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Emmanuel Macron face à HugoDécrypte : colère des lycéens, Parcoursup, violences et pouvoir d’achat au cœur d’un long entretien

Par Fabien Bauduin 29 octobre 2026

À six mois de la fin de son second mandat, Emmanuel Macron a accordé, mercredi 28 octobre 2026, une interview de plus d’une heure au journaliste Hugo Travers, fondateur du média HugoDécrypte. Dans un contexte de fortes tensions sociales et politiques, le président de la République est revenu sur la mobilisation des lycéens, les violences survenues lors des manifestations, l’avenir de Parcoursup, la hausse des prix des carburants et l’attentat raciste de Trappes. Un échange au cours duquel le chef de l’État a reconnu certaines erreurs de l’exécutif, tout en défendant les orientations de sa politique.

C’est une prise de parole présidentielle dans un climat particulièrement tendu. Mercredi 28 octobre, Emmanuel Macron a répondu pendant près d’une heure et vingt minutes aux questions d’Hugo Travers, le journaliste à la tête du média HugoDécrypte, suivi par des millions de jeunes Français sur les réseaux sociaux. Diffusé sur la chaîne YouTube du média, cet entretien intervient alors que la France connaît depuis plusieurs semaines une importante mobilisation lycéenne, accompagnée de revendications plus larges sur les conditions de vie et le pouvoir d’achat. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, le chef de l’État a tenté de répondre aux préoccupations d’une jeunesse particulièrement mobilisée, sans éluder les questions relatives aux violences et aux tensions qui traversent le pays.

L’échange s’est notamment concentré sur la crise lycéenne, engagée à la mi-septembre et marquée par des blocages d’établissements, des manifestations et des affrontements avec les forces de l’ordre. Face aux interrogations d’Hugo Travers, Emmanuel Macron a reconnu que la réaction des pouvoirs publics n’avait pas été suffisamment rapide. Le président a admis que l’exécutif aurait dû intervenir plus tôt pour apporter des réponses aux revendications des jeunes, tout en estimant nécessaire de retrouver désormais un climat apaisé.

Emmanuel Macron appelle les lycéens à reprendre les cours

Alors que de nouvelles mobilisations sont annoncées, notamment le samedi 31 octobre, Emmanuel Macron souhaite que la rentrée scolaire du lundi 2 novembre marque un retour au calme. Le président a appelé les lycéens à reprendre les cours après les vacances de la Toussaint, considérant que le gouvernement avait entendu leurs préoccupations et proposé plusieurs mesures pour y répondre.

Le chef de l’État a insisté sur la nécessité de préserver la scolarité des jeunes, alors que certains établissements ont connu plusieurs semaines de perturbations. Cette volonté de retour à la normale intervient néanmoins dans un contexte où les organisations lycéennes continuent de contester les réponses de l’exécutif, notamment sur l’accès à l’enseignement supérieur et les moyens accordés à l’éducation.

L’entretien a également donné lieu à des échanges sur les blessures subies par plusieurs jeunes manifestants. Interrogé par Hugo Travers sur des adolescents grièvement touchés lors d’interventions policières, certains ayant perdu une main ou un œil, Emmanuel Macron a exprimé sa compassion envers les victimes et leurs familles. Le président a reconnu la gravité de ces événements, tout en évoquant également les policiers et les gendarmes blessés pendant les manifestations.

Sur la question des violences policières, Emmanuel Macron a assuré que des enquêtes avaient été ouvertes lorsque des comportements susceptibles de constituer des fautes avaient été signalés. Près d’une cinquantaine d’investigations de l’Inspection générale de la police nationale ont été engagées dans le contexte des différentes mobilisations d’octobre, selon les informations communiquées par les autorités. Ces procédures doivent permettre d’établir les circonstances des faits et les éventuelles responsabilités.

