À Dijon, la citoyenneté se célèbre avec gravité et espoir. Ce mercredi 29 avril 2026, dans l’écrin prestigieux de la Salle des États du Palais des Ducs et des États de Bourgogne, la maire Nathalie Koenders a présidé la cérémonie de remise des diplômes de la citoyenneté. Un moment à la fois républicain et profondément humain, destiné aux jeunes Dijonnaises et Dijonnais ayant atteint leur majorité au cours de l’année écoulée.
Plusieurs adjoints étaient également présents, parmi lesquels Antoine Hoareau, premier adjoint à la maire de Dijon, ainsi que Karine Huon-Savina, Hamid El Hassouni, Nuray Akpinar-Istiquam, Stéphane Chevalier, Dominique Martin-Gendre et Jordane Gallois, pour ne citer qu’eux.
Derrière le protocole, c’est une véritable entrée dans la vie démocratique que la Ville a souhaité marquer. À 18 ans, âge des possibles et des choix, ces jeunes deviennent pleinement acteurs de la société. Dans une salle chargée d’histoire, symbole du pouvoir municipal, ils ont été invités à mesurer la portée de ce passage.
« 18 ans : l’âge des possibles, mais aussi des responsabilités »
Dans un discours dense, mêlant réflexion politique et tonalité personnelle, Nathalie Koenders a d’abord salué cette étape déterminante : « Vous avez célébré un anniversaire à part », a-t-elle lancé, évoquant ce moment où l’on commence à « façonner son avenir » et à s’interroger sur son identité.
Prenant une distance inhabituelle pour un discours officiel, la maire a également parlé en tant que mère. Elle a décrit cet âge comme « vertigineux », aussi bien pour les jeunes que pour leurs parents. Derrière l’humour — une allusion aux angoisses liées à Parcoursup — transparaît une réalité partagée : celle d’un basculement vers l’autonomie, avec son lot d’espoirs mais aussi d’incertitudes.
Cette double lecture, intime et institutionnelle, donne à la cérémonie une dimension particulière : elle ne se limite pas à un rite administratif, mais devient un moment de transmission entre générations.
Le droit de vote, cœur battant de la démocratie
Au centre de son intervention, Nathalie Koenders a insisté sur un droit fondamental désormais acquis par ces jeunes : celui de voter. « Faire entendre votre voix » n’est pas seulement une possibilité, mais une responsabilité, a-t-elle souligné.
Certaines et certains ont déjà pu participer à leur premier scrutin, lors des récentes élections municipales. Pour les autres, l’attente sera de courte durée : les échéances à venir offriront bientôt cette opportunité. Mais au-delà du calendrier électoral, la maire a tenu à rappeler la portée symbolique de ce geste, trop souvent banalisé.
Car si voter peut sembler aujourd’hui simple, il n’en a pas toujours été ainsi.
Le 29 avril 1945 : une date fondatrice
Le choix du 29 avril pour organiser cette cérémonie n’a rien d’anodin. Il renvoie à un tournant majeur de l’histoire démocratique française : le premier vote des femmes en 1945. Près d’un siècle après l’instauration du suffrage universel masculin, les femmes françaises accédaient enfin au droit de participer pleinement à la vie politique.
En rappelant cette date, Nathalie Koenders a inscrit la cérémonie dans une continuité historique. Elle a rendu hommage à toutes celles et ceux qui ont lutté pour l’égalité des droits, soulignant que ces conquêtes ne vont jamais de soi. « Le vote est le fruit d’un long combat », a-t-elle affirmé, appelant à ne jamais considérer ce droit comme acquis ou immuable.

Une démocratie sous tension
Dans un passage plus grave, la maire a élargi son propos à l’échelle internationale. Elle a évoqué les menaces qui pèsent aujourd’hui sur certains processus démocratiques, y compris dans des pays historiquement considérés comme des modèles.
Sans détour, elle a mis en garde contre les tentatives de restriction du droit de vote, rappelant que des millions de citoyens pourraient être exclus de certains scrutins sous couvert de lutte contre la fraude. Elle a également évoqué les pays où ce droit, bien que théoriquement reconnu, reste entravé dans la pratique.
Ce regard lucide sur l’état du monde vise à rappeler une évidence : la démocratie est fragile. Elle nécessite une vigilance constante et une participation active.
L’abstention, défi majeur de la vie démocratique
À Dijon comme ailleurs, cette fragilité se manifeste aussi par une montée préoccupante de l’abstention. Lors des dernières élections municipales, seul un électeur sur deux s’est déplacé.
Un chiffre qui interroge, d’autant plus que l’échelon municipal reste celui auquel les citoyens accordent le plus de confiance. Pour Nathalie Koenders, cette désaffection constitue un défi majeur pour les institutions.
Elle appelle les responsables politiques à faire preuve d’exemplarité et à maintenir un débat « honnête et constructif ». Restaurer la confiance entre citoyens et élus apparaît comme une condition essentielle pour redynamiser la participation démocratique.
Une jeunesse en quête de sens
La maire n’a pas éludé la question du rapport des jeunes à la politique. Elle reconnaît une forme de distance, parfois nourrie par la lassitude ou le sentiment de ne pas être entendu.
Mais loin de s’en résigner, elle a voulu adresser un message d’encouragement. « Votre participation compte », a-t-elle insisté, rappelant que les grandes préoccupations contemporaines — climat, justice sociale, logement, pouvoir d’achat — concernent directement les jeunes générations.
Elle affirme porter une attention particulière à ces enjeux, convaincue que l’avenir de la collectivité dépend de leur implication.
S’engager autrement : la citoyenneté au quotidien
Au-delà du vote, Nathalie Koenders a insisté sur les multiples formes que peut prendre l’engagement citoyen. La participation à la vie démocratique ne se limite pas aux urnes : elle peut s’exprimer dans les débats locaux, les initiatives collectives, ou encore les dispositifs participatifs.
À Dijon, plusieurs outils sont mis à disposition des habitants : Conseil participatif des jeunes, Ateliers de quartiers, Agoras jeunes. Autant d’espaces où chacun peut s’exprimer, proposer et contribuer aux décisions locales.
La ville entend d’ailleurs renforcer cette dynamique en accueillant, en novembre prochain, les Rencontres européennes de la participation. Un événement qui placera Dijon au cœur des réflexions sur l’avenir de la démocratie participative.
« La démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas »
En conclusion, la maire a livré un message simple mais puissant. Citant une formule bien connue, elle a invité les jeunes à faire un usage actif de leurs droits. « Chaque scrutin est un rendez-vous auquel la République nous attend », a-t-elle déclaré, appelant à répondre présents pour « choisir notre avenir ».
Au-delà des mots, cette cérémonie apparaît comme un véritable passage de relais. Dans un monde en mutation, où les équilibres démocratiques sont parfois fragilisés, la jeunesse dijonnaise est appelée à prendre sa place. Dans la solennité du Palais des Ducs, c’est finalement une conviction qui s’est imposée : la démocratie ne vit que par celles et ceux qui la font vivre.























