La décision était attendue depuis plusieurs mois. Elle est désormais officielle : la Région Bourgogne-Franche-Comté devra composer en 2026 avec une baisse de 25 millions d’euros des financements de l’État consacrés à la formation des demandeurs d’emploi. Une annonce qui suscite une vive inquiétude au sein de l’exécutif régional, tant ses conséquences s’annoncent lourdes pour les publics les plus fragiles.
Un partenariat fragilisé après plusieurs années de coopération
Depuis 2019, l’État et la Région étaient engagés dans un Pacte régional visant à renforcer l’accès à la formation pour les personnes les plus éloignées de l’emploi. Ce dispositif, présenté à l’époque comme un levier majeur de lutte contre le chômage, avait permis de structurer une offre de formation ciblée sur les secteurs en tension.
Jeunes décrocheurs, bénéficiaires du RSA, demandeurs d’emploi de longue durée ou encore seniors en reconversion : autant de publics prioritaires qui avaient bénéficié de parcours adaptés. Le pacte reposait également sur une mobilisation coordonnée de l’ensemble des acteurs locaux – organismes de formation, structures d’orientation, services publics de l’emploi – afin de mailler efficacement le territoire.
L’un des résultats les plus marquants de cette politique reste le déploiement de formations de proximité, accessibles à moins de 10 kilomètres des bénéficiaires. Une avancée significative dans une région où les enjeux de mobilité constituent souvent un frein à l’insertion professionnelle. Selon la Région, ces efforts ont contribué à améliorer de plus de quatre points le taux d’accès à l’emploi des stagiaires.
2 200 places de formation menacées
Mais cette dynamique pourrait être brutalement freinée. La réduction budgétaire annoncée entraînera la suppression de plus de 2 200 places de formation dès 2026. Au-delà des chiffres, ce sont des trajectoires individuelles qui risquent d’être impactées : des projets professionnels interrompus, des reconversions compromises, et un retour à l’emploi rendu plus incertain.
Les organismes de formation, déjà fragilisés par un contexte économique tendu, pourraient eux aussi subir de plein fouet cette décision. Moins de financements signifie potentiellement moins de sessions ouvertes, des équipes réduites, voire des structures en difficulté.
Une Région contrainte d’absorber le choc
Face à cette situation, la collectivité régionale affirme maintenir son engagement financier à hauteur de 70 millions d’euros par an. Elle indique également préserver les aides essentielles à l’entrée en formation, notamment celles liées au transport, afin de ne pas pénaliser davantage les bénéficiaires.
Plus encore, la Région a choisi – comme d’autres collectivités engagées dans ce type de pacte – d’avancer une partie des crédits initialement attendus de l’État pour limiter les effets immédiats de cette baisse. Une décision qualifiée de « nécessaire » mais jugée difficilement soutenable à moyen terme.
Car dans le même temps, l’État demande aux Régions de participer à l’effort national de réduction de la dette publique, à hauteur de 83 millions d’euros pour la Bourgogne-Franche-Comté. Une double contrainte budgétaire qui place l’exécutif régional dans une position délicate.
Une rupture politique assumée
Pour Jérôme Durain, président de la Région, cette décision marque une rupture nette dans les relations entre l’État et les collectivités territoriales. Dans un contexte où le chômage montre des signes de reprise à la hausse, il dénonce un désengagement aux conséquences sociales potentiellement lourdes.
« Alors que le chômage repart à la hausse, le gouvernement se désengage et défait les dispositifs mis en place qui ont pourtant prouvé leur efficacité », a-t-il déclaré, affirmant avoir saisi le Premier ministre sur ce dossier.
Au-delà de la critique, le président appelle désormais à repenser en profondeur la politique régionale de formation. « C’est désormais une nouvelle politique à la main de la Région que nous devons bâtir pour les années à venir », insiste-t-il.
Vers un nouveau modèle régional ?
Cette situation pourrait ainsi marquer un tournant. Privée d’une partie du soutien de l’État, la Région Bourgogne-Franche-Comté devra redéfinir ses priorités, ses modes d’intervention et ses partenariats. Reste à savoir si elle disposera des marges de manœuvre suffisantes pour maintenir une politique ambitieuse en matière de formation professionnelle, dans un contexte budgétaire contraint et face à des besoins sociaux toujours croissants. Une chose est certaine : derrière les arbitrages financiers, c’est bien la question de l’accès à l’emploi et de l’égalité des chances sur le territoire qui se joue.
Communiqué de presse du 31 mars 2026 :
La nouvelle est enfin tombée après des mois d’attente : la Région Bourgogne-Franche-Comté recevra cette année 25 millions de moins pour la formation des demandeurs d’emploi de la part de l’État.
Depuis 2019, l’État est engagé avec la Région dans un Pacte régional au service de la formation des plus éloignés de l’emploi. Ce partenariat a permis de déployer une politique ambitieuse pour les secteurs économiques en tension, pour la qualification notamment des jeunes décrocheurs, des bénéficiaires du RSA, pour le retour à l’emploi des séniors…
Cette politique associe toutes les structures de l’orientation, de l’emploi et de la formation du territoire. Elle a permis entre autres de déployer des formations de premier niveau à moins de 10km de chaque stagiaire, d’améliorer de plus de 4 points le taux d’accès à l’emploi.
Concrètement, cette baisse de 25 millions d’euros va supprimer plus de 2 200 places de formation en 2026. Au -delà des effets sur les bénéficiaires, les organismes de formation sont aussi directement concernés. La Région, elle, a maintenu son engagement de 70 millions d’euros annuels et préservé les aides à l’entrée en formation ainsi que les aides au transport.
Elle a également fait le choix, comme les autres Régions engagées dans un Pacte pour la formation, d’avancer une partie du budget de l’État pour éviter la casse. Cette situation est difficilement tenable dans un contexte où l’État nous demande déjà de contribuer à la réduction de la dette publique à hauteur de 83 millions d’euros.
Chaque année, la Région a honoré son contrat, déroulé les plans d’actions prévus, été soumise à des évaluations régulières qui ont, à de nombreuses reprises, salué la qualité des démarches et la bonne consommation des crédits publics. Aujourd’hui, le pacte de confiance est rompu. La convention n’est pas respectée, et la logique du « coup par coup » prévaut, sans nous donner de cap ni d’horizon.
« Alors que le chômage repart à la hausse, le gouvernement se désengage et défait les dispositifs mis en place qui ont pourtant prouvé leur efficacité. J’ai dénoncé ce jour auprès du Premier ministre ce retrait majeur et ses conséquences sociales désastreuses. C’est désormais une nouvelle politique à la main de la Région que nous devons bâtir pour les années à venir. » Jérôme DURAIN, président de la Région Bourgogne-Franche-Comté.
