Dans un contexte marqué par l’intensification des crises climatiques, la raréfaction des ressources et les exigences croissantes en matière de décarbonation, la transition écologique s’impose désormais comme un enjeu structurant pour l’ensemble des territoires. En Bourgogne-Franche-Comté, cette transformation profonde des modèles économiques, énergétiques et sociaux s’incarne de manière concrète à travers l’action de l’Agence de la transition écologique (ADEME). À la fois financeur, expert, animateur et facilitateur, l’établissement public joue un rôle de plus en plus central dans la mise en œuvre des politiques environnementales.
À travers son bilan 2025 et les perspectives qu’elle dessine pour 2026, l’ADEME ne se contente pas de présenter des résultats : elle esquisse une véritable stratégie territoriale, fondée sur l’accélération, la massification et la coordination des initiatives. Ce changement d’échelle marque une étape décisive : la transition écologique n’est plus seulement un horizon, mais une réalité en construction, pilotée et structurée à l’échelle régionale.
2025 : une année charnière dans l’accélération de la transition
L’année 2025 apparaît comme un moment de bascule dans la dynamique régionale. Les chiffres témoignent d’une montée en puissance sans précédent : 83 millions d’euros d’aides engagées, 541 projets accompagnés et 345 millions d’euros d’investissements générés sur le territoire.
Mais au-delà de leur dimension quantitative, ces résultats traduisent une transformation qualitative. Ils révèlent que la transition écologique a franchi un cap : elle n’est plus cantonnée à des projets pilotes ou à des initiatives isolées, mais s’inscrit désormais dans une logique systémique, touchant l’ensemble des secteurs d’activité. Industrie, énergie, mobilité, gestion des déchets, alimentation… aucun domaine n’échappe à cette mutation.
Les entreprises, qui représentent 63 % des projets soutenus, incarnent particulièrement cette évolution. Elles ne sont plus seulement dans une logique de conformité réglementaire, mais s’engagent dans des stratégies proactives, intégrant la transition écologique comme un levier de compétitivité, d’innovation et de différenciation.
Dans le même temps, les collectivités territoriales jouent un rôle déterminant. En concentrant plus de la moitié des montants d’aides, elles apparaissent comme des acteurs structurants, capables de porter des projets d’envergure et de transformer durablement les territoires. Cette articulation entre acteurs publics et privés constitue l’un des fondements de la réussite des politiques portées par l’ADEME.
Une stratégie territoriale au plus près des réalités locales
L’efficacité de l’action de l’ADEME repose en grande partie sur son ancrage territorial. Contrairement à une approche descendante et uniforme, l’agence privilégie une logique d’adaptation aux spécificités locales. Chaque territoire, chaque entreprise, chaque collectivité possède ses propres contraintes, ses ressources et ses opportunités. C’est en prenant en compte cette diversité que l’ADEME parvient à proposer des solutions pertinentes et opérationnelles.
Cette proximité se traduit par un accompagnement sur mesure, allant du diagnostic initial jusqu’à la mise en œuvre concrète des projets. Les équipes régionales jouent ici un rôle clé : elles assurent un suivi de proximité, facilitent l’accès aux financements et mobilisent des expertises adaptées aux besoins des porteurs de projets.
Par ailleurs, cette stratégie territoriale s’inscrit dans un cadre plus large, celui de la COP régionale, dont l’ADEME pilote plusieurs actions. Cette implication permet de faire le lien entre les objectifs nationaux et leur déclinaison locale, en traduisant les grandes orientations politiques en projets concrets et mesurables.
La chaleur renouvelable, symbole d’une transition énergétique en profondeur
Parmi les priorités de l’année 2025, la chaleur renouvelable s’impose comme un levier majeur. Avec plus de 50 millions d’euros d’aides mobilisées, elle représente le principal poste d’investissement de l’ADEME en région.
Ce choix stratégique repose sur un constat simple : la production de chaleur constitue l’un des principaux postes de consommation énergétique, notamment dans les secteurs du bâtiment et de l’industrie. En agissant sur ce levier, il est possible de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre.
Les solutions mises en œuvre – biomasse, géothermie, récupération d’énergie – permettent non seulement de décarboner les usages, mais aussi de renforcer la résilience énergétique des territoires. Elles contribuent à réduire la dépendance aux énergies fossiles importées, tout en valorisant les ressources locales.
Le projet de Montbéliard illustre parfaitement cette logique. En combinant extension du réseau, amélioration de la récupération d’énergie et construction d’une chaufferie biomasse, il permet de porter la part d’énergies renouvelables à 97 % d’ici 2030.
