Après avoir lu cet édito, les mauvaises langues diront peut-être que je dors la nuit avec un tee-shirt « Bon Sens 100 % Chenôve », et que je me promène le jour avec un slip Made in France tagué « Allez Philippe ». Qu’importe. Je dors nu. Surtout avec ces grosses chaleurs.
Et puisqu’on parle de chaleur, à Chenôve, elle ne vient pas seulement du thermomètre. Dans certaines rues, une fois la nuit tombée, elle se mesure aussi à la lueur des poubelles et parfois des voitures qui brûlent. Une situation qui, si l’on écoute le maire de Chenôve, Thierry Falconnet, durerait depuis l’automne 2025.
Le maire socialiste a fini par le dire lui-même : « Depuis l’automne 2025, les habitants de Chenôve subissent une succession d’incendies de poubelles, de dégradations, d’interruptions du service public de transport en commun, de tirs de mortier, de provocations et d’agressions contre les forces de l’ordre… »
On appréciera au moins la sincérité du constat. Car lorsque les faits deviennent trop visibles, même les discours les plus prudents finissent par se heurter au réel.
Face à cette situation, Thierry Falconnet annonce désormais des mesures fortes. Très fortes même. À tel point qu’en lisant la liste, on pourrait croire entendre un maire de droite. Philippe Neyraud, son opposant, doit presque se demander si on ne lui a pas emprunté une partie du programme.
Il a annoncé qu’un futur couvre-feu concernant les mineurs de moins de 16 ans, sur une période délimitée, sera prochainement mis en place. Nous travaillons actuellement à sa rédaction avec les services de l’État.
Un groupe opérationnel de traitement de la délinquance est mis en place avec les autorités compétentes. Chaque individu qui se sera rendu responsable de troubles avérés à l’ordre public verra sa situation personnelle examinée, y compris à l’aune des aides ou allocations perçues par ses parents, afin qu’une sanction soit posée.
Les horaires de la police municipale sont étendus ponctuellement en soirée.
Il rappellera que les arrêtés municipaux relatifs au protoxyde d’azote, ainsi qu’à la détention, au transport et à l’utilisation de feux d’artifice, pétards et mortiers, demeurent pleinement applicables et feront l’objet d’une vigilance renforcée.
Il ira jusqu’à rappeler que des conventions d’éviction d’un logement social existent et qu’elles peuvent être mises en application. « Idée 21 Déménagement doit se frotter les mains. »
Il dit aussi que la Ville continuera à mettre tous les moyens nécessaires à la disposition de la Police nationale et des services de l’État afin de permettre le retour durable de l’ordre public.
Bref, le maire tape du poing sur la table.
Et il tape fort.
C’est bien. C’est même très bien. Les habitants qui subissent ces nuisances, ces violences et ces dégradations attendaient sans doute des mots clairs et des actes concrets. Ils les ont enfin.
Mais une question demeure : pourquoi maintenant ?
Pourquoi avoir attendu que la situation s’installe ? Pourquoi ce ton de fermeté n’a-t-il pas été adopté plus tôt ? Pourquoi a-t-il fallu que Chenôve connaisse cette succession d’incendies, de tensions et de provocations pour que l’on en arrive à ces annonces ? Et pourquoi une grande partie des médias est-elle restée si discrète sur ce qui se passe dans certains quartiers de la commune ?
La liste des questions pourrait être longue. Trop longue, peut-être.
Reste que l’essentiel, aujourd’hui, est là : le maire reconnaît la gravité de la situation et affirme vouloir agir. Un peu tard, diront certains, et ils n’ont peut-être pas tort. Mais il agit. Et, sur ce point, on ne peut que souhaiter que la méthode fonctionne.
Car derrière les clivages politiques, il y a surtout des habitants : des familles, des riverains, des commerçants, des usagers des transports, des agents publics. Tous aspirent à la même chose : vivre paisiblement, rentrer chez eux sans tension, dormir sans sirènes, sans tirs de mortier, sans fumée, et sans redouter que la nuit ne bascule.
La sécurité n’est ni de droite ni de gauche lorsqu’elle manque à ceux qui la réclament. Elle devient simplement une urgence.
Alors oui, on peut sourire en voyant un maire socialiste reprendre des accents d’autorité que l’on associe souvent à la droite. On peut ironiser, se moquer, parler de conversion tardive au bon sens. Mais au fond, la seule chose qui comptera sera le résultat.
Les mesures annoncées ramèneront-elles durablement le calme ? Les auteurs de troubles seront-ils réellement identifiés, poursuivis, sanctionnés ? Les habitants constateront-ils une amélioration concrète dans leur quotidien ? Ou bien ces annonces resteront-elles un coup de communication de plus, prononcé dans l’urgence, sous la pression des événements ?
À Chenôve, l’été s’annonce chaud. Très chaud.
Espérons désormais que la fermeté affichée par Thierry Falconnet ne soit pas seulement une posture de circonstance. Car à l’approche du 14 juillet, Chenôve n’a pas besoin d’un discours de plus, mais de résultats. Sans quoi, la commune pourrait connaître une soirée plus explosive que festive.
Une chose est certaine : Philippe Neyraud, qui dénonce la situation depuis plusieurs semaines, doit avoir le sentiment d’avoir enfin été entendu. Le maire de Chenôve prend désormais publiquement la parole sur le sujet, réagit et tape fort. Il aura fallu du temps, trop de temps sans doute, mais le voilà qui parle sécurité, sanctions, couvre-feu, évictions et ordre public. Bref, Thierry Falconnet découvre soudain les vertus d’une politique que l’on disait hier de droite, du centre, voire infréquentable. Peu importe l’étiquette : quand les poubelles brûlent, quand les habitants s’inquiètent et quand l’ordre public recule, il ne reste qu’une chose à faire : agir. Enfin.
Fabien Bauduin
