Sans surprise, mais avec une volonté affichée de donner du sens à sa réélection, Nathalie Koenders a été reconduite à la tête de Dijon ce samedi 28 mars 2026, lors de la séance d’installation du nouveau conseil municipal. Une formalité politique, certes, mais aussi l’occasion pour l’édile socialiste de prononcer un discours dense, structuré et fortement orienté vers les enjeux démocratiques et sociétaux.
Avec 46 voix, la maire sortante s’impose largement face à Emmanuel Bichot (9 voix) et Thierry Coudert (3 voix). Une reconduction nette qui prolonge la victoire acquise dès le 22 mars par la liste « Dijon écologique, sociale, attractive ». Mais au-delà des chiffres, c’est bien le ton et le contenu de son intervention qui marquent cette entrée en mandature.
Une victoire revendiquée, immédiatement tempérée par l’abstention
D’entrée, Nathalie Koenders assume pleinement l’ampleur de son succès électoral. Elle rappelle que sa liste a recueilli 58,41 % des suffrages, soit plus de 25 000 voix, et qu’elle est arrivée en tête « dans tous les quartiers, dans tous les bureaux de vote » .
Une légitimité incontestable qu’elle qualifie d’« immense honneur », tout en soulignant la responsabilité qui en découle. « Cette confiance est un moteur », insiste-t-elle, tout en affirmant l’accueillir avec « humilité » et « un sens aigu des responsabilités » .
Mais très rapidement, la maire change de focale. Derrière la victoire, elle pointe une réalité plus préoccupante : l’abstention massive. « Près d’un électeur sur deux n’a pas exercé son droit de vote », rappelle-t-elle, élargissant le constat à d’autres grandes villes françaises .
Un phénomène qu’elle ne minimise pas : il constitue, selon elle, « un signal d’alerte » qui impose aux élus « la plus grande lucidité ». Dans une formule forte, elle évoque une « urgence à restaurer le lien démocratique » et à « redonner confiance en l’action publique » . Dès lors, elle fixe le cap de son mandat : celui de « l’engagement » et de la « citoyenneté ».
Un avertissement politique : sortir des excès et des postures
Le discours prend ensuite une tonalité plus directement politique. Nathalie Koenders s’adresse à l’ensemble des élus du conseil municipal et appelle à un changement de comportement dans les débats.
Elle réclame « un débat honnête et apaisé », appelant à tourner la page d’une campagne marquée, selon elle, par « les outrances, les mensonges, les oppositions de principe et les dogmatismes » .
Une critique à peine voilée de ses opposants, mais aussi une manière de poser les règles du jeu pour les années à venir. « L’esprit de responsabilité », martèle-t-elle, doit primer. Il constitue « le premier respect que nous devons aux Dijonnaises et aux Dijonnais ».
Une méthode revendiquée et théorisée
Au cœur de son intervention, la maire prend le temps de détailler sa vision de l’action municipale. Une véritable profession de foi politique. Sa méthode ? « La proximité, l’écoute et le dialogue constructif ». Mais Nathalie Koenders va plus loin, en développant une véritable philosophie de gouvernance.
Elle oppose deux visions : celle du rassemblement contre celle de la division, celle de l’intelligence collective contre celle de la peur. Elle refuse « d’agiter les frustrations » et revendique une démarche faite « d’optimisme et de travail plutôt que de fatalisme » .
Une ligne politique assumée, qu’elle considère comme efficace : « Je crois que c’est une méthode qui marche, parce qu’elle donne confiance ».

Continuité politique et hommage à François Rebsamen
Dans un passage plus personnel, Nathalie Koenders rend un hommage appuyé à François Rebsamen, figure centrale de la vie politique dijonnaise depuis plus de deux décennies. Elle salue son rôle dans la transformation de la ville, affirmant qu’il a permis de faire entrer Dijon « dans le 21e siècle » et d’en révéler « le plein potentiel » .
Elle insiste également sur l’importance de la transmission en politique, qu’elle qualifie d’« acte politique à part entière », et affirme sa fidélité à cet héritage. Dans la foulée, elle évoque avec émotion la disparition de Lionel Jospin, saluant une figure de la gauche réformatrice, à l’origine d’avancées sociales majeures.
Un programme ambitieux et un hommage aux agents publics
La maire rappelle ensuite que son équipe a été élue sur la base de « 165 propositions », censées améliorer concrètement le quotidien des habitants . Mais elle souligne que leur mise en œuvre repose en grande partie sur les agents municipaux. Elle rend ainsi un hommage appuyé aux près de 3 000 agents qui font fonctionner la ville au quotidien. Un passage important, qui met en avant le rôle du service public local, décrit comme « essentiel » et « incarnant les valeurs de la République » .
