À l’occasion de l’entrée au Panthéon de Marc Bloch et de son épouse Simonne Vidal, prévue le 23 juin 2026, la ville de Dijon a choisi d’accompagner cet événement national par un temps fort placé sous le signe de la mémoire, de la citoyenneté et de la transmission. Le mardi 16 juin 2026, la Salle des États accueillera une soirée entièrement consacrée à la vie, aux combats et à l’héritage de l’un des plus grands historiens français du XXe siècle, figure majeure de la pensée républicaine et de la Résistance.
À travers cette initiative, Dijon entend rappeler la portée exceptionnelle du parcours de Marc Bloch. Historien reconnu, intellectuel engagé, combattant des deux guerres mondiales, résistant assassiné par la Gestapo en 1944, il incarne une fidélité profonde aux valeurs républicaines, humanistes et démocratiques. Son entrée au Panthéon, aux côtés de son épouse Simonne Vidal, ne constitue pas seulement un hommage rendu à une destinée individuelle. Elle marque la reconnaissance par la Nation d’un engagement total, à la fois scientifique, civique et moral.
Né à Lyon en 1886 dans une famille juive originaire d’Alsace, Marc Bloch appartient à cette génération profondément marquée par les bouleversements de l’Europe contemporaine. Normalien, agrégé, professeur d’université, spécialiste du Moyen Âge, il s’impose très tôt comme l’un des esprits les plus brillants de son temps. Mais son œuvre dépasse largement le cadre académique. Marc Bloch ne s’est pas contenté d’écrire l’histoire : il en a transformé la méthode, l’ambition et la portée. En 1929, avec la création de la revue des Annales, il participe à une refondation profonde de la discipline historique. Ce courant, devenu l’une des écoles historiographiques les plus influentes au monde, ouvre l’histoire aux autres sciences sociales, à l’économie, à la géographie, à la sociologie, aux mentalités collectives et aux formes longues du temps historique.
Cette manière nouvelle d’interroger le passé témoigne déjà d’une exigence intellectuelle qui ne séparait jamais la connaissance de la responsabilité. Pour Marc Bloch, l’historien devait chercher à comprendre les sociétés dans leur complexité, refuser les simplifications, combattre les idées toutes faites et se méfier des discours qui déforment la réalité. À ce titre, son œuvre conserve aujourd’hui une actualité singulière. Dans un contexte marqué par la désinformation, les rumeurs, les falsifications du passé et les remises en cause de la parole scientifique, la pensée de Marc Bloch apparaît comme un repère essentiel. Elle rappelle que la démocratie a besoin de savoirs rigoureux, d’esprit critique et d’une confiance renouvelée dans la recherche.
Mais Marc Bloch fut également un homme d’action. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il reprend les armes en 1939 lorsque la France est de nouveau menacée. La défaite de 1940, qu’il analyse avec une lucidité implacable dans L’Étrange défaite, publié à titre posthume en 1946, constitue pour lui un choc politique, militaire et moral. Dans cet ouvrage devenu majeur, il ne se contente pas de constater l’effondrement du pays face à l’Allemagne nazie. Il cherche à en comprendre les causes profondes, les faiblesses de commandement, les renoncements, les aveuglements et les responsabilités collectives. Son regard, sans concession, reste celui d’un patriote profondément attaché à la République.
Révoqué de l’université par les lois antisémites du régime de Vichy, Marc Bloch aurait pu choisir le silence ou l’exil intérieur. Il choisit au contraire la Résistance. Son engagement clandestin prolonge alors son engagement intellectuel : refuser le mensonge, refuser l’asservissement, refuser la destruction des libertés. Arrêté à Lyon par la Gestapo, torturé, il est assassiné le 16 juin 1944, à l’âge de 57 ans. Sa mort fait de lui l’un des symboles les plus puissants de cette alliance entre la pensée et le courage, entre le savoir et l’action, entre l’intelligence critique et la fidélité aux valeurs démocratiques.
C’est cette trajectoire que la ville de Dijon souhaite mettre en lumière à travers une soirée commémorative et culturelle organisée le mardi 16 juin 2026, Salle des États. L’événement débutera à 17 heures par l’accueil du public, avant une lecture musicale proposée à 17 h 30 autour de Marc Bloch. Non au déni de l’histoire, publié chez Actes Sud Jeunesse en 2026. Cette lecture sera portée par son autrice, Carole Trébor, historienne, écrivaine et réalisatrice de documentaires. Elle sera accompagnée d’intermèdes chantés par Paloma Sausset, autour de textes et de chants profondément liés à la mémoire de la Résistance et de la liberté : Nuit et brouillard de Jean Ferrat, La Rose et le Réséda de Louis Aragon, Liberté de Paul Éluard, ainsi que Le Chant des partisans.
