À l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, l’alliance antitabac Contre-Feu lance une interpellation directe aux élus. En ligne de mire : une proposition de loi visant à interdire la vente de tabac aux générations nées après 2014. Une mesure jugée vitale par les associations, mais encore loin de faire consensus à l’Assemblée nationale.
Chaque année, le tabac provoque près de 7 millions de morts dans le monde. Derrière ces chiffres vertigineux se cachent aussi 1,3 million d’enfants exploités dans les champs de tabac, ainsi que 4 500 milliards de mégots abandonnés dans la nature. Pour Contre-Feu, le constat est sans appel : l’industrie du tabac n’a plus sa place dans nos sociétés.
Une loi soutenue… mais encore marginalement
Déposée en novembre 2025 par le député Nicolas Thierry, la proposition de loi « Génération sans tabac » entend rompre définitivement avec le renouvellement générationnel des fumeurs. Son principe est simple et progressif : interdire la vente de produits du tabac aux personnes nées après 2014, afin de permettre à toute une génération de grandir sans jamais être exposée à l’addiction.
Mais à ce stade, seuls 28 parlementaires sur 577 ont signé le texte. Or, 100 signatures sont nécessaires pour qu’il puisse être débattu à l’Assemblée nationale. Un seuil encore lointain, qui inquiète les acteurs de santé publique.
« Votre député est-il toxique ? » : une campagne coup de poing
Face à cette inertie, Contre-Feu a décidé de hausser le ton. Depuis le 4 février, l’alliance déploie une vaste campagne de sensibilisation dans la presse nationale (Le Figaro, Libération, Le Nouvel Obs) et sur les réseaux sociaux. Son slogan, volontairement provocateur — « Votre député est-il toxique ? » — vise à mobiliser directement les citoyens.
Une plateforme en ligne permet désormais de suivre l’évolution du soutien parlementaire et d’interpeller les élus n’ayant pas encore signé la proposition. « L’objectif est clair : remettre la responsabilité politique au cœur du débat public », explique l’association.
Protéger la jeunesse face à une industrie mortifère
Pour Contre-Feu, l’urgence est d’autant plus grande que l’industrie du tabac tue un consommateur sur deux et continue de cibler les plus jeunes par des stratégies marketing sophistiquées. Arômes attractifs, design des produits, présence sur les réseaux sociaux : tout concourt, selon les ONG, à recruter les fumeurs de demain.
« Cette loi n’interdit rien aux adultes actuels, elle protège simplement les enfants d’aujourd’hui », rappellent les défenseurs du texte. Une logique de prévention à long terme, déjà expérimentée ailleurs.
Un tournant historique pour la France… et l’Europe ?
La France n’est pas seule à réfléchir à ce type de dispositif. Au Royaume-Uni, un projet de loi similaire est en passe d’être adopté, ouvrant la voie à la première génération officiellement sans tabac.
Si les députés français s’emparaient à leur tour du texte, la France deviendrait le premier État membre de l’Union européenne à inscrire dans la loi la disparition programmée du tabac. Un signal fort, tant sur le plan sanitaire qu’éthique, en reconnaissant enfin le tabac pour ce qu’il est : un produit toxique à éliminer du marché.
À quelques signatures près, l’histoire pourrait basculer. Reste à savoir si les élus accepteront d’endosser ce choix de société — ou s’ils continueront d’être, aux yeux des associations, « toxiques » par leur silence.