Écologie, logement, inégalités : un triptyque central
Sur le fond, Nathalie Koenders identifie clairement les grands défis de la mandature. Premier axe : l’urgence écologique. Elle évoque sans détour le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité et l’épuisement des ressources, tout en défendant une écologie « concrète » et « populaire » .
Deuxième priorité : le logement. Elle décrit une « crise grave » qui freine les parcours de vie, notamment pour les jeunes. « Je ne peux pas me résoudre à voir de jeunes Dijonnais renoncer à des projets de vie », affirme-t-elle .
Troisième enjeu : les inégalités. Économiques, sociales, mais aussi entre les femmes et les hommes. Elle rappelle qu’elle est la première femme maire de Dijon et souligne la lente progression de la parité, encore très loin d’être atteinte .
Sécurité, discriminations et cohésion sociale : refus des simplismes
Sur les questions de sécurité, Nathalie Koenders adopte une position nuancée. Elle rejette toute solution miracle et critique ceux qui promettent des résultats immédiats. Pour elle, la sécurité repose sur un travail de fond, mêlant prévention et répression, avec « humanité et fermeté » .
Elle insiste également sur la lutte contre les discriminations, qualifiées de « fléau », et sur la nécessité de défendre sans relâche les valeurs républicaines. Dans un contexte de tensions sociales, elle met en avant la nécessité de renforcer le civisme, la citoyenneté et le lien entre générations, estimant que la cohésion passe par la transmission et la solidarité.
Science, Europe et ouverture au monde
Le discours s’élargit ensuite à des enjeux plus globaux. Nathalie Koenders alerte sur la montée du complotisme et appelle à défendre « l’esprit critique » et la science. Elle insiste également sur l’identité européenne de Dijon et sur son rôle dans les coopérations internationales, évoquant notamment les liens avec l’Ukraine.
En conclusion, la maire revient à un registre plus intime. Elle réaffirme son attachement profond à Dijon et à ses habitants. « J’aime Dijon, j’y suis profondément attachée », déclare-t-elle, promettant de mettre « toute son énergie et sa détermination » au service des habitants .
Une déclaration qui clôt un discours fleuve, à la fois politique, programmatique et personnel.
À travers cette intervention dense, Nathalie Koenders ne s’est pas contentée de célébrer une victoire électorale. Elle a cherché à fixer un cap : celui d’une gouvernance fondée sur le dialogue, la responsabilité et la continuité. Reste désormais à traduire ces ambitions en actes, dans un contexte où, comme elle l’a elle-même souligné, la confiance démocratique reste à reconstruire.
Liste des adjoints à la Maire – 28 mars 2026
- Antoine Hoareau, délégué à l’urbanisme, à la transition écologique, aux affaires foncières et à l’administration générale.
- Christine Martin, déléguée à la culture, au rayonnement culturel et à la valorisation du patrimoine historique.
- François Deseille, délégué aux finances, au budget et à la Cité internationale de la gastronomie et du vin (CIGV).
- Karine Savina-Huon, déléguée à l’adaptation de la ville au changement climatique, à la végétalisation et à la biodiversité.
- Hamid El Hassouni, délégué à la jeunesse, à la vie associative, à l’éducation populaire et au quartier des Grésilles.
- Nuray Akpinar-Istiquam, déléguée au logement, à la politique de la ville et au quartier Université.
- Stéphane Chevalier, délégué à la sécurité, à la prévention, à la protection des populations et à la police sanitaire.
- Claire Tomaselli, déléguée aux sports.
- Christophe Avena, délégué au numérique, à l’innovation, à la relation aux usagers et au quartier Bourroches – Port du Canal – Montagne Sainte-Anne.
- Dominique Martin-Gendre, déléguée au commerce, à l’artisanat et aux travaux sur l’espace public.
- Franck Lehenoff, délégué à l’éducation, à l’enfance, aux droits de l’enfant et aux familles.
- Mélanie Balson, déléguée à la participation citoyenne et à l’accueil des nouveaux habitants.
- Jean-Philippe Morel, délégué au devoir de mémoire, au lien armée-nation, aux anciens combattants et à l’engagement citoyen.
- Stéphanie Vacherot, déléguée aux handicaps, à l’inclusion, à l’accessibilité et à l’accueil des publics.
- Massar N’Diaye, délégué à la solidarité, à l’insertion et au quartier Fontaine d’Ouche.
- Nadjoua Belhadef, déléguée au parc des expositions et à la foire gastronomique.
- Marien Lovichi, délégué aux parcs et jardins.
- Céline Maglica, déléguée au lien intergénérationnel, à la politique de l’âge et aux seniors.
- Billy Chrétien, délégué à la lutte contre les discriminations, à l’égalité femmes-hommes, à la laïcité et à la fraternité.
- Delphine Blaya, déléguée à la protection animale et au quartier Toison d’Or.
- Jordane Gallois, délégué aux ressources humaines et au dialogue social.
