À quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes et des élections municipales, le groupe local d’Oxfam à Dijon appelle les candidats de Bourgogne-Franche-Comté à placer l’égalité femmes-hommes au cœur de leurs programmes. À travers une action symbolique place de la République, l’organisation veut rappeler que les communes disposent de leviers concrets pour réduire les inégalités de genre.
À Dijon, les membres du groupe local d’Oxfam ont choisi un lieu central et symbolique pour leur mobilisation. Cette semaine, plusieurs bénévoles de l’organisation se sont réunis sur la place de la République afin d’attirer l’attention sur un enjeu qu’ils jugent encore trop souvent relégué au second plan dans les politiques municipales : l’égalité entre les femmes et les hommes.
Brandissant une banderole portant le message « Municipales 2026 : ma commune peut prendre des mesures pour l’égalité de genre ! », ils ont souhaité interpeller à la fois les citoyens et les futurs candidats aux élections municipales prévues les 15 et 22 mars prochains. L’objectif est clair : encourager les électeurs à examiner attentivement les programmes municipaux et à soutenir les listes qui proposent des mesures concrètes en faveur de l’égalité.
Cette mobilisation intervient à la veille du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, et accompagne la publication par Oxfam d’un rapport intitulé « Pour des villes féministes ». Dans ce document, l’organisation plaide pour que les collectivités locales jouent un rôle central dans la lutte contre les inégalités de genre, en intégrant cette dimension dans toutes leurs politiques publiques.
Les communes, un échelon clé pour agir
Pour Oxfam, les municipalités disposent de nombreux leviers pour promouvoir l’égalité : politiques d’emploi au sein de l’administration municipale, organisation des services publics, aménagement de l’espace urbain ou encore répartition des budgets.
En Bourgogne-Franche-Comté, certaines villes ont déjà engagé des démarches allant dans ce sens. Dijon, par exemple, s’est distinguée par sa politique en faveur de l’égalité professionnelle au sein de la fonction publique territoriale. La ville affiche un score de 90 sur 100 à l’index Egapro, qui mesure les écarts entre femmes et hommes dans le monde du travail. Nevers obtient quant à elle la note maximale de 100 sur 100, illustrant des efforts comparables.
La municipalité dijonnaise a également mené plusieurs initiatives ces dernières années, comme l’organisation d’assises consacrées aux familles monoparentales et la mise en place, en juin 2025, d’un plan d’action dédié à l’égalité femmes-hommes.
Dans d’autres communes de la région, certaines mesures innovantes ont vu le jour. À Quetigny, par exemple, un congé menstruel a été instauré pour les agentes municipales. La ville a également mis en place un dispositif permettant aux élus de participer aux conseils municipaux tout en bénéficiant d’une prise en charge des frais de garde d’enfants, afin de faciliter l’engagement politique des parents.
Des inégalités encore marquées dans la région
Malgré ces initiatives, les inégalités restent importantes au sein du pouvoir local. La région Bourgogne-Franche-Comté se situe même parmi les moins bien classées en matière de représentation des femmes dans les fonctions politiques locales.
Seules 21,2 % des maires de la région sont des femmes, un chiffre inférieur à la moyenne nationale, qui s’établit à 24,7 %. Dans 58 % des grandes villes, aucun élu n’est spécifiquement chargé des questions d’égalité femmes-hommes. Et dans seulement 17 % des municipalités, ce sujet est porté par un adjoint au maire disposant d’une délégation dédiée.
Certaines villes se distinguent toutefois positivement. À Dijon et Besançon, la question de l’égalité est portée par des adjointes au maire, ce qui lui confère une place relativement élevée dans la hiérarchie politique municipale. À l’inverse, dans plusieurs grandes villes de la région — comme Mâcon, Auxerre, Nevers ou Sens — aucun élu n’est spécifiquement chargé de ce dossier.
La répartition des responsabilités au sein des conseils municipaux révèle également des déséquilibres persistants. Les délégations aux finances sont occupées à 73 % par des hommes, tandis que celles liées à la petite enfance sont exclusivement confiées à des femmes dans la région, illustrant la persistance de stéréotypes dans la distribution des rôles politiques.
Le plaidoyer citoyen au cœur de l’action
Le groupe local d’Oxfam à Dijon, l’un des plus anciens de l’organisation en France, s’inscrit depuis longtemps dans une démarche de dialogue et d’interpellation des responsables politiques. À l’approche des élections municipales, ses membres multiplient les rencontres avec les équipes candidates afin de promouvoir des politiques publiques plus égalitaires.
Ils ont notamment rencontré le maire sortant de Saint-Apollinaire, Jean-François Dodet, ainsi que son premier adjoint Frédéric Goulier, tête de liste pour les prochaines municipales. L’objectif de ces échanges était de présenter un outil encore peu utilisé par les collectivités : la budgétisation sensible au genre.
Cette méthode consiste à analyser les dépenses publiques pour vérifier si elles bénéficient de manière équitable aux femmes et aux hommes. Elle permet également d’identifier les politiques publiques qui pourraient involontairement accentuer les inégalités.
Un appel aux candidats et aux électeurs
À l’approche du scrutin municipal, Oxfam appelle donc l’ensemble des candidats de Bourgogne-Franche-Comté à faire de l’égalité femmes-hommes une priorité politique structurante pour leurs villes.
Pour l’organisation, l’échelon municipal est particulièrement stratégique : il est au plus près des citoyens et peut agir concrètement sur de nombreux aspects du quotidien — transports, urbanisme, accès aux services publics, politique sociale ou culturelle.
Malgré des avancées législatives importantes au niveau national ces dernières années, Oxfam rappelle que les inégalités de genre persistent encore largement en France. Les élections municipales de 2026 pourraient ainsi représenter une opportunité pour renforcer l’engagement des collectivités locales en faveur d’une société plus égalitaire.
