Le ministère de la Justice entend renforcer la dimension sanitaire dans la prise en charge des mineurs suivis par la protection judiciaire de la jeunesse. En 2026, une soixantaine de postes d’infirmiers seront ouverts au sein des unités judiciaires à priorité éducative, les UJPE, déployées sur l’ensemble du territoire. Cette campagne de recrutement s’inscrit dans une politique plus large de consolidation des moyens consacrés à la justice des mineurs, avec un objectif clairement affiché : mieux repérer les difficultés de santé, faciliter l’accès aux soins et lever certains obstacles à la réinsertion des jeunes placés sous main de justice.
Ces recrutements concernent à la fois les infirmiers titulaires de la fonction publique, qu’ils relèvent de la fonction publique d’État, hospitalière ou territoriale, par voie de détachement, ainsi que les infirmiers diplômés d’État. À travers cette mesure, le ministère souhaite intégrer durablement les professionnels de santé au sein des équipes éducatives chargées d’accompagner des adolescents dont les parcours sont souvent marqués par des ruptures familiales, sociales, scolaires ou médicales.
La création des unités judiciaires à priorité éducative constitue l’un des axes majeurs de la réforme de la prise en charge des mineurs délinquants annoncée en novembre dernier par Gérald Darmanin, garde des Sceaux et ministre de la Justice. Dès le 1er septembre 2026, 85 établissements doivent être transformés en UJPE, avant une poursuite du déploiement au cours de l’année 2027. Ces structures ont vocation à proposer un accompagnement renforcé, plus cohérent et plus pluridisciplinaire, en plaçant l’éducation, la santé et l’insertion au cœur du parcours du jeune.
Dans chaque UJPE, un infirmier exercera à temps plein. Il travaillera aux côtés d’éducateurs, de psychologues, mais aussi de professeurs techniques chargés de l’insertion scolaire et professionnelle. Cette organisation vise à dépasser une approche strictement judiciaire ou éducative de la situation des mineurs, en tenant compte de leur état de santé physique et mentale. Pour le ministère, la santé n’est pas un volet secondaire de l’accompagnement : elle constitue au contraire une condition essentielle pour permettre à un jeune de se stabiliser, de se projeter et de s’engager dans un parcours de réinsertion.
Les besoins sont particulièrement importants. Une part significative des jeunes suivis par la PJJ connaît des situations de grande fragilité. Certains ont connu des violences, des ruptures de parcours, une précarité durable ou encore des conduites addictives. D’autres ont renoncé aux soins pendant de longues périodes, faute d’accès, d’accompagnement ou de confiance envers les institutions. Dans ce contexte, l’arrivée d’infirmiers au sein même des structures doit permettre de repérer plus rapidement les difficultés, d’établir un premier lien avec le système de santé et d’organiser des prises en charge adaptées.
Les chiffres avancés par la direction de la protection judiciaire de la jeunesse témoignent de ces enjeux. Selon les données de la DPJJ et de l’Observatoire régional de santé en 2025, 24 % des jeunes suivis par la PJJ déclarent un problème de santé ou une maladie chronique. À cela s’ajoute une progression préoccupante des troubles de santé mentale chez les adolescents. Santé publique France estime que 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque important de dépression, des proportions qui peuvent être encore plus élevées chez les jeunes sous main de justice, souvent confrontés à des situations de vulnérabilité accrues.
Le rôle des infirmiers dans les UJPE sera donc central. Présents en journée et en semaine, ils interviendront dès l’arrivée des mineurs dans la structure afin d’évaluer leur état de santé, d’identifier leurs besoins et de faciliter leur orientation vers les professionnels ou services compétents. Ce premier travail d’évaluation doit permettre de mieux comprendre la situation globale du jeune, au-delà des faits qui ont justifié la décision judiciaire.
