Depuis maintenant plusieurs jours, des locataires de CDC Habitat à Talant n’ont plus de chauffage ni d’eau chaude. Face à cette situation d’urgence, la Ville de Talant a décidé d’ouvrir exceptionnellement le gymnase Bernard Santona, situé à proximité immédiate rue du Gimbsheim, afin d’y mettre en place un accueil de jour destiné aux habitants actuellement privés de chauffage et d’eau chaude. Dijon Actualités a rencontré sur place le maire de Talant, Fabian Ruinet, qui a accepté de répondre à nos questions.
Qu’est-ce qui vous a incité à déclencher ce plan d’urgence pour les locataires ?
Fabian Ruinet, maire de Talant : « Depuis trois jours, des locataires m’ont signalé des dysfonctionnements graves : absence ou insuffisance de chauffage, coupures d’électricité, parfois même des ascenseurs à l’arrêt, sans oublier l’absence d’eau chaude. La situation concerne quatre cages d’escalier, soit près d’une centaine de logements. Concrètement, cela signifie que, depuis plusieurs jours, des familles vivent avec un chauffage aléatoire, fonctionnant en mode dégradé, à puissance réduite, sans douche chaude. Les habitants ont été lourdement pénalisés. À un moment donné, il faut prendre ses responsabilités. La Ville de Talant ne pouvait pas rester passive face à une situation aussi intolérable. Si le bailleur n’est pas en capacité de trouver des solutions, à nous d’en trouver d’autres pour pallier ces manquements graves, dans une période aussi froide. »

Vous avez donc décidé d’ouvrir le gymnase pour permettre aux habitants de se doucher et de se réchauffer ?
Fabian Ruinet : « Oui, exactement. Nous avons logiquement ouvert le gymnase Bernard Santona qui est situé à moins de 150 mètres afin de leur offrir un lieu chauffé accessible jusqu’à 22 heures. L’idée est de permettre aux habitants de sortir, ne serait-ce que temporairement, de cette situation de grande précarité énergétique et sanitaire. Mais surtout, nous avons mis à disposition des douches. Pouvoir prendre une douche chaude, ce n’est pas un luxe, c’est un besoin élémentaire. Après trois jours sans solution durable de la part du bailleur, il n’était plus envisageable d’attendre davantage. Quand une crise s’installe, il faut agir concrètement et rapidement. Je crois que nous avons répondu présent aujourd’hui. »
Des locataires disent ne pas avoir eu de chauffage d’appoint. Est-ce normal selon vous ?
Fabian Ruinet : « Non évidemment. Mais ce n’est pas une nouveauté chez CDC. Cette situation s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, ce bailleur n’a ni élu référent ni réelle présence locale. L’essentiel des décisions est pris depuis Paris. Quand il n’y a pas d’élu, seulement des agents, et une direction éloignée, les réalités locales passent souvent au second plan. Le problème d’un immeuble rue des Rétisseys à Talant n’est pas nécessairement une priorité dans une organisation centralisée ayant son siège à 350kms…
Ensuite, il existe des difficultés récurrentes avec les prestataires choisis par le bailleur. Ce sont souvent les moins chers, avec un service aléatoire. Lorsqu’un prestataire ne remplit pas sa mission, c’est au bailleur de faire appliquer les pénalités contractuelles. Force est de constater que là encore, rien n’est fait en ce sens par les décisionnaires parisiens.
À un moment, on ne peut plus se réfugier derrière des arguments techniques. Installer des convecteurs électriques peut fonctionner techniquement, mais financièrement, c’est inacceptable pour les locataires. Ils continuent de payer leurs charges, et on leur demande en plus de brancher des appareils qui alourdissent leur facture d’électricité. Autrement dit, pendant plusieurs jours, ils paient deux fois. Ce n’est tout simplement pas acceptable. »
Souhaitez-vous que CDC Habitat indemnise les locataires ?
Fabian Ruinet : « Dès lors que les locataires paient des charges pour un service qui n’a pas été rendu, il est normal qu’une forme de compensation soit envisagée. C’est une question qui relève directement de la responsabilité du bailleur.
Je rappelle qu’en décembre dernier, nous avons déjà dû intervenir fermement. Des travaux d’isolation et de remplacement de menuiseries avaient été réalisés sans compteurs dédiés aux entreprises. Si nous n’étions pas intervenus, avec les locataires et la CLCV, l’électricité consommée par les prestataires aurait été intégralement facturée aux locataires. Certains ont reçu des régularisations de charges atteignant 1 800 euros. À Paris, personne ne s’était interrogé sur ces montants anormalement élevés.
Il a fallu bloquer la situation. Aujourd’hui, nous continuons à dialoguer avec le bailleur. Il faut être ferme, sans pour autant pratiquer la politique de la chaise vide. Mais les responsabilités doivent être assumées. Une personne privée d’eau chaude pendant trois jours, sans pouvoir se laver normalement, subit une gêne réelle et sérieuse. Il faut le dire clairement. »
Votre engagement envers les locataires a été constant tout au long de ce mandat, qu’est ce qui a motivé votre action ?
Fabian Ruinet : « Un maire est avant tout touché par l’humain. Lorsqu’il y a une difficulté, c’est vers le maire que les habitants se tournent légitimement, pas vers un siège social à plusieurs centaines de kilomètres. Ma mission, celle des services de la ville, c’est une mission au service des autres. C’est veiller à ce que toutes les situations sociales soient prises en compte sur le territoire communal. Je suis le maire de tous les Talantais. Quels que soient les quartiers, quelles que soient les opinions, je suis élu pour l’ensemble des habitants. Cette responsabilité-là, je l’assume pleinement. »
Sans la mobilisation rapide du maire de Talant et des services municipaux, en particulier du service Logement, la situation aurait pu s’enliser durablement. En ouvrant un lieu d’accueil chauffé et en permettant l’accès à des douches, la Ville a apporté une réponse immédiate à une urgence sanitaire et sociale, alors même que cette responsabilité incombe normalement au bailleur.
Cette intervention illustre le rôle central de la commune dans la gestion de crise et la protection des habitants. Elle met également en lumière, dans ce dossier précis, le manque de réactivité de CDC Habitat, apparu en retrait face aux difficultés rencontrées par ses locataires. Un épisode qui interroge sur la capacité du bailleur à assurer une présence effective et opérationnelle sur le terrain, laissant la collectivité assumer, une fois encore, la défense des conditions de vie des habitants.










