Que se passe-t-il à la SPA, située au 5 rue Django Reinhardt, 21000 Dijon ? C’est ce que nous avons cherché à savoir. Et nous devons le reconnaître : rien n’a été facile, tant le contexte interne est difficile. Une chose s’avère certaine : le directeur de la SPA a démissionné, et plusieurs salariés ont été — et sont encore pour certains et certaines — en arrêt maladie. Une plainte a même été déposée par une ancienne salariée contre deux salariés pour menace de mort, en novembre 2025.
Tout remonte au mois de novembre 2025. Le directeur démissionne à la suite d’accusations relativement graves, puisque certains salariés l’accusent d’avoir tenu des propos déplacés à leur égard. Nous avons pris le soin de contacter par téléphone la présidente de la SPA le 24 décembre 2025 (à 10 h 44) afin de comprendre ce qui se passe au sein du refuge.
Lors de cet échange téléphonique, la présidente reconnaît plusieurs choses. La première, c’est qu’elle n’avait pas la même façon de voir les choses concernant le fonctionnement du refuge : « On n’avait peut-être pas la même façon de voir les choses au niveau du refuge, ça c’est certain ! »
Concernant les arrêts maladie, cinq salariés étaient — et sont peut-être encore — en arrêt sur les dix que compte le refuge. Nous lui demandons : « Sur les dix salariés, cinq sont en arrêt maladie ? »
La directrice nous répond : « Oui, oui, oui, il y a une grosse épidémie. » Nous lui rétorquons : « Apparemment, il ne s’agirait pas seulement d’une épidémie ! Ce seraient celles qui soutiendraient l’ancien directeur, et qui n’étaient pas d’accord avec son départ. »
Constatant que la présidente ne jouait pas carte sur table avec nous, nous lui avons expliqué que nous disposions d’éléments nous permettant d’affirmer que nous savions précisément ce qui s’était passé, et que nous savions également que des salariés l’avaient officiellement sollicitée au sujet des faits reprochés à l’ancien directeur. Nous lui avons alors indiqué que nous souhaitions comprendre la situation. La présidente a finalement reconnu que des salariés l’avaient bien alertée au sujet d’un éventuel comportement déplacé de l’ancien directeur.
Ce n’est qu’au bout de plusieurs minutes de conversation que la présidente prend l’initiative de reconnaître qu’elle a bien été destinataire de courriers émanant de salariés : « Moi, j’ai reçu des courriers, des salariés m’ont parlé. J’ai parlé à mon conseil d’administration, à des gens qui me sont proches, parce que dans mon conseil d’administration, j’ai des gens qui sont proches de moi. »
Elle ajoute : « Après l’article du Bien Public dont on parlait tout à l’heure, j’ai voulu le virer. Je suis montée au conseil d’administration avec Sandrine Anne pour le virer. » Puis elle poursuit : « Sauf qu’il avait bien calculé son coup avant, et moi pas trop, parce que je ne suis pas super calculatrice, et on s’est retrouvés à six contre six, donc j’ai été eue. Je peux vous dire que ça a été l’enfer après. »
Elle nous confie également : « Vous voyez, j’aurais pu démissionner, parce que franchement, ça me pourrit la vie, tout ça. J’aurais pu démissionner et dire : “Allez, j’arrête, basta, je laisse tomber.” » Avant d’ajouter : « Mais si je démissionnais, je leur laisserais la place, et je laisserais les animaux à ces gens-là. »
À travers ces propos, on comprend que la situation est tendue au sein de la SPA, et ce depuis déjà un certain temps.
Au cours de ce même échange téléphonique, nous lui rappelons qu’en tant que présidente de la SPA, elle a des obligations à l’égard des salariés et que, si les faits reprochés à l’ancien directeur étaient avérés, le fait d’avoir agi serait tout à son honneur, au regard de l’article L. 4121-1 du Code du travail, qui stipule que : « l’employeur est tenu de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. »
Sur ce point, elle nous répond : « Dans mon conseil d’administration, j’ai quelqu’un qui a presque 260 salariés, qui m’a dit : “Il est hors de question que je reste dans ce conseil d’administration s’il se passe ça, parce que je suis chef d’entreprise.” »
Nous lui indiquons ensuite que nous allons lui adresser nos questions par courriel afin qu’elle puisse y répondre précisément, en commençant par la suivante : « Est-ce que vous pouvez nous confirmer que deux salariés vous ont saisie parce que M. [X] aurait eu un comportement déplacé à leur égard ? » Elle nous interrompt alors : « On ne va pas mettre deux salariés, on va mettre plusieurs salariés.»
