L’annonce a provoqué une vive réaction dans le monde étudiant en Bourgogne. Le lundi 20 avril, Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a présenté son plan intitulé « Choose France for Higher Education ». Officiellement, cette réforme vise à renforcer l’attractivité internationale des universités françaises. Mais pour la Fédération étudiante de Bourgogne inter-associative (FEBIA), il s’agit avant tout d’une mesure profondément injuste, qui risque d’exclure de nombreux étudiants étrangers.
Dans un communiqué publié le 22 avril, l’organisation étudiante dénonce une réforme « dangereuse, discriminante et incohérente ». En cause : une augmentation très importante des frais d’inscription pour les étudiants extracommunautaires, qui pourrait bouleverser l’accès à l’enseignement supérieur.
Une hausse massive des frais pour les étudiants étrangers
Le cœur du problème réside dans l’augmentation des droits universitaires. Le plan prévoit de fixer les frais à 2 895 euros par an en licence et 3 941 euros en master pour les étudiants non européens. Une hausse considérable, qui représente dans certains cas un coût multiplié par seize.
Cette décision est d’autant plus critiquée qu’elle semble contradictoire avec l’objectif affiché par le gouvernement : accueillir jusqu’à 500 000 étudiants étrangers en France. Pour la FEBIA, il est difficile de vouloir attirer davantage d’étudiants tout en rendant les études beaucoup plus chères.
En Bourgogne, plus de 2 500 étudiants pourraient être directement concernés par cette mesure.
Un changement qui remet en cause les pratiques locales
Jusqu’à présent, Université Bourgogne Europe avait fait un choix différent. Malgré un manque de moyens financiers, l’université avait décidé de ne pas appliquer ces frais différenciés introduits en 2019 avec le plan « Bienvenue en France ».
Cette décision permettait de préserver un certain équilibre et d’éviter de pénaliser les étudiants étrangers. Mais la nouvelle réforme pourrait mettre fin à cette politique.
En effet, le gouvernement souhaite supprimer les exonérations collectives, qui permettaient aux universités de ne pas appliquer ces hausses de manière générale. À la place, un système d’exonérations individuelles serait mis en place, obligeant chaque étudiant à faire une demande spécifique.
Pour la FEBIA, ce système est irréaliste : il demanderait des moyens administratifs importants que l’université ne possède pas.
Des étudiants déjà en grande difficulté financière
Au-delà des débats politiques, ce sont surtout les conséquences concrètes qui inquiètent. Beaucoup d’étudiants extracommunautaires vivent déjà dans une situation précaire. Ils n’ont généralement pas accès aux bourses étudiantes françaises et doivent assumer seuls leurs dépenses.
En Bourgogne, ils représentent une grande partie des bénéficiaires de l’épicerie solidaire étudiante, appelée AGORAé. Dans ces conditions, ajouter plusieurs milliers d’euros de frais d’inscription rendrait les études tout simplement impossibles pour certains.
La situation est encore aggravée par d’autres mesures récentes, comme la réduction de certaines aides au logement (APL) ou l’augmentation des frais de visa. Pour la FEBIA, ces décisions s’accumulent et fragilisent encore davantage ces étudiants.
Un enjeu d’égalité et d’accès aux études
Pour les organisations étudiantes, cette réforme pose une question fondamentale : celle de l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur. En augmentant les frais uniquement pour les étudiants étrangers, le gouvernement introduirait une forme de sélection basée sur les moyens financiers.
La FEBIA rappelle que ces étudiants jouent un rôle essentiel dans les universités. Ils participent à la diversité culturelle, à la recherche scientifique et à la dynamique économique du pays. « Ce sont des étudiants comme les autres », insiste l’organisation.
Vers une mobilisation étudiante
Face à cette situation, la FEBIA appelle au retrait du projet et demande la mise en place de mesures d’accompagnement pour les étudiants étrangers. Elle estime qu’il est urgent d’agir pour éviter une exclusion massive.
Sans réponse rapide du gouvernement, des mobilisations étudiantes pourraient être organisées dans les prochaines semaines. L’objectif serait de défendre un accès plus juste et plus égalitaire à l’enseignement supérieur.
Dans un contexte déjà tendu pour les universités, cette réforme pourrait bien devenir un sujet majeur de contestation. Elle pose une question essentielle : quelle place la France souhaite-t-elle accorder aux étudiants étrangers dans son système universitaire ?
