L’affaire des cadeaux illégaux distribués par le laboratoire Urgo à des milliers de pharmaciens prend une nouvelle dimension politique. Selon des informations publiées par Mediapart, René Lioret, député Rassemblement national de Côte-d’Or, aurait occupé un rôle important dans le dispositif commercial mis en place par l’entreprise lorsqu’il travaillait encore pour le groupe.
Avant son entrée à l’Assemblée nationale, René Lioret a passé une grande partie de sa carrière chez Urgo. Il y est entré en 1976, avant de gravir les échelons jusqu’à devenir directeur des opérations commerciales, poste qu’il a occupé jusqu’à son départ à la retraite en 2018. D’après Mediapart, il aurait notamment participé à l’organisation de la stratégie commerciale destinée aux pharmacies.
Le système reproché à Urgo consistait à offrir des avantages en nature à des pharmaciens afin de les inciter à acheter les produits du laboratoire. Ces cadeaux pouvaient prendre des formes très diverses : bouteilles de champagne, montres de luxe, téléphones, téléviseurs ou encore coffrets de séjour. Or, ce type de pratique est interdit par la loi lorsqu’il vise à influencer les professionnels de santé.
La justice estime que le montant total de cette fraude dépasse 55 millions d’euros sur la période 2015-2021. Le dispositif aurait également entraîné un manque à gagner fiscal important, les cadeaux n’ayant pas été déclarés. En 2023, Urgo a reconnu les faits dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. L’entreprise a accepté une sanction pénale de 6,6 millions d’euros, évitant ainsi un procès public.
René Lioret a été entendu par les gendarmes en novembre 2022 au début de l’enquête. Toutefois, comme d’autres responsables du groupe, il n’a pas été jugé personnellement dans le cadre de cette procédure. Sollicité par Mediapart, le député RN n’a pas répondu aux questions du média, évoquant une clause de confidentialité avec son ancien employeur.
Depuis la condamnation d’Urgo, des centaines de procédures visent des pharmaciens à travers la France. Plusieurs dizaines ont déjà été condamnés, notamment à Rouen, Nîmes et Montpellier. Les sanctions portent sur la réception de cadeaux illégaux et leur absence de déclaration.
Cette affaire avait déjà touché le monde politique avec Agnès Firmin Le Bodo, ancienne ministre de la santé, condamnée après avoir reçu des cadeaux lorsqu’elle dirigeait une pharmacie en Normandie. Les révélations concernant René Lioret montrent désormais que le scandale dépasse le seul cercle des pharmaciens bénéficiaires et interroge aussi le rôle des anciens dirigeants commerciaux d’Urgo.
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l’enquête complète de Mediapart ici :
https://www.mediapart.fr/journal/france/240526/un-depute-rn-au-coeur-de-l-affaire-des-cadeaux-non-declares-de-l-industrie-pharmaceutique