Nous ajoutons également : « Vous voyez, entre nous, madame, quand je vous ai parlé des arrêts maladie, vous m’avez parlé d’une épidémie. » Elle nous coupe et répond : « C’était de l’humour. »
Nous répliquons alors : « Je me suis dit : là, on prend un mauvais départ. J’ai l’impression qu’on se moque de moi, parce que j’ai tous les dossiers. Je peux vous dire tel salarié est en arrêt jusqu’à telle date, il s’est mis en arrêt à tel moment, il a renouvelé ensuite. J’ai l’ensemble du dossier. Je suis franc avec vous, je ne vous mens pas. »
Nous reconnaissons ne pas partager le même sens de l’humour que la présidente. Qualifier cette situation de « remarque humoristique » nous a semblé, au regard du contexte, pour le moins inapproprié.
Comme convenu lors de notre échange téléphonique, nous lui avons envoyé nos questions par mail le 24 décembre 2025 à 11 h 55. Voici les questions que nous lui avons adressées :
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Pouvez-vous nous préciser, de manière factuelle, les reproches formulés par certains salariés (faits précis) ?
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La démission de Monsieur XXXXXX est-elle, selon vous, liée à ces éléments ?
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À la suite des signalements émanant de salariés concernant Monsieur XXXXXX, quelles mesures concrètes avez-vous mises en œuvre en tant que présidente ?
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Par ailleurs, il apparaît qu’à ce jour, sur les 11 salariés employés au sein du refuge, 5 sont en arrêt maladie. Comment expliquez-vous cette situation ?
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Il nous a également été rapporté qu’une salariée, à qui vous auriez proposé de témoigner, aurait refusé. Elle aurait par la suite fait état de pressions exercées par d’autres salariés et aurait déposé plainte pour menaces de mort à l’encontre de deux d’entre eux, faits qui se seraient produits le 24 novembre 2025. Quelle est votre position sur ce point et quelles suites avez-vous données à cette situation ?
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Enfin, estimez-vous que le contexte social actuel du refuge est susceptible d’avoir un impact sur le bien-être ou la prise en charge des animaux accueillis au sein de la structure ?
En date du 8 janvier 2025, nous avons reçu un mail de la présidente. Voici sa réponse :
« Monsieur,
Je vous prie de bien vouloir trouver ci-après le retour du Conseil d’administration :
« Nous accusons réception de votre message et des questions que vous nous adressez, préalablement à votre publication.
La SPA est avant tout une association de protection animale, dont la mission première demeure l’accueil, le soin et l’adoption des animaux qui lui sont confiés.
C’est dans cet esprit de responsabilité que nous vous apportons les éléments de réponses suivants.
Le départ de Monsieur XXXXXX est un départ volontaire, qui procède d’une décision qui lui est personnelle. Nous n’avons aucun commentaire à faire. Si vous souhaitez davantage d’explications, il vous appartient de vous adresser directement à lui.
Le sujet des arrêts maladie relève de la sphère médicale et du secret qui s’y attache. La SPA est — et a toujours été — très attentive à la santé de ses salariés et de ses bénévoles.
Enfin, la prise en charge des animaux n’a jamais été compromise. Le refuge fonctionne, les équipes, salariés comme bénévoles, sont très engagées, et les indicateurs sont positifs, notamment en matière d’adoptions, lesquelles sont en progression. Le bien-être animal demeure et demeurera la priorité absolue de la SPA des Cailloux.
La SPA a vocation à protéger, soigner et faire adopter des animaux, dans un cadre associatif exigeant, humain et responsable. C’est dans cette continuité que nous travaillons chaque jour.
