À l’occasion d’une conférence de presse tenue ce lundi matin à l’Hôtel de Ville, la maire de Dijon, Nathalie Koenders, et François Rebsamen, ancien maire de la ville, ont tous deux présenté les conclusions du rapport définitif de la Chambre régionale des comptes (CRC) de Bourgogne-Franche-Comté, consacré à la gestion municipale entre 2018 et 2024. Une évaluation approfondie qui, après plus d’un an d’audit, salue une gestion « très satisfaisante« , dans un contexte pourtant marqué par des crises multiples.
Un contrôle rare, exigeant, et structurant
C’est dans un esprit de transparence et de respect du dialogue républicain que la Ville de Dijon a accueilli cette mission de contrôle lancée au début de l’année 2024 par la CRC. Le processus a impliqué :
- L’analyse de milliers de pièces (budgets, délibérations, contrats, conventions, organigrammes, analyses financières) ;
- Une série d’auditions techniques des services municipaux et des élus ;
- La réception d’un rapport provisoire début 2025, suivi d’une réponse argumentée de la Ville ;
- Puis la remise du rapport définitif le 16 juin 2025.
En ouverture de la conférence, Nathalie Koenders a tenu à rappeler le caractère exceptionnel de cet exercice démocratique : « Ce rapport est le fruit d’un contrôle rigoureux, exigeant, et inscrit dans le temps long. Il s’est déroulé sur plus d’un an, selon une procédure normée, exigeante et respectueuse du contradictoire, comme le prévoit la loi. Ce type de contrôle est rare – il n’intervient que tous les 6 à 10 ans dans la vie d’une collectivité – mais il est fondamental. Il permet à un collège de magistrats financiers indépendants d’examiner à la fois la régularité, la sincérité, la soutenabilité et la cohérence d’une gestion publique. »
Accompagnée de François Rebsamen, maire de Dijon jusqu’à 2023, Nathalie Koenders a souligné l’importance de sa présence : « François Rebsamen est présent avec nous car ce rapport, pour l’essentiel, couvre une période allant de 2018 à 2024, soit pour l’essentiel le mandat exercé par François Rebsamen. Il est donc légitime et naturel que ce soit lui qui introduise le temps d’échange, pour restituer les fondements des choix qui ont été faits au cours de ces années.
Il nous quittera rapidement, aussi je serai brève dans mon propos introductif pour lui passer très vite la parole. »
Une gestion municipale “très satisfaisante”, malgré les turbulences
Les conclusions de la CRC sont claires : la gestion financière de la Ville est qualifiée de “très satisfaisante”. Ce jugement est d’autant plus notable qu’il s’inscrit dans un contexte extrêmement contraint : crise sanitaire, inflation, explosion des coûts de l’énergie et des services externalisés, et baisses continues des dotations de l’État.
« Le constat posé par la Chambre est sans ambiguïté : la situation financière de la Ville de Dijon est jugée “très satisfaisante”. Ce résultat est d’autant plus remarquable qu’il a été obtenu dans un contexte difficile : crise sanitaire, inflation, explosion des coûts de l’énergie, des matières premières, des services externalisés. Malgré cela, nous avons maintenu la qualité du service public rendu. À Dijon, la rigueur n’a jamais signifié l’austérité. Et la bonne gestion n’a jamais été un alibi pour l’inaction. »
La CRC souligne :
- Une épargne brute deux fois supérieure à la moyenne des grandes villes,
- Une capacité d’autofinancement nette en forte hausse,
- Une trésorerie solide,
- Une dette par habitant historiquement basse : 679 euros fin 2024, contre 939 euros dans les villes de même strate.
Et ce, sans hausse d’impôts locaux, malgré des pertes structurelles de recettes.
« Ce rapport ne se limite pas à une analyse comptable. Il valide une stratégie, une cohérence dans les choix publics, une capacité à investir utilement, à préserver les équilibres budgétaires et à anticiper les mutations du territoire », déclare la maire de Dijon, Nathalie Koenders.
Une ville qui investit, transforme, et anticipe
Avec 249 millions d’euros investis entre 2018 et 2023, la Ville a mené une politique ambitieuse de modernisation de ses équipements et de son espace public. La CRC salue des investissements « ciblés, structurants et prudents » dans les domaines suivants :
- Éducation : rénovation d’écoles et de groupes scolaires,
- Sport : nouveaux gymnases,
- Culture : projets patrimoniaux et équipements culturels,
- Espaces publics : végétalisation, mobilités douces, friches réhabilitées.
« Nous avons poursuivi la transformation de la ville : rénovation des équipements scolaires, sportifs et culturels ; réhabilitation du patrimoine ; reconversion de friches urbaines ; développement de nouveaux services dans les quartiers. La Chambre reconnaît cette trajectoire, tout en soulignant certains axes d’amélioration. Nous les avons entendus. Certains chantiers sont déjà en cours — sur les régies, le suivi des subventions ou encore le contrôle interne. D’autres seront engagés dans les mois à venir. Cela s’inscrit pleinement dans notre démarche d’amélioration continue », ajoute Nathalie Koenders.
