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Bourgogne-Franche-Comté : cinq initiatives récompensées pour leur engagement dans l’économie sociale et solidaire

Par Fabien Bauduin 4 novembre 2026

De l’installation de nouveaux agriculteurs à la lutte contre le gaspillage alimentaire, en passant par l’insertion professionnelle des jeunes et le réemploi des emballages, cinq projets de Bourgogne-Franche-Comté ont été distingués par la Région. Remis lundi 2 novembre, à l’occasion de la Conférence régionale de l’économie sociale et solidaire, ces prix mettent à l’honneur des structures qui cherchent à répondre autrement aux défis sociaux, économiques et environnementaux des territoires.

L’économie peut aussi être un moteur de solidarité, de coopération et de transition écologique. C’est le message porté par la Région Bourgogne-Franche-Comté à travers l’édition 2026 de ses prix de l’Économie sociale et solidaire (ESS). Lundi 2 novembre, cinq structures régionales ont été récompensées pour leurs initiatives, à l’occasion d’une cérémonie présidée par Jérôme Durain, président du Conseil régional. Au total, 23 000 euros de dotations ont été attribués pour accompagner des projets qui placent l’utilité sociale et environnementale au cœur de leur activité.

Associations, collectifs et acteurs de la coopération économique occupent une place particulière dans le développement des territoires, notamment lorsqu’il s’agit de répondre à des besoins auxquels les modèles économiques traditionnels n’apportent pas toujours de solution. Maintenir un commerce dans une commune rurale, faciliter l’accès à la terre, accompagner des jeunes éloignés de l’emploi ou encore limiter les déchets : autant de préoccupations concrètes auxquelles les lauréats de cette édition tentent d’apporter des réponses de proximité.

Sélectionnés par un jury réuni le 8 octobre sous la présidence d’Éric Oternaud, conseiller régional délégué à l’économie sociale et solidaire, les cinq projets illustrent la diversité de ce secteur. Quatre structures ont reçu un prix de 5 000 euros dans la catégorie « Valorisation des projets de l’ESS », tandis qu’une cinquième a bénéficié d’un soutien de 3 000 euros dans la catégorie « Coup de pouce », destinée à encourager les initiatives prometteuses.

Faciliter l’installation agricole et préserver les commerces de proximité

Parmi les projets distingués figure l’association Semeurs du Possible, implantée à Dijon, en Côte-d’Or. Créée en 2013 à l’initiative d’agriculteurs et de partenaires institutionnels et associatifs, elle s’attaque à l’un des obstacles majeurs du renouvellement des générations agricoles : la difficulté, pour des personnes qui ne sont pas issues de ce milieu, de s’installer et d’accéder au foncier. Son dispositif d’espaces-test agricoles permet à de futurs exploitants d’expérimenter leur activité avant de franchir le pas de l’installation définitive.

L’objectif est de leur offrir la possibilité de se confronter aux réalités du métier sans devoir supporter immédiatement l’ensemble des risques financiers et matériels liés à la création d’une exploitation. Les porteurs de projet peuvent ainsi tester une activité de maraîchage ou de production biologique dans un cadre juridique sécurisé, tout en bénéficiant d’un accompagnement personnalisé. Au-delà de l’apprentissage technique, cette période d’expérimentation doit leur permettre de consolider leur modèle économique et de préparer une installation durable. Une démarche qui prend tout son sens dans un contexte où l’accès à la terre constitue un frein important pour les nouveaux entrants dans le monde agricole.

Dans la Nièvre, c’est un autre enjeu de la ruralité qui a retenu l’attention du jury. À Saint-Léger-des-Vignes, l’association Le Marché du P’tit Léo œuvre depuis 2016 au maintien d’un commerce alimentaire de proximité. Face à la disparition progressive des commerces dans certaines petites communes, elle a fait le choix d’une épicerie associative et participative, pensée à la fois comme un service aux habitants et comme un lieu de vie.

En proposant des produits alimentaires de qualité, notamment issus des filières locales, l’établissement contribue à soutenir les producteurs du territoire tout en évitant aux habitants de dépendre exclusivement des commerces situés dans les communes voisines. Mais son rôle ne se limite pas à la vente de produits. L’épicerie participe également à l’animation du bourg, favorise les rencontres et entretient des relations de proximité entre les habitants. Une manière de rappeler qu’un commerce peut aussi remplir une fonction sociale essentielle, particulièrement dans les territoires confrontés à la désertification commerciale.

© RBFC – V-Arbelet

Réemploi des contenants et découverte des métiers de la transition

Dans le Doubs, le collectif YAKA, implanté à Pontarlier, a été récompensé pour son projet « Comtois Rends moi ! ». Constitué en 2024 sous la forme d’un Pôle territorial de coopération économique (PTCE), il rassemble des citoyens, des entreprises et des collectivités du Haut-Doubs autour d’une ambition commune : développer des solutions concrètes pour accompagner les transitions écologiques.