Au-delà de ses bénéfices environnementaux, ce type de projet génère des retombées économiques locales significatives, notamment en soutenant les filières bois et en créant de l’emploi non délocalisable.
L’économie circulaire : vers un changement de paradigme
L’économie circulaire constitue un autre pilier essentiel de la stratégie de l’ADEME. Elle répond à un enjeu fondamental : réduire la consommation de ressources naturelles et limiter la production de déchets.
L’exemple de l’entreprise Losanje est particulièrement emblématique. En industrialisant l’upcycling textile, elle transforme des produits destinés à être jetés en nouvelles ressources, créant ainsi de la valeur tout en réduisant son impact environnemental.
Mais l’enjeu dépasse largement ces projets innovants. Il s’agit désormais de généraliser ces pratiques à l’ensemble du tissu économique. Cela implique une transformation en profondeur des modèles de production et de consommation, fondée sur la sobriété, la réutilisation et la coopération.
Des démarches comme l’écoconception ou l’économie de la fonctionnalité permettent ainsi de repenser la manière dont les produits sont conçus, utilisés et recyclés. Elles ouvrent la voie à une économie plus durable, mais aussi plus résiliente.
Les collectivités, catalyseurs de la transition au quotidien
Au cœur de cette transformation, les collectivités territoriales jouent un rôle essentiel. Elles sont à la fois des acteurs opérationnels, capables de mettre en œuvre des projets concrets, et des relais auprès des citoyens.
La mise en place de la tarification incitative dans le Brionnais Sud Bourgogne en est une illustration. En modifiant les comportements des usagers, ce dispositif permet de réduire significativement les volumes de déchets, tout en optimisant les coûts du service.
Mais au-delà de cet exemple, c’est l’ensemble des politiques publiques locales qui évolue. Mobilité, urbanisme, énergie, alimentation… la transition écologique devient un fil conducteur, intégré dans toutes les décisions.
Le programme Territoires Engagés Transition Écologique illustre cette dynamique. En couvrant désormais 60 % de la population régionale, il témoigne d’une adhésion croissante des collectivités à ces enjeux.
Former, fédérer, accompagner : l’autre mission de l’ADEME
Si les financements sont essentiels, ils ne suffisent pas. La réussite de la transition écologique repose également sur la capacité à mobiliser, à former et à fédérer les acteurs.
Le réseau “Élus pour Agir” s’inscrit dans cette logique. En favorisant les échanges entre élus, en diffusant les bonnes pratiques et en proposant des outils concrets, il contribue à renforcer les compétences et à accélérer la mise en œuvre des projets.
De même, les réseaux thématiques comme le RT2E ou TERADI jouent un rôle clé dans la structuration des filières et la diffusion des innovations.
Cette dimension collective est fondamentale. Elle permet de dépasser les logiques individuelles et de construire une dynamique territoriale cohérente et durable.
2026 : vers une montée en puissance des dispositifs
Fort des résultats obtenus, l’ADEME aborde l’année 2026 avec des ambitions renforcées. L’objectif est clair : accélérer encore le rythme de la transition et toucher un public plus large.
Le lancement du programme “Mon Parcours Économies d’Énergie” en est une illustration concrète. En proposant un accompagnement personnalisé aux TPE et PME, il vise à lever les freins à l’action et à démocratiser l’accès à la transition énergétique.
Parallèlement, l’agence entend renforcer son action auprès des collectivités, en tenant compte des nouvelles équipes municipales et de leurs priorités.
Une région vitrine de la transition écologique
La Bourgogne-Franche-Comté s’affirme progressivement comme un territoire pilote en matière de transition écologique. L’organisation en 2026 de plusieurs événements d’envergure nationale et européenne en est la preuve.
Ces rendez-vous, qui réuniront experts, élus, entreprises et citoyens, permettront de valoriser les initiatives locales et de renforcer les échanges entre acteurs.
Ils contribueront également à inscrire la région dans les grandes dynamiques nationales et internationales.
Un changement d’échelle désormais incontournable
Au final, le constat est clair : la transition écologique est entrée dans une nouvelle phase. Après le temps de l’expérimentation vient celui de la généralisation et de la transformation systémique. En Bourgogne-Franche-Comté, l’ADEME apparaît comme un acteur clé de cette mutation. En mobilisant financements, expertise et réseaux, elle contribue à structurer une dynamique collective, capable de répondre aux défis climatiques.
Mais le chemin reste long. La réussite de cette transition dépendra de la capacité à maintenir cet élan, à mobiliser l’ensemble des acteurs et à transformer durablement les modèles économiques et territoriaux. Une ambition à la hauteur des enjeux – et qui, aujourd’hui, semble pleinement engagée.
