Le groupe ProNoïa, l’un des principaux franchisés de KFC en France, traverse une crise financière majeure. Placé sous procédure de sauvegarde par la justice, il exploite une quarantaine de restaurants dans l’Hexagone, dont quatre dans l’agglomération dijonnaise. Avec plus de 60 millions d’euros de dette financière au niveau national et des pertes qui se creusent, le groupe doit désormais restructurer son activité. En Bourgogne, les restaurants restent ouverts, mais des incertitudes demeurent sur leur avenir.
Derrière les comptoirs des restaurants KFC de Dijon, Chenôve et Quetigny, le service se poursuit normalement. Pourtant, la situation financière de leur exploitant est devenue préoccupante. Le groupe ProNoïa, qui possède plusieurs dizaines de restaurants de l’enseigne américaine en France, a été placé sous procédure de sauvegarde par le tribunal de commerce de Bordeaux. Une décision prise le 23 septembre 2026 et rendue publique le samedi 31 octobre dans les annonces légales.
Cette procédure concerne la société mère ainsi que plusieurs de ses filiales, notamment ProNoïa Centre-Est, qui exploite les restaurants de Bourgogne-Franche-Comté. L’entreprise est aujourd’hui confrontée à un endettement important et à une succession de résultats déficitaires.
À l’échelle nationale, près de 900 salariés sont concernés par cette restructuration. Si aucune fermeture générale n’a été annoncée, les difficultés financières soulèvent des questions sur l’avenir de certains établissements et sur la capacité du groupe à poursuivre son développement.
Quatre restaurants directement concernés à Dijon et en Côte-d’Or
En Côte-d’Or, les quatre restaurants KFC de l’agglomération dijonnaise sont exploités par la même société, ProNoïa Centre-Est, dont le siège social se trouve à Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques.
Il s’agit du KFC situé rue de Cracovie à Dijon, à proximité du secteur commercial d’Ikea, de celui installé au centre commercial de la Toison d’Or, ainsi que des établissements de Chenôve, avenue Roland-Carraz, et de Quetigny, boulevard de l’Europe.
Ces restaurants sont directement concernés par la procédure de sauvegarde de leur exploitant. Cela ne signifie cependant pas que chacun d’entre eux rencontre individuellement des difficultés de rentabilité. Les comptes disponibles portent sur l’ensemble de la société et ne permettent pas de connaître précisément la situation économique de chaque restaurant.
Le cas du KFC de la Toison d’Or illustre néanmoins le contraste entre la récente politique d’expansion de l’enseigne et les difficultés actuelles de l’un de ses franchisés.
Ouvert le 10 décembre 2024, ce restaurant était venu compléter les trois implantations déjà présentes dans l’agglomération dijonnaise. Son inauguration avait été présentée comme une nouvelle étape du développement de KFC en Bourgogne-Franche-Comté. L’établissement, qui compte 89 places assises, avait également permis la création annoncée d’une trentaine d’emplois.
Moins de deux ans après cette ouverture, son exploitant se trouve donc engagé dans une procédure judiciaire destinée à réorganiser ses finances.
Une situation qui suscite des interrogations, notamment pour les salariés, même si aucune annonce de fermeture ni aucun plan de suppression d’emplois n’ont été communiqués pour ces quatre établissements.
Six restaurants concernés dans l’ancienne région Bourgogne
Les difficultés du franchisé ne se limitent pas au département de la Côte-d’Or. En consultant les établissements rattachés à ProNoïa Centre-Est dans les registres d’entreprises, deux autres restaurants de l’ancienne région Bourgogne apparaissent dans le même périmètre : celui d’Auxerre, dans l’Yonne, situé avenue de Worms, et celui de Varennes-Vauzelles, dans la Nièvre, boulevard Camille-Dagonneau.
Au total, six restaurants KFC de Bourgogne sont donc exploités par cette filiale placée sous sauvegarde.
Dans le reste de la Bourgogne-Franche-Comté, la société exploite également des établissements à Besançon et Pontarlier, dans le Doubs, à Choisey dans le Jura, à Vesoul en Haute-Saône et à Belfort.
La filiale représente ainsi onze restaurants répartis sur le territoire régional. Elle dispose également d’un siège administratif à Pau, ce qui porte à douze son nombre d’établissements enregistrés.