Le président a toutefois maintenu son soutien à la nécessité de faire respecter l’ordre public, défendant la stratégie adoptée par les forces de l’ordre lors des dernières manifestations. Une position qui intervient alors que la gestion policière de la contestation, notamment en raison de la présence de manifestants mineurs, continue de susciter de vives critiques de la part de responsables politiques de gauche et d’organisations de défense des droits.

Parcoursup : une réforme annoncée, mais des désaccords persistants

Autre sujet central de l’interview, l’avenir de Parcoursup. La plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur cristallise une partie de la colère des lycéens, qui dénoncent notamment le manque de lisibilité des critères de sélection et les difficultés rencontrées pour accéder aux formations souhaitées.

Face à Hugo Travers, Emmanuel Macron a défendu le principe du dispositif, estimant qu’il représentait une amélioration par rapport aux systèmes précédents. Il a néanmoins reconnu que son fonctionnement suscitait de la défiance et nécessitait une transformation importante. Le président a notamment insisté sur le besoin de rendre les critères de sélection des établissements plus compréhensibles pour les candidats et leurs familles.

Le gouvernement a annoncé une évolution importante du dispositif dès la rentrée 2027, avant son remplacement envisagé en 2028, sous réserve de l’adoption d’une loi par le Parlement. Cette réforme doit notamment permettre de renforcer la transparence des procédures d’admission et d’améliorer l’information des lycéens sur les débouchés des différentes formations.

Emmanuel Macron a également défendu l’augmentation du nombre de places dans l’enseignement supérieur depuis son arrivée à l’Élysée en 2017. Il considère toutefois qu’un accès généralisé à l’université ne constitue pas, à lui seul, une réponse satisfaisante aux difficultés d’insertion professionnelle. Une position qui met en évidence les divergences persistantes entre l’exécutif et les organisations étudiantes sur les conditions d’accès aux études supérieures.

Violences du 17 octobre : le président reconnaît des erreurs d’anticipation

L’entretien est également revenu sur les importantes violences qui ont marqué les manifestations du 17 octobre dans plusieurs villes françaises. Cette journée de mobilisation avait été accompagnée de dégradations, de pillages de commerces et d’affrontements, soulevant de nombreuses interrogations sur l’anticipation des événements par les autorités.

Emmanuel Macron a reconnu des défaillances dans la préparation du dispositif de sécurité. Selon les chiffres avancés par le président, les services de renseignement avaient initialement anticipé une mobilisation d’environ 250 000 personnes, alors que la participation aurait finalement atteint 500 000 manifestants. Ces estimations, présentées par le chef de l’État, ont servi à expliquer les difficultés rencontrées par les forces de l’ordre.

Le président a également mis en cause l’action de groupes violents, notamment issus selon lui de l’ultragauche, auxquels il attribue une partie des dégradations commises pendant les rassemblements. Il a défendu la nécessité de distinguer l’exercice du droit de manifester des actes de violence et des pillages.

La question des réseaux sociaux a elle aussi été abordée. Interrogé sur les révélations du média Blast concernant d’éventuelles discussions gouvernementales autour d’une suspension temporaire de certaines plateformes, Emmanuel Macron a assuré qu’aucune décision de coupure n’avait été prise. Il a toutefois reconnu l’existence d’échanges menés sous l’autorité du Premier ministre Sébastien Lecornu, notamment pour renforcer la lutte contre les appels à la violence et les contenus illicites diffusés en ligne. La nature exacte de ces discussions demeure un point de débat.

Racisme et antisémitisme : une prise de position après l’attentat de Trappes

L’un des passages les plus politiques de l’entretien a concerné l’attentat raciste commis le 23 octobre à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Cette attaque a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans, et fait plusieurs blessés. Les faits ont provoqué une vive émotion et ravivé les débats sur la montée du racisme et la responsabilité du discours politique dans le climat actuel.