Avec « Comtois Rends moi ! », le collectif entend proposer une alternative à la vaisselle et aux emballages jetables grâce à un système de mise à disposition, de récupération et de lavage de contenants réemployables. Le principe repose sur une organisation mutualisée, destinée à rendre le réemploi plus accessible aux acteurs qui souhaitent réduire leur production de déchets. Plutôt que de multiplier les contenants à usage unique, le projet cherche à installer une logique de réutilisation dans les pratiques quotidiennes.

Cette démarche présente également une dimension sociale. La logistique et le nettoyage des contenants sont confiés à l’Établissement et service d’accompagnement par le travail (ESAT) La Bergerie, situé à Étalans. Le dispositif associe ainsi réduction des déchets et activité professionnelle inclusive. Une illustration de la manière dont la transition écologique peut s’appuyer sur des coopérations locales et contribuer, dans le même temps, au développement d’emplois ancrés dans le territoire.

La question de l’emploi se retrouve également au cœur du projet porté par l’association La Ouate, installée à Luzy, dans la Nièvre. Créée en 2024, la structure développe localement le modèle des Écoles de la transition écologique, réunies au sein du réseau national ETRE. Son action s’adresse principalement aux jeunes de 16 à 25 ans confrontés au décrochage scolaire ou à l’isolement social.

Plutôt que de privilégier un enseignement essentiellement théorique, l’association mise sur l’expérience pratique et la découverte des métiers par le geste. Des parcours immersifs de deux semaines permettent aux participants d’explorer différents secteurs liés à la transition écologique. Des sessions qualifiantes de huit semaines proposent ensuite d’approfondir certaines activités, notamment dans les domaines de l’écoconstruction, de l’agriculture paysanne ou de la gestion forestière durable.

À travers cette approche, La Ouate cherche avant tout à redonner confiance à des jeunes dont le parcours scolaire ou personnel a parfois fragilisé les perspectives d’avenir. En leur permettant de découvrir des savoir-faire et des environnements professionnels concrets, l’association entend favoriser leur remobilisation et les aider à envisager une orientation vers des métiers porteurs de sens. Un projet situé à la rencontre des enjeux d’insertion, de formation et de transition environnementale.

Des fruits partagés plutôt que gaspillés

Le cinquième prix de cette édition, d’un montant de 3 000 euros, a été attribué à l’association In’Terre ActiV Environnement Énergie Habitat, implantée à Valdoie, dans le Territoire de Belfort. Engagée depuis 2018 dans l’accompagnement de démarches écocitoyennes, elle a été distinguée pour son initiative « Partageons nos fruitiers », développée sur le territoire de Pays de Montbéliard Agglomération.

Le projet part d’un constat simple : chaque année, des fruits produits dans les jardins et les vergers de particuliers ne sont pas récoltés, faute de temps, de moyens ou de débouchés. Pour éviter que ces ressources alimentaires ne soient perdues, l’association organise leur collecte en mettant en relation des propriétaires de fruitiers, des bénévoles et des structures d’aide alimentaire.

Des journées de cueillette collective permettent ainsi de mobiliser les habitants, mais aussi les écoles et différents partenaires locaux. Les fruits récoltés peuvent ensuite rejoindre les circuits de distribution solidaire, afin de bénéficier à des personnes qui en ont besoin. Au-delà de la lutte contre le gaspillage alimentaire, cette initiative contribue à valoriser le patrimoine arboricole et à encourager de nouvelles habitudes de partage.

En lui attribuant le prix « Coup de pouce », la Région souhaite accompagner la poursuite et le développement de cette démarche. L’enjeu est notamment d’inscrire ces pratiques dans la durée, afin que le partage des récoltes devienne progressivement un réflexe collectif plutôt qu’une intervention ponctuelle.

Une autre manière de développer l’économie des territoires

À travers ces cinq distinctions, la Région Bourgogne-Franche-Comté entend donner davantage de visibilité à des projets qui conjuguent activité économique, réponse aux besoins locaux et engagement collectif. Malgré la diversité de leurs domaines d’intervention, les structures récompensées partagent une même volonté : construire des solutions adaptées à leur territoire en faisant de la coopération un levier de développement.

Pour Jérôme Durain, ces initiatives démontrent que performance économique et intérêt général ne sont pas incompatibles. « À travers ces prix, notre Région réaffirme son soutien indéfectible à celles et ceux qui font de l’économie un levier de progrès social et environnemental au bénéfice de chacun », souligne le président de la Région, estimant que les acteurs de l’ESS prouvent quotidiennement qu’il est possible de conjuguer réussite économique, solidarité et transition écologique.

Au-delà des dotations financières, ces récompenses constituent aussi une reconnaissance pour des structures souvent implantées au plus près des habitants et de leurs préoccupations. Qu’il s’agisse de soutenir une installation agricole, de maintenir un service dans un village, d’ouvrir des perspectives professionnelles à des jeunes ou d’encourager une consommation plus responsable, les projets distingués montrent que l’économie sociale et solidaire peut apporter des réponses concrètes à des enjeux très différents.

En mettant en lumière ces cinq initiatives, la collectivité défend ainsi une conception du développement économique qui ne se mesure pas uniquement à la création de richesse, mais aussi à la capacité de préserver les ressources, de renforcer les solidarités et de maintenir des activités utiles au quotidien dans les territoires ruraux comme urbains.