La JDA Dijon Handball tient son exploit, son titre, son moment d’histoire. Devant son public, dans une ambiance irrespirable, le club bourguignon a remporté la Ligue européenne féminine en dominant Thüringer HC en finale, dimanche, sur le score de 29-25. Un succès immense, d’autant plus fou que les Dijonnaises étaient menées de neuf buts à la mi-temps avant de réaliser une seconde période exceptionnelle.
Longtemps dépassée, parfois proche de la rupture, la JDA a trouvé les ressources pour renverser une finale qui semblait lui échapper. Face au favori allemand, Dijon a signé une remontée spectaculaire, portée par une défense transformée, une Manuella Dos Reis décisive dans les cages, une Adriana Holejova encore précieuse et une équipe capable de rester debout lorsque tout paraissait compromis.
Après deux finales européennes perdues dans son histoire, en C3 en 1993 puis en Challenge Cup en 2005, Dijon décroche enfin son premier trophée continental. Après Nantes en 2021, la JDA devient le deuxième club français à remporter la Ligue européenne féminine.
Une finale chargée de revanche
Cette finale avait une saveur particulière pour Dijon. La saison passée, la JDA avait déjà croisé la route de Thüringer HC en demi-finale de la compétition. Le club allemand avait alors privé les Bourguignonnes d’une finale européenne. Un an plus tard, les deux équipes se retrouvaient, cette fois pour le titre, avec un contexte totalement différent : Dijon évoluait à domicile, devant un public prêt à pousser son équipe jusqu’au bout.
Mais l’affiche restait redoutable. Thüringer arrivait dans cette finale avec le statut de favori. Plus expérimenté, plus habitué à ces rendez-vous, le club allemand semblait avoir les armes pour contrôler l’événement. Dijon, de son côté, sortait d’une demi-finale arrachée dans la difficulté et devait puiser une nouvelle fois dans ses réserves.
Le début de match a d’ailleurs confirmé la menace. Dès les premières possessions, Thüringer a imposé son rythme, son impact et son efficacité. Les Allemandes ont rapidement pris les devants, profitant d’une entame dijonnaise beaucoup trop imprécise.
Dijon rate complètement son début de match
La JDA a connu une première période extrêmement compliquée. Crispées par l’enjeu, les Dijonnaises ont multiplié les erreurs en attaque. Les passes manquaient de précision, les enchaînements étaient hésitants, et les pertes de balle ont offert à Thüringer des occasions faciles de creuser l’écart.
Le club allemand a rapidement mené 2-0, puis 4-1 après seulement quelques minutes. En défense, Dijon a tenté de densifier l’axe et de provoquer des fautes offensives. Quelques séquences ont permis de récupérer des ballons et de stopper temporairement l’élan adverse, mais cela n’a pas suffi à installer la JDA dans son match.
L’attaque bourguignonne est restée trop brouillonne. Certaines initiatives étaient précipitées, d’autres venaient mourir sur les poteaux. Pendant ce temps, Thüringer trouvait des intervalles, jouait juste et sanctionnait presque chaque erreur dijonnaise. Après dix minutes, l’écart était déjà inquiétant : 7-2.
La situation s’est encore aggravée lorsque Laura Fauvarque, joueuse essentielle de la défense dijonnaise, a reçu une deuxième exclusion temporaire après un quart d’heure. Privée d’un repère important, la JDA a continué de subir. Thüringer a alors pris le large, jusqu’à mener 10-2.
Laura Kuske écœure la JDA avant la pause
Si Dijon n’a pas réussi à revenir dans la première période, c’est aussi parce que Laura Kuske a longtemps fermé la porte. La gardienne de Thüringer a réalisé un premier acte impressionnant, multipliant les arrêts et frustrant les tireuses dijonnaises. À la pause, elle affichait dix arrêts et un pourcentage exceptionnel de 63 %.
Chaque tentative dijonnaise semblait se heurter à un mur. La JDA avait beau parvenir à se créer quelques situations, elle manquait de réussite et de lucidité au moment de conclure. En face, Thüringer jouait avec une efficacité froide. Le club allemand contrôlait le tempo, punissait les mauvais choix et semblait avoir déjà posé une main sur le trophée.
Les Dijonnaises ont légèrement mieux terminé la première période, avec davantage de mouvement et quelques solutions retrouvées. Mais l’écart restait immense au moment de regagner les vestiaires : 15-6 pour Thüringer.
À cet instant, la finale ressemblait à un cauchemar. Neuf buts de retard dans un match pour un titre européen, face à une équipe aussi solide, cela ressemblait presque à une mission impossible. Mais Dijon n’avait pas encore livré sa réponse.
Une JDA métamorphosée au retour des vestiaires
La seconde période a tout changé. Dès les premières minutes, Dijon est revenu avec un autre visage. Plus agressive, plus rapide, plus engagée dans chaque duel, la JDA a immédiatement fait comprendre que la finale n’était pas terminée.
Les Bourguignonnes ont infligé un 4-1 à Thüringer en cinq minutes. La défense a retrouvé de la densité, les interceptions sont arrivées, les montées de balle ont été mieux exploitées. Dans les cages, Manuella Dos Reis est montée en puissance au moment parfait. Ses arrêts ont relancé ses coéquipières, tandis que les contre-attaques permettaient à Dijon de faire fondre l’écart.
De 15-6 à la pause, le score est rapidement passé à 16-12. La salle s’est rallumée. Le public a compris que quelque chose était possible. Les joueuses aussi.
Face à cette dynamique, Herbert Müller, l’entraîneur de Thüringer, a posé un temps mort pour tenter de calmer l’orage. Dans un premier temps, cette coupure a permis aux Allemandes de reprendre un peu d’air, avec un but puis une interception. Mais Dijon avait changé de dimension. La peur avait changé de camp.