Il convient toutefois de préciser que tous les KFC de Bourgogne ne sont pas nécessairement concernés. D’autres restaurants de l’enseigne, notamment à Sens, Mâcon ou Chalon-sur-Saône, sont exploités par des sociétés distinctes. Les difficultés de ProNoïa ne permettent donc pas de conclure à une crise financière identique pour l’ensemble des établissements de la marque dans la région.
Des pertes qui se creusent malgré une activité en progression
Les comptes de ProNoïa Centre-Est révèlent une situation financière particulièrement fragile. Selon les données publiées par Pappers, la société a réalisé un chiffre d’affaires de 17,6 millions d’euros sur l’exercice clos en mars 2024, puis de 21,6 millions d’euros en mars 2025. Sur l’exercice clos en mars 2026, les ventes ont encore progressé pour atteindre environ 22,1 millions d’euros.
Mais cette hausse du chiffre d’affaires s’accompagne d’une aggravation des pertes.
En 2024, ProNoïa Centre-Est affichait un résultat net négatif de 444 000 euros. Un an plus tard, le déficit atteignait 837 000 euros. Pour l’exercice clos au 31 mars 2026, la perte nette s’est encore creusée pour atteindre environ 1,56 million d’euros.
Autrement dit, l’entreprise continue de développer son activité commerciale, mais cette progression ne lui permet pas de dégager des bénéfices.
À ces pertes s’ajoute un endettement conséquent. En 2025, la dette financière de ProNoïa Centre-Est atteignait environ 11,5 millions d’euros. Les comptes de cette même année faisaient également apparaître des capitaux propres négatifs d’environ 1,57 million d’euros, signe d’une structure financière fragilisée.
Cette situation n’est pas nouvelle. Dès novembre 2023, alors que les capitaux propres étaient déjà dégradés, l’associé unique avait décidé de poursuivre l’activité de la société malgré la perte de plus de la moitié de son capital social, conformément à la procédure prévue par le Code de commerce. Cette décision avait fait l’objet d’une annonce légale en mai 2024.
Les difficultés financières étaient donc apparues plusieurs années avant l’ouverture de la procédure de sauvegarde.
Ces résultats soulignent une contradiction importante : la croissance des ventes ne suffit plus à compenser les charges et le coût financier supportés par la société. L’endettement du groupe constitue désormais l’un des principaux enjeux de sa restructuration.
Au niveau national, une dette de 60,7 millions d’euros
La crise prend une dimension encore plus importante lorsque l’on examine les finances du groupe ProNoïa dans son ensemble.
Créé par Pierre Tritz, qui a ouvert son premier restaurant KFC franchisé à Pau en 2013, le groupe a progressivement constitué un réseau important dans plusieurs régions françaises.
En 2023, ProNoïa avait annoncé un financement de 85 millions d’euros, obtenu majoritairement auprès d’établissements bancaires, pour accélérer son expansion.
L’objectif affiché était ambitieux : passer de 26 restaurants à près de 60 établissements d’ici 2025 et accompagner une part importante des nouvelles ouvertures de KFC en France.
Cette stratégie devait permettre au groupe de changer de dimension et de s’imposer comme un acteur incontournable du réseau français.
Mais l’expansion s’est révélée moins importante que prévu. Selon les informations rapportées par l’Agence France-Presse, ProNoïa a finalement ouvert une quinzaine de restaurants supplémentaires, portant son parc à une quarantaine d’établissements.
Dans le même temps, les investissements réalisés et les financements contractés ont pesé sur les comptes.
Sur l’exercice clos en mars 2025, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 83,9 millions d’euros, mais également une perte nette de 7,2 millions d’euros. Sa dette financière atteignait alors 60,7 millions d’euros.
Un niveau d’endettement qui a compliqué les relations avec ses partenaires bancaires.
Pendant deux exercices consécutifs, ProNoïa n’a pas respecté certains ratios financiers prévus dans ses accords de financement. Les banques lui ont finalement accordé une dérogation à la fin de l’année 2025, alors que des discussions étaient engagées pour rééchelonner les remboursements.
La procédure de sauvegarde apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans la recherche d’une solution financière durable.
Elle doit permettre au groupe de poursuivre son exploitation tout en négociant avec ses créanciers, dans un cadre judiciaire destiné à éviter une cessation d’activité.
