Vendredi soir, la salle des fêtes de Messigny-et-Vantoux affichait complet. Plus de 200 personnes avaient répondu à l’invitation d’Océane Godard, députée de la première circonscription de Côte-d’Or, venue présenter ses vœux 2026 dans un format résolument singulier, mêlant musique, poésie et prises de position politiques.
L’entrée en matière donne le ton. Sous les notes de Notre France à nous, chanson interprétée par Vincent Doumeizel, chanteur et guitariste du groupe ArCy et conseiller Océans à l’ONU, la députée ouvre une soirée qu’elle a souhaitée différente. « Poélitiques » : le mot, forgé pour l’occasion, résume l’intention. Il s’agit, explique-t-elle, d’un « acte de résistance » face à la polarisation du débat public et à une radicalité qui entrave, selon elle, le développement de la pensée et la concorde démocratique.
Dans une atmosphère attentive, l’élue ancre d’abord son propos dans le territoire. Elle rend hommage à Messigny-et-Vantoux et à ses habitants, saluant l’accueil de la commune et l’engagement de sa maire, Françoise Gay. L’émotion gagne la salle lorsqu’elle évoque la figure de Georges Balliot, résistant, dont le témoignage a profondément marqué élèves et enseignants lors des commémorations ou encore lors de la remise de la médaille de l’Assemblée nationale en février 2025. Pour Océane Godard, cette transmission n’est pas un simple rituel mémoriel : elle constitue un bien commun précieux, indispensable à la préservation de la paix et à la lutte contre les dérives nationalistes.
La députée élargit ensuite son propos à l’engagement local. Elle salue plusieurs maires de la circonscription ayant récemment choisi de mettre fin à leurs mandats, après parfois plusieurs décennies de service public. Elle cite notamment Patrick Chapuis, à Fontaine-lès-Dijon, et Gérard Hermann, à Corcelles-les-Monts, soulignant leur rôle dans l’amélioration du cadre de vie et la cohésion de leurs communes. Un hommage appuyé à des élus de terrain, dans un contexte où les vocations municipales se font plus rares.

Le cœur du discours prend ensuite une tournure résolument politique. Dans un contexte national qu’elle qualifie d’inédit depuis 1958, Océane Godard revient sur les négociations budgétaires en cours. Elle insiste sur un point : le budget adopté n’est pas, selon elle, « celui des socialistes », mais le fruit de discussions difficiles avec le gouvernement. Une démarche qu’elle présente comme un « acte de maturité démocratique », visant non à préserver un exécutif, mais à garantir la gouvernabilité du pays.
Concrètement, la députée détaille plusieurs avancées obtenues à l’issue de ces négociations. Les efforts fiscaux ne pèseraient pas sur les ménages, mais sur les 400 plus grandes entreprises françaises. Les très petites entreprises et les PME des territoires seraient, quant à elles, largement préservées. Elle met également en avant la fin de « l’année blanche » initialement envisagée par le gouvernement : retraites, RSA, aides au logement, bourses étudiantes, allocations familiales, minima sociaux et prime d’activité devraient être revalorisés en 2026. Les étudiants, ajoute-t-elle, pourront de nouveau bénéficier de repas à un euro dans les restaurants universitaires.
Des mesures qu’elle reconnaît comme encore insuffisantes, mais qu’elle présente néanmoins comme la preuve tangible que le travail parlementaire conserve son utilité. « La démocratie parlementaire n’est pas inutile », martèle-t-elle, face à un public attentif.
La députée convoque ensuite les résultats d’une enquête du think tank Destin commun, selon laquelle huit Français sur dix se disent fiers d’être français. Un chiffre qu’elle met en regard d’un paradoxe : lorsque les citoyens sont interrogés sur la politique et l’actualité, le regard porté sur la société apparaît plus conflictuel. Mais lorsque ces éléments sont neutralisés, émerge une France faite de convivialité, de solidarité et de positivité. « Le conflit n’est pas le climat », insiste-t-elle, appelant à un discernement collectif.
La conclusion du discours se fait plus intime. Sur une musique du pianiste Sofiane Pamart, Océane Godard évoque son grand-père récemment disparu, cuisinier de métier, connu pour ses « puits d’amour ». Un souvenir personnel livré avec pudeur, comme un écho au paradoxe français qu’elle a évoqué tout au long de la soirée : une difficulté à dire l’amour, mais une capacité intacte à le donner.
La soirée s’achève dans une ambiance chaleureuse et conviviale. Les échanges se poursuivent autour de musique, de dégustations d’algues et des plats généreux préparés par l’association KER. Une conclusion à l’image de ces vœux « poélitiques » : engagée, sensible et tournée vers le lien social.







