Alors que la santé mentale est reconduite Grande Cause nationale en 2026, la troisième édition du Baromètre de la Santé Mentale des salariés de teale révèle un paradoxe préoccupant : les salariés vont un peu mieux psychologiquement, mais se détachent de plus en plus de leur entreprise. En toile de fond, une désaffiliation silencieuse qui menace la performance autant que la cohésion des organisations.
Près de quatre salariés sur dix ont déjà envisagé de quitter leur entreprise pour préserver leur santé mentale. Le chiffre — 35 % exactement — résume à lui seul la tension qui traverse aujourd’hui le monde du travail. C’est l’un des enseignements majeurs de la troisième édition du Baromètre de la Santé Mentale des salariés, publiée par teale, plateforme de prévention en santé mentale, à partir d’une enquête menée auprès de 10 000 collaborateurs issus de plus de 100 entreprises françaises, tous secteurs confondus.
Si la santé mentale moyenne progresse légèrement, passant de 48/100 en 2023 à 51/100 en 2025 selon l’indicateur OMS WHO-5, elle reste tout juste au-dessus du seuil d’alerte fixé à 50. Autrement dit, l’amélioration est réelle mais fragile. Et surtout, elle ne reflète pas une transformation profonde des conditions de travail.
Des salariés mieux armés, mais des organisations à la traîne
Premier paradoxe mis en évidence par l’étude : ce sont principalement les ressources individuelles qui progressent. Les salariés apprennent à mieux gérer leur stress, à protéger leur équilibre, à développer des stratégies de régulation émotionnelle. Cette évolution est souvent soutenue par des dispositifs d’accompagnement mis en place par les entreprises.
Mais dans le même temps, les signaux organisationnels — reconnaissance, perspectives d’évolution, charge de travail soutenable, moyens disponibles — stagnent, voire reculent. La reconnaissance perçue, par exemple, baisse de plus de trois points en un an, tandis que le stress jugé « acceptable » diminue lui aussi.
« Les salariés s’outillent pour tenir, tandis que l’organisation du travail progresse trop lentement pour protéger durablement », résume Nicolas Merlaud, cofondateur de teale. Résultat : on continue à produire, mais on s’attache moins à son entreprise.
Partir pour se préserver : un arbitrage devenu rationnel
L’intention de départ n’est plus marginale, ni impulsive. Elle correspond à un véritable arbitrage lorsque les fondamentaux manquent. Les écarts entre ceux qui envisagent de partir et ceux qui souhaitent rester sont frappants.
Parmi les salariés prêts à quitter leur entreprise :
- seuls 39,5 % se sentent alignés avec les valeurs de leur organisation, contre 75,3 % chez ceux qui restent ;
- 37,5 % jugent leurs perspectives professionnelles positives, contre 69,3 % ;
- 43,4 % se sentent reconnus, contre 72,6 % ;
- 49,7 % estiment disposer de ressources suffisantes pour bien faire leur travail, contre 77 %.
« 35 %, ce n’est pas une humeur, c’est un signal économique », alerte Nicolas Merlaud. Car ces départs potentiels ont un coût direct. Lors des précédentes éditions, le coût annuel de la santé mentale pour les entreprises était estimé entre 3 000 et 3 800 euros par salarié, via l’absentéisme, le turnover et la baisse de productivité.
Désengagement discret, performance sous tension
Plus insidieuse encore que les démissions : la désaffiliation silencieuse. De nombreux salariés restent en poste mais réduisent leur investissement, leur engagement, leur initiative. La productivité perçue reste globalement stable, mais le lien psychologique à l’entreprise s’effrite.
Cette zone grise, située entre engagement et burnout, représente un risque majeur pour les organisations. Multiplier les actions ponctuelles de qualité de vie au travail — ateliers bien-être, événements internes, campagnes de communication — ne suffit plus. Le baromètre montre que les leviers doivent être recherchés au cœur même du travail : charge, priorités, reconnaissance, autonomie réelle.
Femmes et non-managers plus exposés
Autre enseignement important : les moyennes nationales masquent des inégalités persistantes. Les femmes et les salariés non-managers sont plus touchés par la baisse de reconnaissance, la dégradation du sens au travail et la fragilisation des relations professionnelles.
« Tant que l’écart de santé mentale restera invisible, on continuera de demander à certains une dose de résilience supplémentaire au lieu de changer les règles du jeu », souligne Anaïs Roux, directrice scientifique de teale et psychologue du travail.
Le manager, soutien de proximité mais sans levier structurel
La relation au manager reste globalement positive : plus de 81 % des salariés la jugent satisfaisante. Pourtant, cela ne suffit pas à compenser les faiblesses structurelles de l’organisation. Le manager devient un « tampon émotionnel », apprécié au quotidien, mais disposant de peu de marge de manœuvre sur la charge, les priorités ou les ressources.