Des difficultés également importantes en région parisienne
Les difficultés de ProNoïa ne se concentrent pas uniquement en Bourgogne-Franche-Comté. Plusieurs établissements très fréquentés de la région parisienne figurent également parmi les restaurants du groupe. C’est notamment le cas de restaurants situés à la gare du Nord, au Forum des Halles, à La Défense ou encore au centre commercial Parly 2.
La situation de la filiale francilienne est particulièrement dégradée. Selon les comptes rapportés par l’AFP, cette société a enregistré une perte nette de 4,7 millions d’euros sur l’exercice clos en mars 2026.
À cette date, ses dettes dépassaient de 14,6 millions d’euros la valeur de ses actifs, illustrant l’ampleur des déséquilibres financiers.
Le groupe exploite également des restaurants dans le Sud-Ouest, notamment à Bayonne. Ces difficultés montrent que la procédure ne constitue pas un incident isolé dans quelques restaurants de province. Elle concerne plusieurs filiales et un réseau national développé rapidement au cours des dernières années.
D’autres franchisés KFC rencontrent aussi des difficultés
Le cas ProNoïa intervient dans un environnement économique de plus en plus concurrentiel pour les spécialistes de la restauration rapide à base de poulet. Le groupe AmRest, autre important franchisé de KFC en France, également présent dans le secteur de la restauration avec Sushi Shop, a lui aussi subi un recul de son activité.
Selon les informations rapportées par l’AFP, ses ventes françaises ont diminué de plus de 10 % en 2025, puis ont de nouveau reculé au premier trimestre 2026. Le groupe a néanmoins évoqué des signes d’amélioration au deuxième trimestre.
Cette évolution ne signifie pas qu’AmRest se trouve dans la même situation judiciaire que ProNoïa. Elle révèle cependant que les difficultés commerciales touchent plusieurs acteurs importants du réseau KFC.
Le paradoxe est que le poulet reste un marché particulièrement dynamique en France.
D’après l’interprofession de la volaille ANVOL, la consommation française de poulet a progressé de 5,6 % en 2025 par rapport à l’année précédente. La restauration hors domicile contribue fortement à cette évolution et occupe une place croissante dans la consommation nationale.
Mais cette croissance attire également de nouveaux concurrents.
Ces dernières années, des enseignes comme Popeyes ou Tasty Crousty se sont développées sur le marché français, proposant une offre centrée sur le poulet frit, les tenders, les burgers et les recettes croustillantes.
Les grandes chaînes traditionnelles, dont McDonald’s et Burger King, ont également renforcé leur offre à base de poulet.
Dans ce contexte, la croissance globale de la demande ne garantit plus automatiquement la réussite de chaque opérateur.
Les restaurants doivent faire face à une concurrence accrue, tandis que leurs exploitants supportent des charges importantes liées aux salaires, aux loyers, à l’approvisionnement, à l’énergie et aux investissements.
Pour les groupes ayant fortement emprunté afin de financer leurs ouvertures, le remboursement de la dette peut devenir une contrainte supplémentaire.
Il n’est toutefois pas possible, à partir des seuls comptes publics, d’attribuer précisément les pertes de ProNoïa à chacun de ces facteurs. Le poids de la dette et les difficultés à maintenir une rentabilité suffisante sont, en revanche, clairement documentés.
KFC France assure que les restaurants restent ouverts
Face aux inquiétudes suscitées par les annonces judiciaires, KFC France a tenu à préciser la situation de son franchisé.
Contactée par l’Agence France-Presse, l’enseigne explique que ProNoïa a engagé une démarche de restructuration afin d’adapter son activité à un environnement économique devenu plus exigeant. KFC France indique également que les restaurants concernés « poursuivent normalement leur activité ».
Cette précision est importante, car les difficultés de ProNoïa ne signifient pas que l’ensemble du réseau KFC français se trouve en faillite.
L’enseigne américaine, propriété du groupe international Yum! Brands, fonctionne largement avec des franchisés indépendants, qui exploitent les restaurants sous la marque KFC tout en disposant de leurs propres structures financières.
Fin 2025, KFC annonçait compter environ 400 restaurants en France, exploités avec 52 partenaires franchisés, et employer plus de 16 000 personnes dans son réseau.