Cité de la Gastronomie : un projet ambitieux et résilient
Le rapport consacre une analyse particulière à la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin (CIGV), opération emblématique menée sur l’ancien site de l’Hôpital Général. Malgré des difficultés liées à la crise sanitaire, à des contentieux ou à la conjoncture immobilière, la CRC reconnaît :
- La réussite architecturale et urbaine,
- La valorisation patrimoniale du site,
- L’impact du projet sur le rayonnement national et international de Dijon.
« La Ville rappelle que les difficultés soulevées par la CRC doivent être replacées dans le contexte des crises traversées. Malgré cela, elle a tenu ses engagements : des ajustements financiers ont été assumés, la gouvernance a été renforcée, et la dynamique culturelle pleinement soutenue », rappellera la maire de Dijon, Nathalie Koenders.
Patrimoine et durabilité : une politique culturelle assumée
La CRC met également en lumière un effort exceptionnel sur le patrimoine monumental, à travers :
- La rénovation du musée des Beaux-Arts,
- La requalification de l’hôtel Bouchu d’Esterno,
- Les travaux sur les églises Saint-Philibert et Notre-Dame.
L’institution salue le diagnostic technique et la qualité du pilotage de ces opérations.
Ressources humaines : rigueur et engagement social
Le rapport consacre une partie à la gestion des ressources humaines :
- Maîtrise des effectifs,
- Masse salariale contrôlée (malgré des hausses liées à des mesures nationales),
- Recours limité aux contractuels.
La Ville regrette que le rapport ne traite pas plus largement de ses engagements RH innovants (formation, égalité, qualité de vie au travail) : « La Ville rappelle avoir été labellisée Égalité et Diversité par l’AFNOR, et fait de l’inclusion et du bien-être au travail des axes forts de sa politique de ressources humaines. »
Une rigueur budgétaire assumée face à l’incertitude
La CRC relève une prudence excessive dans l’évaluation des recettes. Une critique que la municipalité assume pleinement, en raison :
- Des notifications fiscales tardives,
- De la volatilité des droits de mutation,
- Des réformes fiscales nationales (suppression de la TH, DGF, fiscalité énergie).
« La prudence budgétaire n’est ni une faiblesse ni une frilosité, mais une garantie de fiabilité et de non-surpromesse. »
Aucune irrégularité majeure : une gestion transparente
La Chambre ne relève aucune irrégularité grave. Elle formule des recommandations techniques (suivi des régies, enrichissement des ROB, régularisation de certaines délibérations), que la Ville s’engage à appliquer dans le cadre de son plan stratégique 2023–2026.
Une feuille de route confirmée
« Ce rapport confirme la robustesse d’un modèle municipal : prudent mais pas frileux, ambitieux mais responsable. La Ville remercie la Chambre régionale des comptes pour la qualité du dialogue conduit, et réaffirme sa volonté de porter un projet de ville lisible, sobre, équitable et transformateur. »
Les conclusions de la CRC seront prochainement présentées :
- Le 9 juillet 2025 en commission des finances ;
- Le 12 juillet 2025 en conseil municipal extraordinaire.
La Chambre régionale des comptes a tout de même fait huit recommandations :
Recommandation n° 1. Établir un plan pluriannuel présentant les projets d’investissements retenus ainsi que leurs modalités de financement, et le présenter à l’organe délibérant.
Recommandation n° 2. Procéder à la constitution de provisions pour l’ensemble des risques et charges, conformément aux articles L. 2321-2 29° et R. 2321-2 du Code général des collectivités territoriales et aux dispositions de l’instruction budgétaire et comptable M57.
Recommandation n° 3. Élaborer sans délai un plan de contrôle des régies municipales, conformément à l’article R. 1617-7 du Code général des collectivités territoriales.
Recommandation n° 4. Soumettre à l’approbation du conseil municipal la décision de confier à l’Office de tourisme de Dijon Métropole l’encaissement des recettes relevant de la commune au sein de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, ainsi que la convention de reversement de ces mêmes recettes.
Recommandation n° 5. Respecter les règles de déclaration de vacance d’emploi, de publicité et de justification du recrutement des contractuels prévues par la législation en vigueur, afin de sécuriser les recrutements.
Recommandation n° 6. Mettre fin au versement, en l’état, de la prime de fin d’année, afin de se mettre en conformité avec l’article L. 714-11 du Code général de la fonction publique.
Recommandation n° 7. Respecter les dispositions réglementaires relatives à la réalisation et à l’indemnisation des heures supplémentaires, en se dotant notamment d’un outil de suivi automatisé du temps de travail.
Recommandation n° 8. Recouvrer la subvention de 200 000 € accordée à la SAS 1 001 Nuits, en raison de la péremption de l’autorisation d’aménagement cinématographique.
La gestion municipale de Dijon entre 2018 et 2024 reçoit une validation institutionnelle forte. Ce rapport de la CRC constitue à la fois une reconnaissance du travail accompli et un levier pour poursuivre la transformation de la ville dans un cadre budgétaire maîtrisé, socialement juste et territorialement ambitieux. Reste à savoir maintenant comment l’opposition accueillera ce rapport. Verdict ce samedi 12 juillet 2025, lors du conseil municipal.
Rapport définitif de la Chambre régionale des comptes (CRC) de Bourgogne-Franche-Comté : ICI