le débat public. Le rassemblement, suivi d’une marche dans les rues de Dijon, était organisé à l’initiative de plusieurs associations et syndicats, parmi lesquels la Ligue des droits de l’Homme (LDH), le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), SOS Racisme, ATTAC, SOS Refoulement, la FSU, la CGT, Amnesty International Dijon et Solidaires 21.
La mobilisation a également rassemblé plusieurs responsables politiques locaux. La maire de Dijon, Nathalie Koenders (PS), était présente, tout comme Isabelle Pasteur (PS), maire de Quetigny, Céline Tonot (PS), maire de Longvic, Thierry Falconnet (PS), maire de Chenôve, Nicolas Schoutith (sans étiquette), maire de Bretenière, et Guillaume Ruet (LR), maire de Chevigny-Saint-Sauveur. Des élus de sensibilités politiques différentes réunis à l’occasion de cette mobilisation contre le racisme.
« Ce sont les armes qui tuent, mais ce sont aussi les mots »
Au cours du rassemblement, Paul Garrigues a pris la parole pour rappeler les raisons de cette mobilisation et dénoncer les conséquences des discours racistes. Revenant notamment sur le crime raciste évoqué à Trappes, il a insisté sur la responsabilité de ceux qui contribuent, selon lui, à diffuser et à banaliser les idées d’extrême droite dans l’espace public.
« Nous nous retrouvons pour dire notre horreur face au crime raciste », a-t-il déclaré en introduction, avant d’insister sur un message central : « Ce sont les armes qui tuent, mais c’est aussi les mots. »
Dans son intervention, Paul Garrigues a particulièrement mis en cause certains médias, notamment les chaînes d’information en continu, qu’il accuse d’offrir une tribune régulière à des personnalités tenant des discours racistes. Reprenant les propos du maire de Trappes, Ali Rabeh, il a estimé que les discours diffusés sur les plateaux de télévision pouvaient contribuer à installer un climat idéologique propice au passage à l’acte violent.
« Comment peut-on laisser prospérer cette parole matin, midi et soir sur tous les plateaux et croire qu’elle n’aura pas d’effet dans la vie réelle ? », a-t-il interrogé devant les manifestants.
Le militant a notamment cité BFMTV et CNews, dénonçant ce qu’il considère comme une banalisation de l’idéologie d’extrême droite dans les médias. Il a également fait référence à un communiqué du syndicat CGT du groupe BFM-RMC, appelant à ne plus banaliser les discours racistes sur les antennes du groupe.
Ses critiques ont aussi visé plusieurs responsables politiques. Paul Garrigues a notamment mis en cause les prises de position de personnalités du Rassemblement national ainsi que celles de l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, dont il a dénoncé les déclarations sur l’immigration et le port du voile. Selon lui, certains discours politiques contribuent à alimenter la stigmatisation des populations étrangères ou issues de l’immigration.
Évoquant le profil de l’auteur présumé du crime de Trappes, il a également établi un lien entre la consommation de contenus médiatiques d’extrême droite et la radicalisation raciste. Des accusations et une analyse qu’il a présentées comme autant de raisons de renforcer la mobilisation citoyenne.
Un combat à mener « dans la vie quotidienne »
Au-delà de la dénonciation des discours politiques et médiatiques, Paul Garrigues a appelé les citoyens à agir concrètement contre le racisme. Pour lui, cette lutte ne doit pas se limiter aux manifestations ou aux réactions suscitées par des faits divers dramatiques, mais doit s’inscrire durablement dans les comportements de chacun.
« Ce combat contre le racisme, c’est un combat de la vie quotidienne, de notre vie quotidienne à tous, que ce soit dans nos cercles proches, au travail, dans le voisinage, partout où nous sommes », a-t-il souligné.
