C’est un événement, sans réellement en être un… car très contesté, qui se déroule cette semaine au cœur du centre-ville de Dijon. Après plusieurs mois de retard, de recul, voire d’incertitudes, l’espace commercial de Shein au sein du BHV de Dijon ouvre finalement ses portes mercredi, marquant une nouvelle étape dans l’expansion régionale du géant chinois de la mode ultra-éphémère.
Mais derrière l’ouverture se dessine une ville partagée, entre curiosité commerciale et fortes inquiétudes exprimées par des citoyens, des associations et des collectifs locaux.
Des manifestations avant l’ouverture
Dès l’automne 2025, le projet d’implantation de Shein à Dijon avait suscité une vive réaction de la société civile. Samedi 15 novembre, environ quarante personnes se sont rassemblées devant l’entrée des Galeries Lafayette – l’adresse du futur magasin – pour protester contre l’arrivée de l’enseigne.
L’appel à manifester était lancé par plusieurs organisations locales et nationales, dont Éthique sur l’Étiquette, Solidaires 21, Les Amis de la Terre Côte-d’Or, Oxfam France et Attac 21, qui ont dénoncé dans un communiqué conjoint « un modèle textile destructeur ».
Les manifestants ont mis en avant plusieurs critiques :
- L’impact environnemental de l’ultra-fast fashion, avec surproduction massive et polluants liés aux matières et aux transports.
- Les pratiques de travail jugées abusives dans les chaînes de production de la marque.
- La normalisation d’un modèle commercial contraire, selon eux, aux valeurs locales et à la transition écologique, notamment dans le centre-ville dijonnais.
Pour ces collectifs, ouvrir un magasin Shein en plein centre-ville revenait à « légitimer un modèle que nous estimons dangereux pour la planète comme pour les travailleurs ».

Un contexte national de controverse
Cette mobilisation locale s’inscrit dans un contexte national déjà tendu : après l’ouverture en novembre 2025 du premier magasin physique Shein au BHV de Paris, l’entreprise a été au centre d’une vive polémique nationale, déclenchée notamment par la découverte sur sa plateforme de « poupées sexuelles à l’apparence de fillettes » et d’armes prohibées.
Le patron de la Société des grands magasins (SGM), exploitant du BHV et des espaces Shein en région, avait alors reporté les inaugurations prévues dans plusieurs villes, invoquant la nécessité d’« adapter l’offre » et la politique de prix pour ne pas « frustrer les clients ».
À Dijon, malgré ce climat tendu, les travaux et préparatifs ont continué, et l’ouverture est désormais consommée. L’espace Shein occupera une surface de plusieurs centaines de mètres carrés au cœur du magasin BHV dijonnais, avec une offre hivernale d’abord, avant d’adapter progressivement ses collections à partir d’avril prochain.
