La 30e Journée du Savoir s’est tenue ce dimanche 17 mai 2026 au Palais des Congrès de Dijon. Comme chaque année, l’événement avait pour ambition affichée de promouvoir la connaissance, d’encourager la recherche dans toutes les disciplines et de mettre à l’honneur de jeunes diplômés, chercheurs, doctorants, ingénieurs ou étudiants ayant consacré de longues années à l’acquisition d’un haut niveau de savoir. Au programme : accueil des participants, conférence-débat, déjeuner d’honneur, visite des exposants et des posters, puis remise des diplômes et des prix. Trois récompenses de 100 euros étaient notamment prévues pour les meilleurs posters, ainsi que trois prix de 400, 250 et 150 euros pour les meilleures recherches présentées lors de la précédente édition.
Sur le papier, donc, rien de plus respectable qu’une journée consacrée au savoir, à la recherche et à la réussite académique. Pourtant, à Dijon, cette manifestation ne se résume plus seulement à ses communications scientifiques ou à ses remises de prix. Depuis plusieurs années, elle traîne derrière elle une dimension polémique, alimentée par la présence de personnalités politiques et par les débats autour de certains organisateurs ou figures associées à l’événement.
Ce fut notamment le cas en 2024, lorsque Fadila Khattabi, alors ministre, avait participé aux Journées du Savoir organisées à Dijon. Cette présence avait suscité des réactions en raison des interrogations visant l’imam Mohamed Ateb, dont les liens présumés avec la mouvance des Frères musulmans avaient été évoqués dans plusieurs enquêtes et publications journalistiques. Le sujet est sensible, et il mérite d’être traité avec précision : il ne s’agit pas ici de condamner sans preuve, mais de rappeler que ces soupçons et ces controverses existent dans le débat public et qu’ils ont contribué à placer cette manifestation sous surveillance médiatique et politique.
La polémique avait de nouveau rebondi en 2025. Le dimanche 25 mai de cette année-là, le Palais des Congrès de Dijon accueillait la 29e édition de la Journée du Savoir, organisée par la Jeunesse Musulmane de France en Bourgogne. L’événement, présenté comme une manifestation destinée à valoriser la réussite des jeunes étudiants, avait été marqué par la présence officielle de Hamid El Hassouni, cinquième adjoint à la maire de Dijon, Nathalie Koenders. Délégué à la jeunesse, à la vie associative et aux savoirs populaires, il y représentait la mairie, une participation qui avait été critiquée par l’opposition municipale.
Il n’en fallait pas davantage pour relancer les commentaires, les soupçons et les procès d’intention. À Dijon, la Journée du Savoir est ainsi devenue un objet politique presque malgré elle. D’un côté, ses organisateurs mettent en avant la recherche, l’excellence, la transmission et la reconnaissance des parcours universitaires. De l’autre, certains élus et observateurs y voient un rendez-vous qui mériterait une attention particulière, en raison de son environnement associatif, de ses soutiens et de ses invités. Entre ces deux lectures, le débat s’installe, souvent vif, parfois excessif, mais rarement indifférent.
Cette année, pourtant, la mécanique habituelle semble s’être grippée. Selon toute vraisemblance, pas de Fadila Khattabi dans les rangs, pas de représentant clairement identifié de la mairie de Dijon, ou alors des présences d’une discrétion absolue. Une source présente sur place nous affirme n’avoir aperçu ni Hamid El Hassouni, ni Mme Khattabi, ni autre figure politique notable. Autrement dit, ceux qui attendaient une nouvelle polémique prête à l’emploi devront repasser. Les médias n’auront donc rien à se mettre sous la dent cette année. Merde alors.
Reste la journée elle-même. Car une fois les polémiques mises de côté, la Journée du Savoir continue de revendiquer une mission claire : promouvoir et diffuser le savoir, encourager la recherche dans les disciplines littéraires, juridiques, scientifiques et techniques, faciliter les contacts entre diplômés et chercheurs, favoriser les échanges interdisciplinaires et publier des travaux de recherche. La manifestation se veut à la fois un lieu de reconnaissance, une tribune pour les jeunes talents et un espace de dialogue entre le monde académique, les étudiants et le public.
C’est peut-être là que réside toute l’ambiguïté de cet événement dijonnais. Il est à la fois une initiative de valorisation intellectuelle et un rendez-vous désormais observé à travers un prisme politique. Il célèbre les diplômes, les recherches et les parcours de réussite, mais il porte aussi le poids des controverses passées. La 30e édition, plus discrète sur le plan institutionnel, aura donc peut-être marqué une forme de retour à l’essentiel : moins de photos officielles, moins de présences politiques, moins de déclarations à commenter, et davantage de place laissée aux étudiants, aux chercheurs et aux travaux présentés.
Après tout, une Journée du Savoir devrait peut-être commencer par cela : laisser le savoir parler avant les polémiques. Cette année, à Dijon, l’événement semble avoir échappé au bruit politique qui l’accompagnait désormais presque mécaniquement. Certains y verront une prudence bienvenue, d’autres une stratégie de discrétion. Mais une chose est sûre : faute de ministre, faute d’adjoint visible, faute de symbole politique facilement exploitable, la 30e Journée du Savoir aura surtout rappelé qu’un événement peut parfois faire parler de lui simplement parce qu’il choisit, enfin, de faire moins de bruit.
F. Bauduin
