Réuni ce lundi 13 avril 2026, salle de Flore, le conseil municipal de Dijon a été le théâtre d’un débat animé autour de la Cité internationale de la gastronomie et du vin. Déjà sensible depuis plusieurs mois, le sujet a été ravivé par une actualité récente qui fragilise encore l’image du site. Ce qui devait être une simple délibération technique sur les tarifs s’est ainsi transformé en affrontement politique, révélateur de profondes divergences sur l’avenir de cet équipement emblématique.
Trois jours auparavant, le vendredi 10 avril, le tribunal de commerce de Dijon avait prononcé la liquidation judiciaire de trois établissements majeurs du site : la Cave de la Cité, la Table des Climats et le Comptoir de la Cité. Ces structures, exploitées par le groupe Épicure Investissement, étaient placées en redressement judiciaire depuis avril 2025. Malgré plusieurs mois de tentative de redressement, la décision de justice a acté leur fermeture immédiate. Si cette issue n’a pas surpris, elle a néanmoins constitué un choc, venant alimenter les critiques sur la viabilité économique du projet et ravivant les interrogations sur son modèle global.
C’est dans ce contexte que le rapport n°15, consacré à l’évolution des tarifs du pôle culturel, a été examiné. En introduction, la maire de Dijon, Nathalie Koenders, a donné la parole à son adjoint aux finances, François Deseille. Celui-ci a rappelé le cadre administratif dans lequel s’inscrit cette délibération : le pôle culturel étant géré en régie municipale, toute modification tarifaire doit obligatoirement être soumise au vote du conseil municipal. Une contrainte réglementaire qu’il présente aussi comme une garantie de transparence.
Dans son intervention, l’adjoint a tenu à mettre en avant la dynamique culturelle du site depuis son ouverture en mai 2022. Il a rappelé les différentes expositions qui s’y sont succédé, évoquant leur succès et leur capacité à attirer des publics variés. Il a également annoncé la prochaine exposition, « Révolution dans l’assiette », prévue à partir du 9 juin. Il a enfin insisté sur une évolution importante : depuis le 1er juillet 2025, les expositions permanentes sont gratuites, une décision qui modifie l’équilibre économique du pôle culturel et justifie, selon lui, les ajustements tarifaires présentés dans le rapport.
Mais très rapidement, le débat a pris une tournure plus politique. Prenant la parole, Axel Sibert a vivement critiqué la gestion globale de la Cité. Il a dénoncé l’absence de vision stratégique, regrettant que le conseil municipal ne soit pas saisi d’un bilan d’ensemble ou d’une feuille de route claire. Pour lui, la multiplication des rapports techniques sur les tarifs – seize modifications en quatre ans – illustre une gestion improvisée et une forme de « bricolage » permanent.
L’élu a également mis en cause le coût du projet pour les finances publiques, évoquant un effort annuel de près de 3 millions d’euros pour le pôle culturel et un investissement global de 40 millions d’euros. Il a comparé cette dépense à d’autres priorités municipales, estimant qu’elle pourrait correspondre, par exemple, au financement de dizaines de postes de policiers municipaux. Au-delà des chiffres, il a insisté sur l’effondrement progressif de la partie privée du site, citant les fermetures récentes mais aussi les difficultés rencontrées par d’autres acteurs économiques.
Surtout, Axel Sibert a dénoncé un manque de transparence de la part de la municipalité. Selon lui, les élus ne disposent pas des éléments nécessaires pour évaluer l’efficacité des décisions prises, notamment la gratuité des expositions permanentes. Il a regretté l’absence d’études d’impact, de données consolidées sur la fréquentation ou encore d’indicateurs permettant de mesurer le retour sur investissement pour la collectivité. Il a finalement appelé à la présentation d’un rapport détaillé et chiffré, afin d’engager un véritable débat sur l’avenir de la Cité.
Face à ces critiques, la maire Nathalie Koenders a réagi en défendant fermement l’action municipale. Elle a d’abord souligné que les oppositions avaient, selon elle, contribué à fragiliser le projet par des critiques répétées et des recours juridiques. Elle a également évoqué la diffusion de « fausses informations » pendant la campagne municipale, notamment sur les coûts, estimant que certains chiffres avaient été exagérés ou mal interprétés.
Soucieuse de clarifier la situation, la maire a toutefois annoncé l’organisation prochaine d’une réunion d’information destinée à l’ensemble des élus du conseil municipal. Cette rencontre doit permettre de revenir sur la genèse du projet, d’en expliquer les mécanismes et de présenter des données précises. Elle a insisté sur la nécessité de sortir du contexte de campagne électorale pour revenir à un débat fondé sur des éléments factuels.
Sur la question financière, Nathalie Koenders a cherché à relativiser le coût de la Cité, en le comparant à celui d’autres équipements culturels de la ville. Elle a ainsi indiqué que la Cité représentait environ 19 euros par habitant et par an, contre 22 euros pour le musée des Beaux-Arts. Un argument destiné à replacer la dépense dans une perspective plus large et à défendre la légitimité de l’investissement public dans la culture.
Dans un registre plus modéré, Thierry Coudert a exprimé les réserves de son groupe sans reprendre la virulence des critiques précédentes. Il a rappelé que certains élus n’avaient pas participé aux décisions initiales concernant la Cité et qu’ils abordaient donc ce dossier avec un regard plus distant. Il a néanmoins souligné les inquiétudes liées à la situation de la partie commerciale, qu’il juge préoccupante au regard des événements récents.
Estimant que le débat ne pouvait se limiter à une question tarifaire, il a plaidé pour une réflexion plus globale sur les perspectives du site. Son groupe a finalement choisi de s’abstenir sur le rapport, marquant ainsi une position d’attente, dans l’espoir d’obtenir des informations plus complètes lors des prochaines discussions.
En réponse aux critiques, François Deseille est revenu à la charge pour défendre le bilan du pôle culturel, en s’appuyant sur des données de fréquentation. Il a mis en avant une progression significative du nombre de visiteurs depuis la mise en place de la gratuité, évoquant des hausses de plus de 40 % sur certains mois. Sur l’année, le pôle culturel aurait accueilli plus de 180 000 visiteurs, un chiffre porté à plus de 200 000 en incluant d’autres espaces du site.
Selon lui, ces résultats font de la Cité le troisième site culturel de Côte-d’Or, ce qu’il considère comme une réussite notable pour un équipement encore récent. Il a également souligné le succès d’événements ponctuels, comme le festival « Bon », qui a attiré plusieurs milliers de visiteurs en quelques jours, témoignant selon lui de l’attractivité du lieu.
Mais au fil de son intervention, le ton s’est durci. L’adjoint a accusé une partie de l’opposition de nuire à l’image de la ville en multipliant les critiques, qu’il juge infondées ou exagérées. Il a appelé à une attitude plus constructive, insistant sur la nécessité de soutenir un projet qui, au-delà des débats politiques, concerne l’attractivité de Dijon et l’emploi local.
Ce débat, initialement technique, met en lumière une réalité plus profonde : la Cité internationale de la gastronomie et du vin reste un projet structurant mais fragile, au croisement d’enjeux culturels, économiques et politiques. Entre une majorité qui met en avant la fréquentation et la dynamique culturelle, et une opposition qui alerte sur les fragilités économiques et le coût pour la collectivité, le consensus apparaît encore lointain.
La réunion d’information annoncée dans les prochaines semaines pourrait constituer un moment clé pour apaiser les tensions et clarifier les données. Mais une chose est certaine : près de quatre ans après son ouverture, la Cité continue de susciter autant d’attentes que de controverses.
