Ils étaient 500 professionnels du secteur sanitaire, social et médico-social à manifester ce mardi à Dijon, à l’appel de la CFDT Santé-Sociaux de Côte-d’Or et de l’USD21 CGT. Une mobilisation d’ampleur, largement saluée par les syndicats et confirmée par les forces de l’ordre, chose assez rare pour être soulignée. Cette journée d’action s’inscrit dans un mouvement national de protestation face à ce que les syndicats dénoncent comme une attaque organisée contre les fondements du service public non lucratif.
500 manifestants : un chiffre révélateur du malaise
La participation massive n’est pas anodine. Elle traduit un ras-le-bol généralisé, selon les organisateurs : « Le nombre de participants est révélateur du malaise chez les professionnels du secteur », peut-on entendre dans les rangs syndicaux.
« Nous nous mobilisons pour dénoncer la dégradation du secteur »
Devant la préfecture de Dijon, Jennifer Prud’homme, déléguée syndicale CGT à l’Acodège, a livré une prise de parole forte, dénonçant frontalement la logique destructrice à l’œuvre dans le secteur médico-social : « Nous nous mobilisons aujourd’hui pour dénoncer la dégradation du secteur social et médico-social, notamment concernant nos salaires, nos conditions de travail et le manque de moyens pour répondre à la demande des populations accompagnées. »
Elle poursuit avec gravité : « La CGT dénonce depuis de nombreuses années l’arrivée d’une pensée lucrative dans nos secteurs, aidée par les politiques publiques qui attaquent sans aucune culpabilité le bien commun que sont la Santé et l’Action sociale. »

Une dénonciation virulente du projet de CCUE
Jennifer Prud’homme a aussi ciblé avec force le projet de Convention Collective Unique et Étendue (CCUE), proposé par Axess, l’organisation des employeurs du secteur : « Ce projet est inacceptable. Sous couvert d’harmonisation et d’attractivité, c’est en réalité un nivellement par le bas qui est à l’œuvre : individualisation des salaires, critères de performance opaques, remise en cause des qualifications… Tout est pensé pour fragiliser les droits collectifs, diviser les salariés et dévaloriser encore un peu plus nos métiers. »
La militante syndicale n’hésite pas à parler de « casse sociale » : « Ne soyons pas dupes. Il s’agit bien d’un projet régressif, d’une déréglementation et d’une remise en cause complète des droits en vigueur. Très loin de répondre à l’impératif de rendre notre secteur plus attractif ! »
Elle détaille ensuite les menaces concrètes : « AXESS souhaite porter la durée maximum quotidienne de travail à 12 heures, sans négociation préalable ni accord de la DREETS. AXESS souhaite un passage de la durée hebdomadaire de travail à 48 heures, dans la limite d’une moyenne de 46 heures sur 12 semaines consécutives, sans nécessité d’accord. AXESS souhaite un temps de repos quotidien abaissé à 9 heures. »
Pour Jennifer Prud’homme, il s’agit clairement d’une « régression sans précédent« , qui va engendrer « un mal-être au travail accru, une usure professionnelle précoce, portant atteinte à la santé physique et psychique des salarié·e·s. »
Pour une autre vision du secteur
La CGT avance en parallèle un contre-projet basé sur la justice sociale et la qualité des services : « Nous portons une mesure de bon sens : la réduction du temps de travail. C’est une réponse concrète à l’épuisement professionnel, mais aussi un levier d’attractivité et de qualité pour le secteur. »
« Nous exigeons un investissement massif dans le secteur social, médico-social et sanitaire non-lucratif. »
Elle conclut avec conviction : « Nous portons un projet de CCUE de haut niveau, fondé sur la reconnaissance des qualifications et de l’ancienneté, regroupant le meilleur des conventions collectives existantes. Et dans l’attente d’une telle convention, nous exigeons des augmentations de salaires significatives. Il est temps de redonner du sens à nos métiers et de construire un avenir digne pour les salariés comme pour les personnes accompagnées. »
Des revendications partagées par toutes les organisations syndicales
La CFDT, par la voix de Christine Pelletier, secrétaire générale pour le médico-social en Côte-d’Or, abonde dans le même sens : « Les besoins sanitaires, sociaux et médico-sociaux de la population sont croissants en France. Cela soulève des enjeux d’égalité et d’accès aux soins dans les territoires, d’accompagnement à l’autonomie des personnes âgées, des personnes en situation de handicap, des plus précaires et des plus fragiles. »

Elle souligne que le secteur reste sous-valorisé, avec des salaires inférieurs de près de 20 % à la moyenne nationale pour un niveau de qualification équivalent. « Un secteur à 80 % féminin », rappelle-t-elle, « parmi les plus touchés par les arrêts de travail, les mises en invalidité, et dont la pénibilité n’est toujours pas reconnue ».
La CFDT appelle à « désintensifier le travail », avec davantage de repos, pour lutter contre l’usure professionnelle.
Une mobilisation nationale construite sur l’unité syndicale
La manifestation fait suite à une réunion intersyndicale nationale le 26 février à Paris, qui a rassemblé : CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, SUD Santé Sociaux… Tous unis pour dénoncer une même chose :
- Des conditions de travail dégradées
- Des salaires gelés depuis des années
- Un désengagement de l’État sur le financement et les revalorisations promises
- Une prime Ségur encore non appliquée dans certains départements
Une marche ciblée, une interpellation politique
Le cortège dijonnais a quitté la rue de la Préfecture, avant de faire le tour de la Place de la République, rejoindre le Boulevard de la Trémouille, puis se diriger vers la rue Joseph Tissot pour terminer devant la Maison Départementale des Personnes Handicapées de la Côte-d’Or.
Objectif : interpeller François Sauvadet, président du Conseil départemental, que les syndicats accusent d’avoir été absent de la réunion matinale en préfecture, où une délégation syndicale a été reçue.
Dijon a donc envoyé un message clair : le secteur médico-social n’est plus prêt à subir en silence. Avec 500 personnes dans la rue, les professionnels exigent du respect, des moyens, et une reconnaissance à la hauteur de leurs missions essentielles. Et ils promettent : ce 1er avril ne sera pas un feu de paille.