« Le manager ne peut pas être le service après-vente d’une organisation sous tension », insiste Nicolas Merlaud. Sans décisions prises au niveau stratégique, la prévention reste cantonnée à l’échelle individuelle.
Vers une santé mentale pilotée comme un indicateur de performance
Dans un contexte où la santé mentale est reconduite Grande Cause nationale en 2026, teale appelle à un changement de méthode : passer de la sensibilisation à la gouvernance. Objectifs chiffrés, indicateurs suivis dans la durée, arbitrages organisationnels concrets.
Parmi les indicateurs à piloter figurent :
- l’absentéisme lié à la santé mentale ;
- le turnover évitable ;
- le désengagement et la coopération ;
- la perception de la reconnaissance, des ressources et des perspectives.
L’étude d’impact menée par teale en 2024 montrait déjà que le déploiement de dispositifs de prévention structurés permettait de réduire de 14 % le risque d’absentéisme et de 21 % le risque de turnover liés à la santé mentale, tout en améliorant la productivité de 8 %. Un euro investi permettrait d’éviter 4,4 euros de coûts.
2026, l’année du passage aux décisions
Pour les auteurs du baromètre, l’enjeu n’est plus de convaincre que la santé mentale est importante — ce débat est tranché — mais d’intégrer ce sujet au cœur des décisions organisationnelles : gestion de la charge, priorisation des tâches, moyens alloués, reconnaissance formalisée, soutien managérial effectif.
« La santé mentale n’est pas un sujet de communication, c’est un sujet de pilotage », conclut Nicolas Merlaud. « Les salariés ont fait leur part pour s’adapter. Aux organisations de faire la leur désormais. »
D. Bernard
* Ces résultats s’appuient sur l’étude d’impact teale (novembre 2024), menée auprès de 20 entreprises et 10 000 salariés français utilisant teale depuis au moins un an ; les hypothèses de calcul (absentéisme, turnover, productivité) sont détaillées dans le rapport. (Exemple d’ordre de grandeur : pour une entreprise de 500 salariés sur un an, l’étude estime 14 657 € d’économies au titre de la réduction de l’absentéisme, 43 942 € sur le turnover et 95 143 € en gains de productivité.)
Méthodologie
Le Baromètre teale 2025 repose sur un échantillon de 10 000 répondants, issus de plus de 100 entreprises de toutes tailles et de secteurs variés. Il s’appuie sur un indice propriétaire de 30 questions, avec une échelle de réponse en 6 niveaux allant de « Jamais » à « Tout le temps ». Ces questions proviennent de trois sources :
- WHO-5 (OMS)
- Well-Being Tracker teale (15 questions, 5 dimensions)
- 10 items inspirés COPSOQ (santé mentale au travail)
Les analyses et recommandations s’appuient sur un conseil scientifique pluridisciplinaire ; l’indice propriétaire bénéficie d’éléments de validité psychométrique.
A Propos de teale, la première plateforme de prévention en santé mentale à l’impact durable et mesurable.
Fondée en 2021 par Julia Néel Biz, Geoffroy Verzat, Nicolas Merlaud et Gilles Rasigade, teale est la première plateforme de prévention en santé mentale à l’impact durable et mesurable. Sa mission : démocratiser l’accès à la santé mentale et en faire un pilier stratégique des organisations. Solution unique mêlant tech, data et sciences cognitives & comportementales au service de l’humain et des organisations, teale permet d’une part d’engager et de soutenir durablement les collaborateurs dans la préservation de leur santé mentale grâce à un accompagnement individuel personnalisé. Et d’autre part, de transformer la culture organisationnelle grâce à des modèles de prédiction des risques, et des plans d’action pour agir sur leurs causes au niveau collectif. Enfin, un outil de mesure d’impact unique en son genre permet de quantifier les résultats chiffrés du dispositif sur la performance d’entreprise. Grâce à la réduction de l’absentéisme et du turnover liés à la santé mentale et à l’amélioration de la productivité, la solution permet de réaliser des économies significatives (3 000 € économisés par collaborateur chaque année). teale s’impose comme un acteur clé de la santé mentale en entreprise. En seulement quatre ans, et après avoir levé 12M€ teale accompagne déjà plus de 200 clients, dont Cartier, Nocibé, BETC, AGIPI, Bonduelle, Batch, l’Essec ou l’IÉSEG.
Forte d’une équipe de 50 collaborateurs et épaulée par plus de 150 professionnels de la santé mentale, teale accompagne aujourd’hui plus de 100 000 collaborateurs et 800 000 bénéficiaires (étudiants, indépendants, assurés, agents de la fonction publique…). https://www.teale.io/