La remontée prend forme
La JDA a poursuivi son effort avec une intensité remarquable. La vitesse de Stine Lønborg, les relances de Manuella Dos Reis et l’activité de Maureen Gayet ont permis à Dijon de revenir encore plus près. Sur une contre-attaque conclue avec sang-froid, les Bourguignonnes sont revenues à deux longueurs : 18-16.
Thüringer a tenté de garder la main grâce au jeu à sept contre six. Cette option a permis au club allemand de conserver pendant quelques minutes une avance de deux ou trois buts. Mais la maîtrise n’était plus la même. Les pertes de balle se sont multipliées, les attaques sont devenues moins fluides, et la défense dijonnaise a continué de gagner en impact.
À douze minutes de la fin, Claire Vautier a ramené Dijon à une seule longueur. Puis, sur une nouvelle erreur allemande, Nina Dury a transformé un jet de 7 mètres pour remettre les deux équipes à égalité.
Dijon venait d’effacer neuf buts de retard. La finale, qui semblait promise à Thüringer à la pause, était totalement relancée.
Dos Reis sort les arrêts, Holejova fait basculer la finale
Les dix dernières minutes ont été irrespirables. La JDA, portée par son public, a continué de défendre avec une énergie folle. Thüringer, de son côté, semblait de plus en plus en difficulté pour trouver des solutions. Les attaques allemandes perdaient en spontanéité, les tirs étaient davantage contestés, et la pression dijonnaise devenait étouffante.
Manuella Dos Reis a alors sorti l’un des arrêts les plus importants de la rencontre en repoussant un jet de 7 mètres. Son onzième arrêt du match est arrivé au moment idéal, alors que chaque possession pouvait faire basculer la finale.
Puis Adriana Holejova a offert à Dijon son premier avantage de la rencontre. Déjà exceptionnelle en demi-finale avec dix buts, elle a encore été déterminante en finale avec six réalisations. Son but pour donner l’avantage à la JDA a fait basculer la salle dans une autre dimension.
Dijon menait enfin. Et cette fois, la JDA n’a plus lâché.
Dans la foulée, une interception a permis à Nina Dury de marquer dans le but vide. Ce but a eu l’effet d’un coup de massue pour Thüringer. Le club allemand, si dominateur pendant trente minutes, semblait désormais dépassé par l’intensité et la confiance dijonnaises.
Symbole de ce retournement complet : Laura Kuske, impériale en première période, a vu ses statistiques chuter au fil du match. Après ses 63 % d’arrêts à la pause, la gardienne allemande a terminé la rencontre à 28 %. Dijon avait trouvé les solutions, changé le rapport de force et imposé son rythme dans le moment le plus important.
Dijon résiste jusqu’au bout
La fin de match a confirmé la force mentale des Dijonnaises. Stine Lønborg a inscrit un but magnifique, un tir puissant dans la lucarne, pour donner trois longueurs d’avance à la JDA à un peu plus de quatre minutes du terme. Dans une finale aussi tendue, ce but a pesé très lourd.
Thüringer n’a pas totalement abdiqué. Les Allemandes ont continué de s’accrocher, cherchant à revenir dans les dernières minutes. Mais Dijon n’a jamais paniqué. Même lorsque l’adversaire répondait rapidement, les Bourguignonnes trouvaient la bonne solution derrière.
À deux minutes trente de la fin, la JDA s’est retrouvée en supériorité numérique. Nina Dury, impeccable dans l’exercice du jet de 7 mètres, n’a pas tremblé pour redonner trois buts d’avance à Dijon : 27-24. Thüringer a bien tenté une dernière réaction, mais la JDA avait désormais la main sur la rencontre.
La défense de Laura Fauvarque dans les derniers instants a symbolisé cette seconde période héroïque. En difficulté plus tôt dans le match à cause des exclusions, la défenseure dijonnaise a répondu présente quand tout se jouait. Dijon a tenu, Dijon a résisté, Dijon a fini par faire craquer Thüringer.
Au coup de sifflet final, le score disait tout de l’exploit : 29-25 pour la JDA Dijon Handball.
Un premier titre européen pour Dijon
Cette victoire est historique. La JDA Dijon Handball remporte le premier titre européen de son histoire, après avoir longtemps couru derrière une consécration continentale. Finaliste malheureuse en C3 en 1993, puis en Challenge Cup en 2005, le club bourguignon tient enfin son trophée.
Le scénario rend ce sacre encore plus fort. Être menée 15-6 à la pause, revenir, égaliser, passer devant puis s’imposer de quatre buts en finale européenne : Dijon a signé une remontée qui restera dans les mémoires.
Ce titre récompense un collectif capable de se transformer dans l’adversité. Manuella Dos Reis a été décisive dans les cages. Nina Dury a assumé ses responsabilités dans les moments chauds. Stine Lønborg a frappé fort dans le money-time. Laura Fauvarque a incarné le combat défensif. Et Adriana Holejova, élue MVP du Final Four, a confirmé son rôle majeur avec seize buts sur le week-end, dont six en finale.
Thüringer pourra regretter d’avoir laissé filer une finale pourtant parfaitement engagée. Le club allemand avait dominé la première période, mais il a progressivement perdu le contrôle face à une JDA transfigurée. La sortie de Natsuki Aizawa, touchée au visage en première mi-temps, a aussi pesé dans la rotation et l’équilibre allemand.
Mais cette finale appartient avant tout à Dijon. À son courage, à son public, à sa défense retrouvée et à cette capacité rare à croire encore à l’impossible.
La JDA Dijon Handball est championne d’Europe. Et elle l’est devenue au terme d’un scénario de légende.
