Avec une rémunération annuelle brute médiane de 54 000 euros, les cadres de Bourgogne-Franche-Comté se situent dans la moyenne nationale. Mais derrière ce chiffre se cachent d’importantes disparités selon les métiers et les secteurs d’activité. Dans une région fortement industrielle, les compétences techniques restent particulièrement valorisées, tandis que les entreprises doivent composer avec une concurrence accrue pour attirer et fidéliser les profils recherchés. C’est ce que révèle le baromètre 2026 de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), publié ce jeudi 5 novembre.
Les salaires des cadres marquent le pas en France. Pour la première fois depuis 2010, la rémunération annuelle brute médiane, part fixe et variable comprises, enregistre une baisse. En juin 2026, elle s’établit à 54 000 euros, soit un recul de 1,8 % par rapport à juin 2025. La rémunération fixe annuelle médiane demeure, de son côté, stable à 52 000 euros.
Dans ce contexte, la Bourgogne-Franche-Comté se situe exactement au niveau de la médiane nationale, avec une rémunération annuelle brute médiane de 54 000 euros. Autrement dit, la moitié des cadres de la région gagnent moins que ce montant, tandis que l’autre moitié perçoit davantage.
Cette donnée générale cache toutefois des situations très différentes. Selon l’Apec, 80 % des cadres de Bourgogne-Franche-Comté perçoivent une rémunération annuelle brute comprise entre 38 000 et 88 000 euros, soit un écart de 50 000 euros entre les deux bornes de cette fourchette.
Quant aux augmentations salariales, elles n’ont pas concerné tous les cadres. En 2026, 44 % des cadres de la région déclarent avoir bénéficié d’une hausse de leur rémunération, une proportion légèrement inférieure à celle observée à l’échelle nationale (46 %).
La production industrielle, une fonction particulièrement rémunératrice
Le poids de l’industrie dans l’économie régionale se retrouve nettement dans les niveaux de rémunération. Les fonctions liées à la production industrielle et à la maintenance figurent parmi les mieux rémunérées en Bourgogne-Franche-Comté, avec une médiane annuelle brute de 65 000 euros. C’est 8 000 euros de plus que la médiane nationale pour ces mêmes fonctions, établie à 57 000 euros.
Cette différence illustre la place occupée par les compétences techniques dans une région où l’industrie, notamment automobile, joue un rôle important.
Les cadres de la production industrielle sont également relativement nombreux à avoir bénéficié d’une augmentation salariale : ils sont 52 % dans ce cas en Bourgogne-Franche-Comté, contre 46 % au niveau national.
D’autres fonctions affichent des rémunérations élevées. C’est notamment le cas des cadres du marketing, de la stratégie clients et produits, dont la rémunération médiane atteint 62 000 euros, contre 60 000 euros en France. Les fonctions achats se situent à 61 000 euros, tandis que celles de la logistique et des transports atteignent 58 000 euros, soit 2 000 euros de plus que la médiane nationale.
À l’inverse, certaines fonctions présentent des écarts défavorables à la région. Les cadres de la direction générale et les adjoints de direction perçoivent ainsi une rémunération médiane de 62 000 euros, contre 77 000 euros à l’échelle nationale. Une différence particulièrement marquée de 15 000 euros.
Les fonctions administratives, d’organisation et juridiques présentent également des niveaux de rémunération plus modestes, avec une médiane de 45 000 euros, contre 50 000 euros au niveau national. Même constat pour les ressources humaines et la formation, à 48 000 euros contre 51 000 euros.
L’automobile se distingue avec 66 000 euros de rémunération médiane
Les écarts sont également importants d’un secteur économique à l’autre. En Bourgogne-Franche-Comté, la rémunération médiane des cadres de l’industrie s’élève à 60 000 euros, contre 61 000 euros au niveau national. Elle dépasse ainsi celle observée dans la construction (55 000 euros), le commerce (55 000 euros) ou les services (50 000 euros).
Au sein de l’industrie, le secteur de l’automobile, de l’aéronautique et des autres matériels de transport se distingue particulièrement, avec une rémunération annuelle brute médiane de 66 000 euros, contre 61 000 euros pour l’ensemble des régions.
Les équipements électriques et électroniques affichent également une rémunération relativement élevée, à 62 000 euros. Dans la mécanique et la métallurgie, autre activité importante du tissu industriel régional, la rémunération médiane atteint 60 000 euros, soit 2 000 euros de plus que la médiane nationale du secteur.
