La CLCV (Consommation, Logement, Cadre de Vie) publie le quatrième bilan de l’Observatoire du Fonds réparation des équipements électriques et électroniques (EEE). Si le dispositif confirme sa montée en puissance avec près de 1,9 million de réparations réalisées depuis son lancement, des disparités territoriales et économiques persistent, limitant encore son plein potentiel.
Près de 1,9 million de réparations en trois ans
Entre le 15 décembre 2022 et le 31 décembre 2025, 1 888 208 réparations ont été analysées, réalisées dans 9 896 points de réparation labellisés à travers la France. Téléviseurs, lave-linge, réfrigérateurs, ordinateurs portables ou encore trottinettes électriques : le Fonds réparation s’impose progressivement comme un levier structurant pour encourager la réparation plutôt que le remplacement.
La progression est spectaculaire : le nombre d’interventions cumulées a plus que doublé en un an (+110,76 %), passant de 895 887 en 2024 à 1 888 208 en 2025. Dans le même temps, le réseau s’est élargi de 14 %, avec près de 1 200 nouveaux points de réparation en un an.
Pour la CLCV, cette dynamique traduit à la fois une meilleure visibilité du dispositif et un renforcement des capacités opérationnelles du réseau.
Des prix globalement stables, mais des hausses ciblées
Côté tarifs, le constat est nuancé. Entre 2024 et 2025, le coût moyen global pondéré des réparations recule légèrement de 1,2 %. Une stabilité notable dans un contexte de hausse des coûts pour les professionnels (énergie, main-d’œuvre, pièces détachées).
Cependant, derrière cette moyenne se cachent des évolutions contrastées :
- +11,3 % pour les trottinettes électriques
- +7,4 % pour les ordinateurs portables
- +4 % pour les lave-linge
- -7,3 % pour les lecteurs-enregistreurs audio-vidéo
- -5,4 % pour les téléphones portables
Ces écarts s’expliquent par plusieurs facteurs : disponibilité et prix des pièces détachées, complexité technologique croissante des produits, contraintes d’approvisionnement, niveau de qualification requis ou encore ancienneté des équipements. La gestion logistique – notamment les réparations centralisées avec envoi postal – peut également peser sur les coûts.
Un réseau en expansion, mais un maillage territorial inégal
Si le nombre de réparateurs labellisés progresse, la CLCV pointe des disparités territoriales persistantes. Certains départements restent moins bien dotés en points de réparation par habitant, ce qui limite un accès équitable au dispositif.
L’étude met aussi en lumière des différences de réparabilité selon les marques. Certaines se distinguent par une meilleure disponibilité des pièces et une intégration plus efficace dans le réseau. Apple, pour les téléphones portables, et Bosch, pour le gros électroménager, affichent ainsi des performances élevées dans le cadre du bonus réparation.
Un reste à charge encore dissuasif
En 2025, le bonus moyen s’élève à 33 euros pour une facture moyenne de 145 euros, soit un taux de prise en charge de 23 %. Pour 39 équipements sur 72, le bonus couvre moins de 20 % du coût total, notamment pour les réfrigérateurs-congélateurs ou les machines à café automatiques.
Résultat : le reste à charge demeure important, en particulier pour les appareils à faible valeur marchande. Dans certains cas, le coût de la réparation reste en concurrence directe avec l’achat d’un produit neuf d’entrée de gamme, ce qui peut décourager les consommateurs.
Les recommandations de la CLCV
Face à ces constats, l’association formule plusieurs propositions :
- Rehausser de manière ciblée le niveau du bonus pour les équipements dont la réparation est peu compétitive.
- Adapter ou supprimer les seuils de déclenchement du bonus pour certains appareils à forte valeur d’usage.
- Réévaluer les objectifs financiers du Fonds et renforcer le pilotage du sous-fonds dédié à la formation des réparateurs.
- Élargir le réseau QualiRépar pour améliorer le maillage territorial.
- Renforcer l’accès aux pièces détachées, en agissant sur leur disponibilité et leur prix.
En définitive, le Fonds réparation apparaît comme un outil structurant de la transition vers une économie plus circulaire. Mais pour devenir un véritable réflexe pour les consommateurs, il devra encore réduire les inégalités d’accès et renforcer son pouvoir incitatif.
