À Dijon, au siège du rectorat, la présentation de la carte scolaire pour la rentrée 2026 s’est tenue ce jeudi 23 avril dans un climat mêlant contraintes démographiques, tensions politiques et volonté affichée de maintenir la qualité de l’enseignement. Derrière les chiffres, c’est toute une stratégie d’adaptation du service public d’éducation qui se dessine.
Une baisse démographique structurelle qui rebat les cartes
Le contexte national pèse lourdement sur les décisions locales. Avec près de 150.000 élèves en moins dans le premier degré en France, dont 2.769 en Bourgogne et 957 en Côte-d’Or, l’Éducation nationale doit réorganiser ses moyens. Cette tendance n’est pas nouvelle, mais elle s’intensifie : en dix ans, le pays a perdu environ un million d’écoliers.
Dans le département, la baisse est régulière et marquée : près de 1.000 élèves disparaissent des effectifs chaque année. Une évolution qui oblige l’administration à ajuster le nombre de classes et de postes, tout en tentant de préserver les équilibres territoriaux.
Une concertation sous tension après les municipales
La mise en place de cette carte scolaire n’a pas été un long fleuve tranquille. Le nouveau directeur académique, Jérôme Jardry, en poste depuis début mars, a reconnu que le dialogue avec les élus avait été perturbé par le calendrier électoral.
Certains maires ont dénoncé un manque de concertation, estimant avoir été placés devant des décisions déjà actées. Les syndicats, eux, ont manifesté leur opposition en boycottant une première réunion du Conseil départemental de l’Éducation nationale (CDEN) en janvier, signe d’un climat social tendu autour de ces annonces. Malgré ces difficultés, les discussions ont repris et permis d’aboutir à une version ajustée du projet initial.
Moins de fermetures que prévu, mais un solde négatif
Initialement, le rectorat envisageait 71 fermetures de classes pour seulement 23 ouvertures. Après concertation, le projet final affiche un léger infléchissement :
- 24 ouvertures de classes
- 62 fermetures
Le solde reste néanmoins négatif, avec un retrait équivalent à 33 postes d’enseignants en Côte-d’Or.
Pour autant, l’administration insiste sur un point : aucune école ne fermera totalement à la rentrée 2026, une décision visant à limiter l’impact sur les territoires, notamment ruraux.
Des effectifs encadrés pour préserver la qualité
Malgré les suppressions de postes, le rectorat met en avant une amélioration du taux d’encadrement. Selon Jérôme Jardry, la baisse du nombre d’élèves compense largement celle des enseignants.
Les objectifs annoncés pour la rentrée sont clairs :
- Une moyenne de 21 élèves par classe
- Un maximum de 24 élèves en CP et CE1
- Des classes limitées à 15 élèves en éducation prioritaire (REP)
Certains établissements initialement menacés ont finalement été épargnés, à l’image de l’école Jean-Baptiste Lallemand à Dijon, preuve que les arbitrages ont évolué jusqu’au dernier moment.
Une stratégie nationale axée sur l’égalité des chances
Le ministère de l’Éducation nationale défend de son côté une politique volontariste, avec une augmentation budgétaire de 200 millions d’euros et la création de près de 5.900 postes à l’échelle nationale.
Les priorités restent inchangées :
- Dédoublement des classes en éducation prioritaire
- Plafonnement des effectifs en début de scolarité
- Réduction des inégalités territoriales
Dans le département, ces orientations se traduisent concrètement par :
- La création de deux nouvelles unités ULIS pour renforcer l’école inclusive
- Le développement de la scolarisation des moins de trois ans, notamment dans les quartiers prioritaires
- Le maintien d’un vivier suffisant d’enseignants remplaçants, enjeu crucial pour la continuité du service public
Des territoires inégalement impactés
Dans le détail, la carte scolaire révèle une géographie contrastée. Certaines communes, comme Beaune, Dijon ou Montbard, bénéficient d’ouvertures ou de pérennisations de classes. D’autres, parfois rurales ou périurbaines, subissent des fermetures.
Ces décisions illustrent un équilibre délicat entre adaptation démographique et maintien d’un maillage éducatif de proximité. La question de la ruralité reste centrale, l’État affirmant vouloir éviter une désertification scolaire.
Une feuille de route encore évolutive
Si la carte scolaire est désormais arrêtée dans ses grandes lignes, elle n’est pas totalement figée. Une nouvelle réunion du Conseil social d’administration départemental, prévue le 19 juin, pourrait encore entraîner des ajustements marginaux.
D’ici là, l’objectif affiché par le rectorat est clair : préparer au mieux la rentrée 2026 et garantir des conditions d’apprentissage satisfaisantes pour tous les élèves.
Un nouveau pilote pour un système en mutation
Arrivé récemment, Jérôme Jardry incarne cette phase de transition. À 50 ans, ce haut fonctionnaire au parcours diversifié – passé par Paris, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et la politique de la ville en Île-de-France – devra composer avec des contraintes multiples.
Sous l’autorité de la rectrice Mathilde Gollety, il est chargé de décliner la politique éducative sur le territoire, avec un cap affiché : concilier rationalisation des moyens et exigence d’une école « juste, inclusive et exigeante ».