Interrogé sur cette affaire, Emmanuel Macron a dénoncé une banalisation des propos racistes et antisémites dans le débat public. Le président a notamment mis en cause le Rassemblement national, auquel il reproche d’avoir contribué à installer un climat de tolérance à l’égard de certains discours racistes. Il a également visé La France insoumise, qu’il accuse de participer à une banalisation de certains propos antisémites.

Ces accusations politiques interviennent dans un climat de fortes tensions entre les différentes formations, à quelques mois de l’élection présidentielle. Elles relèvent de l’analyse et des critiques formulées par Emmanuel Macron, et non de responsabilités judiciairement établies dans l’attentat de Trappes.

Le chef de l’État a appelé à un sursaut collectif face à la progression des violences et à la radicalisation de certains discours. Un hommage national aux victimes de l’attentat doit également être organisé sous la présidence du Premier ministre.

Carburants et salaires : le pouvoir d’achat également abordé

Les préoccupations économiques des Français ont également occupé une partie de l’interview. Alors que la hausse des prix des carburants pèse sur le budget de nombreux ménages, Emmanuel Macron a défendu les mesures déjà engagées par l’exécutif, notamment les accords conclus avec TotalEnergies pour limiter les prix dans une partie de ses stations-service.

Le chef de l’État a évoqué une baisse attendue des prix à la pompe à partir du 1er novembre, sans annoncer de diminution générale des taxes sur les carburants. Il a justifié cette position par la volonté de privilégier des dispositifs ciblés plutôt qu’une mesure bénéficiant indistinctement à l’ensemble des automobilistes.

Sur la question des salaires, Emmanuel Macron a notamment appelé les branches professionnelles dont les minima conventionnels restent inférieurs au Smic à reprendre les négociations avec les partenaires sociaux. Le président a considéré que ces discussions constituaient l’un des leviers permettant de répondre aux difficultés de pouvoir d’achat.

Interrogé sur l’éventualité d’une nouvelle revalorisation exceptionnelle du salaire minimum, il n’a toutefois pas pris d’engagement précis, renvoyant notamment aux décisions du gouvernement. Les réponses apportées pendant cet entretien traduisent ainsi la volonté de l’exécutif de défendre ses choix économiques, alors que les revendications salariales occupent une place importante dans la mobilisation sociale.

À six mois de la présidentielle, un échange tourné vers la jeunesse

Au-delà des différentes mesures évoquées, cette interview constitue également un exercice de communication politique particulier pour Emmanuel Macron. En choisissant de répondre aux questions d’Hugo Travers, le président s’adresse directement à un public jeune, habitué à s’informer sur les plateformes numériques et particulièrement concerné par les questions d’éducation, d’emploi et de pouvoir d’achat.

Le journaliste a également interrogé le chef de l’État sur son propre rapport à l’engagement et à la contestation. À la question de savoir s’il participerait lui-même aux manifestations s’il avait aujourd’hui 17 ans, Emmanuel Macron n’a pas apporté de réponse tranchée. Il a toutefois défendu la possibilité d’exprimer des désaccords politiques sans nécessairement participer à des manifestations, tout en appelant à accompagner les jeunes générations avec respect.

À six mois de la fin de son second mandat, Emmanuel Macron cherche ainsi à défendre son bilan tout en reconnaissant certaines limites de l’action gouvernementale. Si l’entretien lui a permis de préciser ses positions sur plusieurs sujets majeurs, il n’a pas dissipé les désaccords qui opposent l’exécutif à une partie des lycéens et des mouvements sociaux.

Alors que de nouvelles manifestations sont annoncées dans les prochains jours, les réponses apportées par le président seront désormais confrontées à la poursuite ou non de la mobilisation. La rentrée du 2 novembre constituera à ce titre un premier test pour le gouvernement, dans un contexte social et politique déjà fortement marqué par la perspective de la présidentielle de 2027.

L’intégralité de l’interview d’Emmanuel Macron par HugoDécrypte, enregistrée et diffusée le mercredi 28 octobre 2026, est à retrouver dans la vidéo ci-dessous.