À 18 h 30, une table ronde intitulée « La vie, les combats et l’héritage de Marc Bloch » permettra de revenir sur les multiples dimensions de cette figure historique. Animée par Jonathan Barbier, docteur en histoire contemporaine, professeur agrégé d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique au lycée Simone Weil, également référent pédagogique aux Archives municipales de Dijon, elle réunira plusieurs intervenants issus du monde universitaire, scolaire et culturel. Maïwenn Jouquand, attachée temporaire d’enseignement et de recherche en histoire médiévale à l’université Marie et Louis Pasteur et docteure en histoire médiévale à l’Université Bourgogne Europe, apportera un éclairage sur l’historien médiéviste. Rachel Messina, professeure d’histoire-géographie au lycée Montchapet, témoignera de la participation de deux classes de première au projet « Entrée au Panthéon de Marc Bloch ». Jérôme Loiseau, professeur d’histoire moderne, responsable du master Histoire publique de l’Université Bourgogne Europe et directeur de publication de la revue Annales de Bourgogne, interviendra également, aux côtés d’Odile Roynette, professeure d’histoire contemporaine à l’Université Bourgogne Europe, et de Carole Trébor.
La soirée se prolongera à 19 h 45 par un temps d’échanges avec le public, suivi d’une séance de dédicace organisée par la librairie Gibert de Dijon, puis d’un verre de l’amitié. Par ce programme, la municipalité ne se limite pas à célébrer une entrée au Panthéon. Elle propose un véritable moment de réflexion collective, destiné à faire dialoguer l’histoire savante, la mémoire citoyenne et la transmission aux jeunes générations.
Cette dimension pédagogique occupe une place centrale dans l’hommage dijonnais. La figure de Marc Bloch invite en effet à interroger le rôle de l’histoire dans la cité. À quoi sert l’histoire lorsque les sociétés traversent des crises ? Que peut la connaissance face aux propagandes, aux discours de haine, aux falsifications et aux renoncements ? Quelle responsabilité porte l’intellectuel lorsque la République est menacée ? À toutes ces questions, la vie de Marc Bloch apporte une réponse d’une force rare : penser lucidement, agir courageusement, transmettre sans relâche.
La ville de Dijon accompagne également cet hommage par une invitation à approfondir la découverte de l’œuvre de Marc Bloch. Sa bibliothèque professionnelle, riche de plusieurs milliers d’ouvrages, fut spoliée en 1942 par les Allemands, dispersée ou vendue. Ce rappel souligne combien la persécution nazie et antisémite ne visait pas seulement les personnes, mais aussi les œuvres, les savoirs et les héritages intellectuels. En proposant une sélection d’ouvrages de et sur Marc Bloch, Dijon encourage le public à prolonger la commémoration par la lecture, la recherche et la compréhension.
Parmi les textes essentiels de Marc Bloch figurent Les Rois thaumaturges, publié en 1924, La Société féodale, publié en 1939, Apologie pour l’histoire, rédigé entre la fin de l’année 1940 et les premiers mois de 1943, ou encore Réflexion d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, écrit dès 1921. Ces ouvrages montrent l’ampleur d’une pensée attentive aussi bien aux croyances collectives qu’aux structures sociales, aux mentalités qu’aux événements, aux faits qu’aux mécanismes de leur déformation. L’Étrange défaite, disponible dans les bibliothèques de Dijon, demeure quant à lui l’un des témoignages les plus puissants sur l’effondrement de 1940 et sur la nécessité de regarder l’histoire en face.
Plusieurs publications récentes accompagnent également cette entrée au Panthéon, parmi lesquelles La double mort de Marc Bloch d’Alya Aglan, Marc Bloch. L’histoire en résistance, ouvrage collectif dirigé par Florian Mazel et Yann Potin, Marc Bloch, une biographie intellectuelle de Peter Schöttler, ainsi qu’une bande dessinée, Marc Bloch, l’historien combattant, signée Jean-David Morvan, Suzette Bloch, petite-fille de Marc Bloch, et Laurent Bidot. Cette diversité éditoriale témoigne de la vitalité d’un héritage qui continue de nourrir la recherche historique, la création littéraire, la bande dessinée, l’enseignement et le débat public.
L’entrée de Marc Bloch et de Simonne Vidal au Panthéon revêt ainsi une portée qui dépasse largement le cadre commémoratif. Elle rappelle que les grandes figures honorées par la République ne sont pas seulement celles qui ont servi l’État ou marqué leur époque. Ce sont aussi celles qui ont su incarner, au prix de leur vie, une certaine idée de la France : une France fidèle à la vérité, à la justice, à la liberté, à la dignité humaine et à la démocratie.
En choisissant de s’associer à cet hommage national, Dijon affirme son attachement à ces valeurs. La cité des ducs, forte de son histoire et de son engagement en faveur de la mémoire et de la citoyenneté, fait de cette soirée un rendez-vous civique autant que culturel. À travers Marc Bloch, elle invite chacun à mesurer ce que la République doit à celles et ceux qui l’ont défendue, non seulement par les armes, mais aussi par la pensée, par l’enseignement, par l’écriture et par le refus de céder.
Plus de quatre-vingts ans après son assassinat, Marc Bloch demeure une conscience pour notre temps. Son œuvre aide à comprendre le passé ; son engagement oblige à regarder le présent. Son entrée au Panthéon consacre un historien, un résistant, un patriote et un homme libre. Elle rappelle aussi qu’une démocratie ne se protège jamais seule : elle a besoin de mémoire, d’esprit critique, de courage et de citoyens capables de défendre la vérité lorsque celle-ci est menacée.

