À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars 2026 à Dijon, la campagne prend une tonalité résolument nationale. Invité à s’exprimer aux côtés de Michel Haberstrau, tête de liste “Dijon change d’ère”, Alexis Corbière, député de l’APRèS, a livré un discours dense, mêlant enjeux locaux, perspectives présidentielles et inquiétudes internationales.
Devant une centaine de personnes, le parlementaire a d’emblée replacé le scrutin dijonnais dans un cadre plus large : « Dijon, c’est une élection municipale, mais ce n’est pas seulement une élection municipale. Mais c’est une élection qui s’inscrit dans un moment politique très particulier de notre pays. 2026 c’est un an avant 2027. L’élection présidentielle est majeure où se joue le pouvoir dans le pays. Il est possible que l’extrême-droite gagne cette élection présidentielle. Nous devons poser des actes qui pensent le moment au niveau national et au niveau international. Nous sommes en temps de guerre, avec des possibilités de guerres à l’échelle mondiale. C’est le retour des puissances agressives, des empires – comme la Russie avec l’invasion de l’Ukraine, ou comme le gouvernement Netanyahou qui massacré la population à Gaza, et aux USA qui pensent que pour maintenir sa puissance, c’est la fin du droit international. »
Pour lui, la présidentielle de 2027 devra incarner une ligne d’apaisement : « L’élection présidentielle doit amener à ce que celui ou celle qui aura l’honneur d’être le représentant du pays soit quelqu’un, non pas qui exacerbe les tensions, mais qui soit facteur d’apaisement, une puissance de paix qui évite le développement des confrontations. »
Le partage des richesses au cœur du clivage
Alexis Corbière a longuement insisté sur la question sociale : « On est dans un pays où 53 personnes possèdent autant que 32 millions de personnes. Pour se représenter, si Homo erectus, apparu il y a 1,4 million d’années, avait travaillé chaque jour au Smic sans dépenser son argent, il n’aurait accumulé qu’un huitième de la fortune de Bernard Arnault. Il faudrait donc travailler 9 millions d’années pour obtenir la fortune de Bernard Arnault. Il faut au-delà même de la naissance de l’humanité. C’est du jamais vu. Le système qui permet cette accumulation est immoral, mais du point écologique, c’est un système de prédation de la nature elle-même. »

Il a plaidé pour une transformation profonde de la fiscalité : « C’est partir d’une chose : c’est la répartition des richesses. Il faut une profonde révolution de la politique fiscale. La taxe Zucman est un exemple éclairant. Des milliardaires échappent à l’impôt. »
Revenant sur la séquence ouverte en 2017, il a estimé que l’équilibre politique s’était dangereusement déplacé, citant la progression du Rassemblement national et les dynamiques électorales de Marine Le Pen.
Bataille culturelle et événements de Lyon
Alexis Corbière est revenu sur la mort du militant d’extrême-droite à Lyon et a affirmé une position de principe : « Sur les terribles événements de Lyon : la mort est inacceptable. Même la pire des femmes ou le pire des hommes ne mérite pas la mort, quoi qu’il arrive. Nous sommes pour l’abolition et le refus de la peine de mort. Quelles que soient tes idées, fussent-elles infâmes, je te combattrai politiquement mais jamais ne commettrai d’actes de mort, car on basculera de l’autre côté et on ne serait plus dans le règlement démocratique des conflits. Ceux qui ont porté les coups mortels, l’enquête est en cours, se réclament de l’antifascisme. Et cela alimente directement la bataille culturelle : l’extrême-droite explique que les antifascistes ne sont pas ce qu’on pense mais ce sont eux qui assassinent. »
Il a défendu un antifascisme « de masse, populaire », rappelant l’expérience du Nouveau Front populaire en 2024 pour bloquer l’accession de Jordan Bardella à Matignon.
Une unité incomplète à Dijon
Sur le plan local, le député a reconnu les fractures. « Je sais que vous avez tout fait pour l’unité à Dijon, mais elle est incomplète. On a la moutarde qui monte au nez quand on voit que le PS est avec le Modem sur une liste. (…) Mais malgré ça, le PS est un partenaire, et un parti de gauche. Les gens qui votent PS et pour Koenders, ce sont des hommes et des femmes de gauche. Nous ne sommes pas dans l’exclusion. » Il a également évoqué directement la situation avec La France insoumise : « Les collègues insoumis n’ont pas fait l’unité. Ils ont considéré que ce n’était pas possible en raison de la présence de militantes et de militants de l’APRèS que nous avons fondé localement avec Arnaud Guvenatam. Cela porte une forme de sectarisme. Cela consisterait à dire que LFI est la seule force politique légitime et que tout le reste ce sont des pourris et des traîtres. C’est totalement inconséquent par rapport à la période dans laquelle nous sommes. »
Malgré ces critiques, il a tenu à maintenir une ligne de dialogue : « Je suis solidaire de LFI face aux attaques ignobles qu’ils subissent. Mais je demande à leur direction de ne pas tomber dans les pièges qui leur sont tendus. Il faut élargir le front antifasciste à tous ceux qui pensent qu’il vaut mieux la gauche que l’extrême-droite. »
Retrouver l’esprit du rassemblement
En conclusion, Alexis Corbière a appelé à retrouver une culture de l’union : « Être unitaire, ce n’est pas de la naïveté, c’est preuve de lucidité et c’est dur. (…) Trop de divisions, et il n’y aura pas de second tour pour nous. Et si on est au second tour, il faut que celui ou celle qui y sera soit en capacité de rassembler pour gagner. Il y a un rejet encore majoritaire de l’extrême droite dans le pays. Mais le visage d’opposition à l’extrême-droite ne peut pas être un visage brutal et violent qui tombe dans tous les pièges médiatiques et culturels. »
Enfin, il a apporté un soutien appuyé à la liste “Dijon change d’ère” : « Il faut que la liste ait de la force. Qu’on ne soit pas coincé entre ceux qui font de la confusion et ceux qui font de la division. L’union c’est une culture. On l’a fait en 1936, en 1972, l’union il faut la vouloir. »