Les cadres de la chimie, du caoutchouc et de la plasturgie perçoivent eux aussi une médiane de 60 000 euros, mais celle-ci reste inférieure de 5 000 euros au niveau national.
Dans les services, la situation est plus contrastée. La rémunération médiane des cadres s’établit à 50 000 euros dans la région, contre 52 000 euros en France. Les activités informatiques affichent notamment une médiane régionale de 49 000 euros, inférieure de 5 000 euros à celle de l’ensemble des régions.
Le secteur de la banque et des assurances présente également un écart notable, avec une rémunération médiane de 52 000 euros en Bourgogne-Franche-Comté, contre 58 000 euros au niveau national.
Des augmentations plus fréquentes dans certaines branches industrielles
La proportion de cadres ayant bénéficié d’une augmentation varie elle aussi sensiblement selon les secteurs d’activité.
Dans l’industrie régionale, 57 % des cadres déclarent avoir été augmentés en 2026, une proportion proche de celle constatée à l’échelle nationale (58 %). Certains secteurs se démarquent néanmoins.
C’est notamment le cas des énergies et de l’eau, où 67 % des cadres déclarent avoir bénéficié d’une augmentation, contre 60 % au niveau national. Dans la chimie, le caoutchouc et la plasturgie, cette proportion atteint 65 %, contre 55 % dans l’ensemble des régions.
Le secteur de l’automobile, de l’aéronautique et des autres matériels de transport affiche également un taux relativement élevé, avec 59 % de cadres augmentés, identique à celui observé au niveau national.
La situation apparaît moins favorable dans d’autres activités. Dans le commerce, seuls 35 % des cadres de Bourgogne-Franche-Comté déclarent avoir bénéficié d’une augmentation, contre 43 % au niveau national. Dans les services, cette proportion s’établit à 40 %, contre 44 % pour l’ensemble des régions.
Le constat est également contrasté selon les fonctions exercées. Si 55 % des cadres de la finance, de la comptabilité et de la gestion ont été augmentés en Bourgogne-Franche-Comté, cette proportion tombe à 33 % pour les cadres des fonctions commerciales, contre 41 % à l’échelle nationale.
Pour les PME rurales, la concurrence des grands bassins d’emploi
Au-delà de ces différences salariales, l’étude de l’Apec met en lumière un autre enjeu pour les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté : leur capacité à recruter et à fidéliser les cadres possédant des compétences techniques pointues.
Dans une région où les activités industrielles cohabitent avec un important tissu rural, les PME implantées en dehors des principaux bassins d’emploi doivent faire face à une forte concurrence.
Les grands pôles urbains régionaux, notamment Dijon et Belfort, exercent une attractivité importante auprès des profils les plus recherchés. À cette concurrence interne s’ajoute celle d’entreprises situées dans les régions voisines, notamment en Île-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes, qui peuvent proposer des rémunérations avantageuses.
Pour les entreprises régionales, et particulièrement les PME des territoires ruraux, les niveaux de salaire constituent donc un enjeu dans la recherche et la fidélisation des compétences.
« Avec une rémunération annuelle brute médiane de 54k€, la Bourgogne-Franche-Comté se situe au niveau national. Cette médiane recouvre toutefois des réalités différentes selon les secteurs et les territoires. Dans une région fortement industrielle, attirer et fidéliser les compétences techniques reste un enjeu majeur, particulièrement pour les PME situées en dehors des grands pôles d’emploi », souligne Hervé Reynier, délégué régional de l’Apec Bourgogne-Franche-Comté.
Des rémunérations qui reflètent les particularités économiques régionales
Les résultats du baromètre 2026 témoignent ainsi d’une situation contrastée. Si la Bourgogne-Franche-Comté affiche une rémunération médiane équivalente à celle de l’ensemble du pays, elle se distingue par des niveaux de salaire parfois supérieurs à la moyenne nationale dans les métiers de la production industrielle et certaines branches manufacturières.
À l’inverse, plusieurs fonctions administratives et activités de services restent en retrait. Les différences concernent aussi bien les montants perçus que la fréquence des augmentations salariales.
Cette édition du baromètre de l’Apec comprend par ailleurs un chapitre consacré aux écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, ainsi qu’un nouveau focus sur le pouvoir d’achat des cadres.
Dans un contexte national marqué par un premier recul de la rémunération médiane depuis 2010, la question salariale demeure donc centrale pour les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté, notamment celles qui cherchent à attirer les compétences indispensables à leur activité industrielle.