Nous ne pouvons que regretter qu’une enquête telle que la vôtre puisse concerner la SPA sur la base d’informations en partie erronées et nous nous inquiétons par avance de l’effet délétère qu’elle pourrait avoir pour l’association, alors même que nous mettons tout en œuvre dans l’intérêt des animaux dont nous avons la charge.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées. »
Cordialement.
Isabelle PIERREY »
Nous devons le dire clairement : la réponse écrite du conseil d’administration nous laisse plus que dubitatifs, et ce pour plusieurs raisons.
La première, et sans doute la plus importante, est le décalage manifeste entre le contenu de ce courrier et les propos tenus par la présidente lors de notre échange téléphonique du 24 décembre 2025. Lors de cette conversation, la présidente a reconnu avoir reçu des courriers de salariés, avoir été alertée par plusieurs d’entre eux sur le comportement de l’ancien directeur, et avoir porté le sujet devant son conseil d’administration. Elle a également reconnu un climat interne difficile, des tensions fortes, ainsi que l’existence d’arrêts maladie touchant une part importante des effectifs.
Or, dans la réponse écrite, ces éléments disparaissent presque totalement. Le départ du directeur y est présenté comme strictement personnel, sans aucun lien avec des signalements internes. Les arrêts maladie sont renvoyés à la sphère strictement médicale, sans qu’aucun élément de contexte social ne soit évoqué. Quant au climat interne, il est décrit comme stable, avec des équipes engagées et des indicateurs positifs.
Autrement dit, deux discours coexistent :
- un discours oral, tenu le 24 décembre, dans lequel la présidente reconnaît des alertes, des courriers, des tensions et des difficultés internes ;
- et un discours écrit, institutionnel, qui minimise, voire efface, ces mêmes éléments.
Dans ces conditions, affirmer que notre enquête reposerait sur des « informations en partie erronées » apparaît pour le moins contestable, puisque les informations évoquées dans notre article ont précisément été confirmées par la présidente elle-même lors de notre échange téléphonique : saisines de plusieurs salariés, reconnaissance d’un malaise interne, arrêts maladie nombreux, et tentative de mise à l’écart du directeur au sein du conseil d’administration.
Par ailleurs, nous tenons à préciser que nous avons fait le choix de retirer le nom et le prénom de l’ancien directeur de cette publication, dans un souci de responsabilité et de respect de la présomption d’innocence. À ce stade, des accusations existent, des témoignages ont été évoqués, mais le doute demeure quant aux faits reprochés, et aucune décision de justice n’est, à notre connaissance, intervenue. Il nous a donc semblé essentiel de ne pas exposer publiquement une personne tant que les faits ne sont pas clairement établis.
Ce choix éditorial démontre que notre objectif n’est pas de désigner un coupable, mais bien de mettre en lumière un dysfonctionnement global, un malaise interne et une gestion de crise qui interroge.
Sur un sujet aussi sensible, touchant à la fois aux conditions de travail des salariés et, potentiellement, au fonctionnement d’un refuge animalier, il n’est pas possible, selon nous, de tenir un double discours. La transparence ne peut être à géométrie variable : elle doit être la même devant un journaliste qu’au travers d’un communiqué officiel.
Qu’on ne s’y trompe pas : notre démarche n’a jamais été de nuire à la SPA ni de remettre en cause la mission essentielle de protection animale qu’elle remplit. Mais protéger les animaux ne peut se faire durablement sans s’interroger sur le climat social, la gouvernance et la gestion des situations de crise internes. Les deux sont indissociables.
Aujourd’hui, le message renvoyé par la réponse du conseil d’administration donne le sentiment d’un refus d’aborder le fond des difficultés, au profit d’un discours rassurant, presque exclusivement centré sur l’image de l’institution. En d’autres termes, le message qui transparaît est : « le refuge fonctionne, circulez, il n’y a rien à voir ».
Nous le disons avec regret, mais aussi avec responsabilité : tout ne va pas bien à la SPA de Dijon, et les propos tenus par la présidente elle-même le confirment. Faire comme si ces difficultés n’existaient pas ne les fera pas disparaître. Au contraire, cela risque d’aggraver un malaise déjà bien réel, au détriment des salariés, des bénévoles, et, à terme, des animaux accueillis.