ProNoïa représente donc une part importante des restaurants français, sans pour autant incarner à lui seul la situation économique de toute l’enseigne.
Pour les clients des restaurants de Dijon, Chenôve, Quetigny et des autres villes concernées, rien ne change pour le moment dans le fonctionnement annoncé des établissements. Pour les salariés, en revanche, l’évolution de la procédure judiciaire constitue un sujet de vigilance.
Une procédure pour éviter une aggravation de la situation
La procédure de sauvegarde a précisément pour objectif de permettre à une entreprise de surmonter ses difficultés avant de se retrouver en cessation des paiements.
Contrairement à un redressement judiciaire, qui concerne une entreprise déjà en cessation des paiements, la sauvegarde intervient en amont. Elle permet de protéger temporairement l’entreprise contre certaines actions de ses créanciers et de travailler à une restructuration de ses dettes.
Durant la période d’observation, l’activité peut être maintenue et les dirigeants poursuivent l’exploitation sous le contrôle ou la surveillance des organes désignés par la justice.
Un plan peut ensuite être proposé pour rééchelonner les remboursements, éventuellement sur une durée pouvant atteindre dix ans.
Pour ProNoïa, l’objectif sera de trouver un équilibre entre le maintien des restaurants, la préservation des emplois et le remboursement progressif de ses créanciers.
Mais cette protection ne garantit pas automatiquement une issue favorable.
Si la société ne parvient pas à construire un plan viable, sa situation pourrait se dégrader et conduire à une procédure de redressement judiciaire, voire, dans le scénario le plus défavorable, à une liquidation. Aucune de ces évolutions n’est toutefois actée pour les restaurants de Bourgogne.
Une nouvelle audience prévue le 2 décembre
L’avenir de ProNoïa Centre-Est doit désormais être examiné dans le cadre du calendrier judiciaire. Selon les informations publiées par le mandataire judiciaire Silvestri-Baujet, le tribunal de commerce de Bordeaux a autorisé la poursuite de l’activité pendant une première période d’observation.
Une nouvelle audience est prévue le 2 décembre 2026.
Elle permettra de faire un nouveau point sur la situation de la société et sur les perspectives de poursuite de son activité.
Les créanciers disposent, pour leur part, d’un délai de déclaration de leurs créances antérieures, fixé au 31 décembre 2026 pour le délai ordinaire, selon les informations du mandataire judiciaire.
Pour les restaurants de Côte-d’Or et les autres établissements de Bourgogne-Franche-Comté, les prochaines étapes seront déterminantes. La capacité du groupe à négocier un accord avec ses banques et ses autres créanciers conditionnera largement la réussite de sa restructuration.
En Bourgogne, une situation préoccupante mais aucune fermeture annoncée
À Dijon comme dans les autres villes concernées, l’ouverture de la procédure de sauvegarde constitue un signal sérieux sur la santé financière de l’exploitant.
Les chiffres montrent qu’il ne s’agit pas de simples difficultés passagères. Les pertes de ProNoïa Centre-Est se sont creusées au cours des dernières années, tandis que le groupe national supporte un endettement important, hérité notamment de sa stratégie d’expansion.
La situation apparaît d’autant plus préoccupante que plusieurs grands franchisés de KFC connaissent des tensions économiques, malgré un marché du poulet toujours en croissance.
Pour autant, il serait prématuré d’annoncer la disparition des restaurants KFC de Dijon, Chenôve ou Quetigny. À ce jour, aucune décision de fermeture de ces établissements n’a été rendue publique dans le cadre de cette procédure.
La sauvegarde a précisément été engagée pour permettre au groupe de poursuivre son activité et de trouver une solution à ses difficultés.
Reste désormais à savoir si cette réorganisation sera suffisante pour rétablir durablement les finances de ProNoïa.
Pour les six restaurants concernés dans l’ancienne région Bourgogne, dont quatre en Côte-d’Or, la question n’est donc pas aujourd’hui celle d’une fermeture annoncée, mais celle de leur avenir au sein d’un groupe lourdement endetté.
Un avenir qui dépendra de la réussite des négociations financières et des prochaines décisions du tribunal de commerce de Bordeaux. La prochaine échéance est fixée au 2 décembre 2026.
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