La cérémonie du 82ᵉ anniversaire du sacrifice de Maxime Guillot et Marcel Naudot, deux figures locales de la Résistance fusillées par l’occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale, s’est déroulée ce dimanche à Chenôve, en présence de plusieurs dizaines de personnes. Comme chaque année, familles, habitants, élus et représentants associatifs se sont réunis pour honorer la mémoire de ces deux hommes engagés dans le refus de la collaboration.
La commémoration, ouverte au public, s’est tenue en plusieurs temps. Elle a débuté rue Jules-Blaizet par une allocution de l’association Souvenir Maxime Guillot, avant un dépôt de gerbe sur la tombe de Maxime Guillot, organisé par le Parti socialiste. Le cortège s’est ensuite rendu sur le parcours de mémoire pour le dévoilement d’une nouvelle plaque en hommage à Marcel Naudot, puis la cérémonie s’est achevée par un dernier dépôt de gerbe devant l’hôtel de ville.
Parmi les participants figuraient notamment la fille de Maxime Guillot et la petite-fille de Marcel Naudot, ainsi que des représentants institutionnels, associatifs et plusieurs élus, de la majorité comme de l’opposition. Jusqu’aux dernières minutes de la cérémonie, l’ambiance était décrite comme respectueuse et consensuelle.
Des propos qui déclenchent la controverse
C’est lors de la séquence finale que des propos tenus par le député de la circonscription, M. Pribetich, ont suscité une vive réaction. Selon plusieurs témoins et un communiqué diffusé par l’élu d’opposition Philippe Neyraud, le parlementaire aurait déclaré être « un peu choqué par la présence, à des cérémonies, de femmes et d’hommes qui ne partagent pas nos engagements », estimant que cette présence aurait « sali cette cérémonie ». Il aurait également appelé à « respecter l’intimité des partis » afin que « celles et ceux qui s’engagent au nom des valeurs puissent se reconnaître dans ces valeurs ».
Dans son discours, le député a notamment déclaré :
« En tant que député de la Nation, je tiens à exprimer, à la fois aux familles mais aussi à leurs proches, toute ma reconnaissance, toute la reconnaissance de la Nation.
Et je leur dirai, en tant que militant de mon parti, du Parti socialiste, depuis plus de quarante ans, que j’ai été un peu choqué par la présence, à des cérémonies, de femmes et d’hommes qui ne partagent pas nos engagements. Ils ont ainsi sali cette cérémonie, et je le regrette profondément, Monsieur le Maire. Je demande justement que l’on respecte l’intimité des partis, afin que celles et ceux qui s’engagent au nom des valeurs puissent se reconnaître dans ces valeurs.
Voilà, Mesdames et Messieurs, j’avoue mon admiration pour ces deux parcours, pour les parcours de résistantes et de résistants qui ont laissé leur vie au nom de leur idéal, au nom du respect de leur idéal, de leurs valeurs. »
Ces paroles ont été perçues par certains comme une remise en cause de la légitimité de plusieurs participants, alors même que la cérémonie est publique et que des invitations officielles avaient été adressées à différents acteurs locaux.
Accusation d’appropriation de la mémoire de la Résistance
Dans un communiqué particulièrement critique intitulé : « Si certains s’approprient Jeanne d’Arc, d’autres s’approprient la Résistance ! », Philippe Neyraud, élu d’opposition et représentant de la liste Le Bon Sens – 100 % Chenôve, dénonce ce qu’il considère comme une dérive sectaire et une tentative d’appropriation politique de la mémoire de la Résistance.
« Les valeurs portées par la Résistance ne peuvent appartenir à un parti politique », écrit-il, estimant que ces symboles relèvent du patrimoine moral commun de la Nation.
Il affirme que plusieurs personnes présentes auraient été implicitement désignées comme « illégitimes » : représentants du conseil départemental, responsables associatifs, élus d’opposition, mais aussi simples citoyens venus se recueillir. Une situation qu’il juge « choquante » lors d’un moment de mémoire censé rassembler au-delà des clivages.
Une instrumentalisation politique dénoncée
L’élu d’opposition va plus loin en accusant le maire et un adjoint présents d’avoir, dans la continuité des propos du député, tenu des discours mettant en avant les mérites du Parti socialiste et évoquant l’engagement maçonnique de certains responsables, ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique déplacée dans un cadre mémoriel.
Selon lui, cette attitude alimente un climat de division locale, en contradiction avec les appels officiels à l’unité régulièrement affichés par la majorité municipale.
« Honorer la Résistance devrait renforcer la cohésion, pas raviver des lignes de fracture partisanes », souligne-t-il, parlant d’un « spectacle attristant » pour une partie du public, y compris pour les familles des résistants.
Cette polémique met en lumière les tensions persistantes au sein de la vie politique chenevelière, jusque dans des événements traditionnellement consacrés au devoir de mémoire. Si la commémoration visait avant tout à rappeler le courage et le sacrifice de Maxime Guillot et Marcel Naudot, elle laisse cette année le souvenir d’un hommage partiellement éclipsé par des controverses politiques, au risque d’éloigner l’attention de l’essentiel : la transmission de l’histoire et des valeurs de la Résistance aux générations actuelles.
