Lors du dernier conseil municipal de décembre, le candidat aux prochaines élections municipales, Emmanuel Bichot, a relancé le débat sur la sécurité locale. À l’occasion du point n°7 consacré au budget, l’élu a défendu une série de propositions pour renforcer les moyens de la ville, dont l’une a fait réagir l’assemblée : la création d’une « brigade anti-stups » au sein de la police municipale.
« Nous souhaitons renforcer le dispositif de vidéosurveillance en nombre de caméras, en performance technique (meilleure résolution, recours aux caméras mobiles, utilisation de l’intelligence artificielle) et en efficacité d’exploitation des images, tant pour la prévention ou le flagrant délit que pour les enquêtes. Nous souhaitons toujours, comme en 2020, porter à 200 agents l’effectif de la police municipale […] et créer une brigade anti-stups », a déclaré Emmanuel Bichot devant le conseil.
La formule, lâchée sans détour, a immédiatement suscité des réactions dans la salle de Flore. Face aux interrogations, le candidat a défendu sa proposition en citant l’exemple d’autres villes : « Allez voir à Nice, comment ça fonctionne ! »
Une mesure choc, mais jusqu’où, juridiquement ?
Pour Emmanuel Bichot, la sécurité doit figurer parmi les priorités majeures du prochain mandat. Il estime que les moyens consacrés à la sûreté quotidienne sont insuffisants et s’appuie sur une étude selon laquelle Dijon se situerait « au 86ᵉ rang des communes de plus de 50 000 habitants » en matière de dépenses de sécurité, avec seulement « 2,9 % du budget municipal et 31 € par habitant » en 2024.
Mais cette proposition pose plusieurs questions. D’abord, sur le plan politique : la police municipale pourrait devenir un instrument de campagne, voire un argument électoral à part entière. Ensuite, sur le plan juridique : la création d’une brigade spécifiquement dédiée aux stupéfiants resterait très encadrée par la loi. Le préfet conserve l’autorité administrative sur les polices municipales, et celles-ci ne disposent pas du pouvoir d’enquête, réservé à la police nationale et à la gendarmerie.
Dès lors, comment espérer lutter efficacement contre les réseaux de narcotrafiquants présents à Dijon sans enquêtes approfondies ? Pour démanteler ces organisations, il faut viser les têtes de réseaux. Or, comment remonter jusqu’à elles sans disposer des prérogatives nécessaires pour mener ces investigations ?
Un débat ouvert : pallier l’État ou respecter les compétences ?
Derrière cette proposition, un débat plus large apparaît : est-ce aux municipalités de compenser les manques de moyens de l’État ? La police nationale souffre de sous-effectifs, reconnaissent de nombreux observateurs, mais la création d’une brigade locale spécialisée suffirait-elle à endiguer les trafics ? Rien n’est moins sûr.
Même un renforcement massif des équipements ne garantirait pas une réduction des réseaux de stupéfiants. La question reste donc posée : la brigade anti-stups serait-elle un outil efficace, ou seulement un signal politique ?
Une proposition qui animera la campagne
Qu’elle soit jugée ambitieuse, irréaliste, nécessaire ou démagogique, la mesure marque un tournant dans le discours sécuritaire local. Elle place dès à présent la police municipale au cœur du débat des prochaines élections. Reste à savoir si les électeurs verront dans cette proposition une solution audacieuse… ou une promesse aux contours encore flous.
Afin d’y voir plus clair, nous avons sollicité Emmanuel Bichot pour obtenir des précisions sur son projet. Le candidat n’a pas souhaité répondre à notre demande d’entretien, indiquant qu’il présentera plus en détail sa proposition dans les jours à venir. Dans l’attente de ces explications, plusieurs interrogations demeurent. Nous souhaitions notamment l’interroger sur les points suivants :
- Quelle serait, concrètement, la mission assignée à cette « brigade anti-stups » au sein de la police municipale ?
- Combien d’agents la composeraient et quels critères guideraient leur recrutement, leur formation et leur spécialisation ?
- Comment ces agents travailleraient-ils en coordination avec la police nationale, le parquet et la préfecture, compte tenu des limites juridiques en vigueur ?
- Des échanges ont-ils déjà eu lieu avec l’État ou les services préfectoraux pour évaluer la faisabilité du projet ?
- Sans pouvoir d’enquête, comment la police municipale pourrait-elle agir efficacement sur les réseaux de stupéfiants ?
En définitive, la proposition d’Emmanuel Bichot ouvre un chantier politique majeur dont les contours restent à préciser. Entre volonté d’affirmer une réponse locale face aux trafics et contraintes juridiques rappelant le cadre national des compétences policières, l’idée d’une « brigade anti-stups » interroge autant qu’elle bouscule. À l’approche des élections, ce débat pourrait devenir un marqueur fort de la campagne et un test grandeur nature pour mesurer les attentes des habitants en matière de sécurité. Reste désormais à savoir si les annonces seront suivies d’engagements concrets, et surtout si elles pourront trouver une traduction réaliste dans l’action municipale.