Les infirmiers auront également pour mission de dépister les conduites à risque, notamment en matière d’addictions, de santé sexuelle, de troubles alimentaires ou de comportements pouvant mettre en danger le jeune ou son entourage. Ils pourront mettre en place des actions de prévention et d’éducation à la santé autour de sujets très concrets : hygiène de vie, sommeil, alimentation, vie affective et sexuelle, consommation de substances ou encore gestion du stress. Ces interventions ont pour but de donner aux jeunes des repères, mais aussi de les rendre progressivement acteurs de leur santé.
L’organisation et le suivi des parcours de soins feront aussi partie de leurs responsabilités. Les infirmiers devront travailler en lien étroit avec les familles lorsque cela est possible, mais également avec les structures spécialisées, les services hospitaliers, les professionnels de santé de ville, les associations et les partenaires locaux. Cette coordination est essentielle pour éviter les ruptures de prise en charge, particulièrement fréquentes chez les publics jeunes les plus fragiles. Elle doit permettre d’assurer une continuité entre le temps du placement, l’accompagnement éducatif et le retour éventuel dans un cadre de vie plus autonome.
Au-delà de leur action directe auprès des mineurs, les infirmiers auront aussi un rôle d’appui auprès des équipes éducatives. Leur expertise pourra aider les professionnels à mieux comprendre certaines situations, notamment lorsque des troubles psychiques, des addictions ou des problématiques somatiques influencent le comportement du jeune. Ils contribueront également à la gestion des situations d’urgence ou de crise, en apportant une lecture sanitaire complémentaire à l’approche éducative.
Le ministère de la Justice met également en avant les conditions d’exercice proposées aux futurs recrutés. Les infirmiers percevront une rémunération débutant entre 2 030 et 2 267 euros nets mensuels en début de carrière, complément de traitement indiciaire inclus. Cette rémunération pourra atteindre 3 830 euros nets mensuels en fin de carrière. Les postes offriront par ailleurs des perspectives d’évolution professionnelle au sein de la protection judiciaire de la jeunesse.
Dès leur prise de fonction, les infirmiers bénéficieront d’une formation d’adaptation à l’emploi dispensée par l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse, située à Roubaix. Cette formation doit leur permettre de mieux appréhender les spécificités du public suivi par la Justice, en particulier les adolescents confrontés à des difficultés sociales, familiales, judiciaires ou psychologiques complexes. Elle vise également à familiariser les professionnels de santé avec le fonctionnement des structures de la PJJ et avec le travail en équipe pluridisciplinaire.
Une offre de formation continue leur sera ensuite accessible tout au long de leur parcours. Elle doit favoriser le développement de compétences spécifiques et ouvrir la voie à des évolutions professionnelles, notamment vers des fonctions de conseiller technique en promotion de la santé à l’échelle territoriale ou interrégionale. Le ministère souhaite ainsi inscrire ces recrutements dans la durée, en faisant de la santé un pilier de l’accompagnement éducatif et judiciaire des mineurs.
À travers cette campagne de recrutement, la Justice entend répondre à un constat largement partagé par les professionnels de terrain : la réinsertion des mineurs ne peut se construire sans une prise en compte globale de leur situation. Pour de nombreux jeunes suivis par la PJJ, l’accès aux soins représente une première étape vers la reconstruction d’un parcours personnel, scolaire et professionnel. En intégrant des infirmiers au cœur des unités judiciaires à priorité éducative, le ministère mise sur une approche plus complète, où la santé devient un levier à part entière de prévention de la récidive et d’insertion sociale.
La protection judiciaire de la jeunesse, service du ministère de la Justice, accompagne et protège les mineurs et jeunes majeurs faisant l’objet d’une décision judiciaire, qu’ils soient en danger ou qu’ils aient commis une infraction. Sa mission est de protéger, d’éduquer et de favoriser l’insertion sociale, scolaire et professionnelle des jeunes suivis par la Justice. Dans le champ de la protection de l’enfance, elle apporte également son expertise dans l’évaluation et le suivi des situations d’enfants en danger ou en risque de danger. Avec la création des UJPE et le recrutement de nouveaux infirmiers, cette mission se voit renforcée par une attention accrue portée à la santé, considérée comme un préalable indispensable à toute démarche de réinsertion.
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