L’association de défense des consommateurs CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie) monte au créneau contre le nouveau dispositif de tarification de l’électricité lié au nucléaire. Dans un communiqué, elle demande la suppression du Versement Nucléaire Universel (VNU), qu’elle estime « non protecteur, inéquitable et trop cher » pour les consommateurs.
Un consensus historique remis en cause
Depuis les années 1970, le modèle nucléaire français reposait sur un compromis : les consommateurs acceptaient le risque lié au nucléaire en échange d’une électricité à prix stable et modéré, protégée des fluctuations des marchés internationaux de l’énergie.
Ce principe a longtemps été garanti par le monopole d’EDF, puis prolongé, après l’ouverture à la concurrence, par le dispositif Arenh, qui permettait aux fournisseurs d’acheter une partie de l’électricité nucléaire à un tarif fixe. Un système imparfait, reconnaît la CLCV, mais qui assurait encore une certaine stabilité des prix.
Avec la mise en place du VNU, cette protection tarifaire disparaît en grande partie. « En pratique, une très large partie du temps, les consommateurs vont payer le nucléaire au prix du marché de gros, soit exactement l’inverse du consensus social historique », déplore l’association.
Un mécanisme de compensation jugé insuffisant
Le Versement Nucléaire Universel ne prévoit un reversement financier aux consommateurs que lorsque les prix de gros dépassent certains seuils : partiel au-delà d’environ 80 euros le MWh, puis total au-delà de 110 euros le MWh. En dessous de ces niveaux, le tarif de l’électricité reste indexé sur le marché, même si le coût réel de production du nucléaire est estimé autour de 50 euros le MWh.
Selon la CLCV, si ce coût avait été pleinement pris en compte, le tarif réglementé aurait pu baisser de 3 à 4 % cette année. Résultat : les consommateurs ne sont plus réellement protégés contre les hausses de marché, alors même que l’électricité nucléaire est produite à un coût relativement stable.
Un dispositif favorable aux industriels électro-intensifs
Autre critique majeure : la répartition des bénéfices du VNU. Le gouvernement a prévu que les reversements s’appliquent uniquement sur les consommations d’avril à octobre, une période où la consommation des ménages est généralement plus faible.
À l’inverse, les industriels électro-intensifs, qui consomment de grandes quantités d’électricité tout au long de l’année, bénéficieraient pleinement du dispositif. « Les industriels seront avantagés au détriment des particuliers, et c’est le but précis du dispositif gouvernemental », affirme la CLCV.
L’association alerte également sur les difficultés techniques d’application, notamment pour les consommateurs mensualisés, rappelant que la saisonnalité avait déjà provoqué de graves dysfonctionnements dans le cadre du dispositif Arenh en 2021 et 2022.
Vers une refonte complète du système ?
Face à ces constats, la CLCV demande non seulement l’abandon du Versement Nucléaire Universel, mais aussi une révision complète du cadre de régulation post-loi Nome, qui encadre aujourd’hui le marché de l’électricité.
Objectif affiché : mettre en place un nouveau mécanisme garantissant un tarif réglementé stable, prévisible et réellement protecteur pour les consommateurs, tout en tenant compte des coûts réels de production du nucléaire.
Un débat qui s’annonce sensible, alors que la question du financement du parc nucléaire, de la compétitivité industrielle et du pouvoir d’achat des ménages reste au cœur des enjeux énergétiques français.