Dans cette perspective, il a annoncé l’organisation d’un forum le samedi 28 novembre à la Maison Phare, à Dijon. Porté par plusieurs des associations mobilisées, ce rendez-vous aura pour objectif de réfléchir collectivement aux moyens de répondre aux arguments racistes et aux discours de l’extrême droite dans les échanges du quotidien.
Une initiative destinée à prolonger la mobilisation au-delà du rassemblement et à donner aux participants des outils pour réagir face aux propos discriminatoires.
Une minute de silence en mémoire des victimes
Un moment de recueillement a également marqué la soirée. Les personnes présentes ont observé une minute de silence en mémoire des victimes, avant que la parole ne soit donnée à des représentants associatifs.
Une représentante d’ATTAC a alors pris la parole pour dénoncer à son tour la progression des idées racistes et la place qu’elles occupent dans le débat public. Dans son intervention, elle a notamment critiqué plusieurs médias, citant CNews, BFMTV, Franc-Tireur et Frontières, ainsi que les formations politiques qu’elle qualifie « d’extrême centre et d’extrême droite ».
Selon elle, les prises de position relayées dans les médias et par certains responsables politiques participent à installer « un climat d’inquiétude et de peur dans la population », particulièrement parmi les personnes immigrées ou descendantes de l’immigration.
La militante a également exprimé ses inquiétudes concernant les orientations politiques du Rassemblement national et de Reconquête en vue de la prochaine élection présidentielle.
« Les programmes du Rassemblement national et de Reconquête pour la prochaine élection présidentielle promettent une véritable politique d’apartheid », a-t-elle affirmé, estimant que leur application pourrait conduire à des différences de droits entre les personnes vivant et travaillant en France selon leur nationalité.
Poursuivant son intervention, elle a établi un parallèle avec les discriminations subies par les Juifs durant les années 1940. Une comparaison historique qu’elle a utilisée pour mettre en garde contre les conséquences possibles de politiques fondées, selon elle, sur l’exclusion et la différence de traitement entre les citoyens.
« Nos compatriotes immigrés ou descendants d’immigrés vivent dans l’insécurité et la peur »
La représentante d’ATTAC a également insisté sur les conséquences concrètes du racisme pour les personnes qui en sont victimes. Elle a évoqué un sentiment d’insécurité grandissant parmi les populations immigrées ou issues de l’immigration, appelant l’ensemble de la société à ne pas rester silencieux face aux discriminations.
« Nos compatriotes immigrés ou descendants d’immigrés vivent dans l’insécurité et la peur », a-t-elle alerté, avant d’ajouter : « Nous nous devons de réagir aux propos, aux attitudes, aux comportements racistes. »
Pour la militante, le racisme constitue également un moyen de détourner l’attention des difficultés économiques et sociales rencontrées par une partie de la population. Elle a ainsi dénoncé une instrumentalisation des questions migratoires qui contribuerait, selon elle, à masquer les inégalités et la concentration des richesses.
« Le poison du racisme ne sert qu’à nous faire détourner le regard des vraies causes des difficultés que connaissent beaucoup de personnes », a-t-elle déclaré. « On veut nous détourner de ceux qui accaparent les richesses. »
Dénonçant une propagande qu’elle juge « véritablement mortifère », la représentante d’ATTAC a appelé à combattre les discours qui opposent les populations entre elles.
Une mobilisation appelée à se poursuivre
À travers ce rassemblement et la marche qui a suivi, les organisations participantes ont voulu porter un message commun : le refus du racisme et des discriminations, mais aussi la nécessité de s’opposer à la banalisation des discours de haine.
Si les interventions ont largement ciblé les médias et les responsables politiques accusés de contribuer à la diffusion des idées racistes, les associations ont également insisté sur le rôle de chacun dans la lutte contre les préjugés et les discriminations.
Le rendez-vous annoncé pour le 28 novembre à la Maison Phare doit permettre de poursuivre cette réflexion et de transformer l’indignation exprimée place de la Libération en actions concrètes.