Le centre régional du psychotraumatisme adulte Bourgogne-Franche-Comté, situé au CHU Dijon Bourgogne, entre dans une nouvelle phase de son développement. Créée pour répondre aux besoins spécifiques des personnes confrontées à des traumatismes psychiques, cette structure régionale connaît aujourd’hui une refonte en profondeur de son activité. Rattaché depuis janvier 2026 au pôle neurosciences du CHU, sous la direction de la docteure Clothilde Riotte, le centre présente une nouvelle offre de soins destinée à renforcer l’accompagnement des patientes et des patients, mais aussi à structurer davantage l’action des professionnels sur l’ensemble du territoire.
Cette réorganisation marque une étape importante pour le CRP adulte Bourgogne-Franche-Comté. Depuis sa création en 2021, le centre s’est imposé comme une ressource spécialisée dans la prise en charge des traumatismes psychiques. Son rôle ne se limite pas à l’accueil des patients : il repose sur trois missions complémentaires, qui sont le soin, la formation et la coordination. À travers cette triple vocation, le centre entend répondre à un enjeu de santé publique majeur : mieux repérer les psychotraumatismes, proposer des parcours adaptés aux personnes concernées et fédérer les professionnels impliqués dans leur accompagnement.
Le psychotraumatisme peut survenir à la suite d’événements extrêmement divers. Le CRP accueille ainsi des personnes ayant vécu des violences sexuelles, des violences intrafamiliales, une agression physique, un accident, un deuil traumatique après un décès brutal ou un suicide, ou encore un parcours d’exil. Ces situations, parfois anciennes, parfois récentes, peuvent laisser des traces profondes dans la vie quotidienne, affecter la santé mentale, le rapport au corps, les relations sociales, familiales ou professionnelles. Face à ces réalités complexes, le centre propose une prise en charge personnalisée, pensée en fonction du vécu de chaque patient, de son état psychique et de ses besoins.
En 2025, le CRP a assuré 522 consultations. Ce chiffre témoigne de l’activité déjà importante de la structure, mais aussi de la nécessité de renforcer son organisation. L’équipe réunit aujourd’hui une psychiatre, deux psychologues, deux infirmiers, une secrétaire, une chargée de mission et une cadre de santé. Cette composition pluridisciplinaire est au cœur du fonctionnement du centre. Elle permet de croiser les regards, d’évaluer les situations de manière globale et de proposer des parcours de soins ajustés, qui ne reposent pas sur une réponse unique mais sur une stratégie thérapeutique progressive.
Concrètement, toute personne prise en charge au CRP est d’abord reçue par un infirmier spécialisé lors d’une consultation d’évaluation. Cette première étape permet de comprendre l’histoire du patient, d’identifier les symptômes les plus invalidants, de mesurer le niveau de souffrance et de repérer les besoins prioritaires. Une réunion pluridisciplinaire est ensuite organisée afin de déterminer l’orientation la plus pertinente. Selon les situations, les soins peuvent être proposés au sein même du centre ou en lien avec d’autres professionnels, services ou structures extérieures.
Le CRP propose désormais plusieurs protocoles de prise en charge. Une filière dite de « traumatisme simple » prévoit un parcours en douze séances. Elle s’adresse aux situations où le traumatisme peut être abordé dans un cadre structuré relativement court. Une seconde filière, consacrée au « traumatisme complexe », se déroule sur vingt-quatre séances. Elle concerne des parcours plus lourds, parfois marqués par des traumatismes répétés, anciens ou intriqués avec d’autres difficultés psychiques. Dans ce cas, la priorité est d’abord de stabiliser la personne dans son quotidien avant d’envisager un travail de retraitement des souvenirs traumatiques.
Une nouvelle offre vient également d’être mise en place pour les personnes victimes de violences sexuelles, qui représentent une part importante des patientes et des patients accueillis au CRP. Ce parcours spécifique repose sur une prise en charge de groupe articulée autour de cinq séances de psychopédagogie et de neuf séances d’EMDR. Au moins quatre sessions doivent être organisées chaque année. Cette approche collective vise à apporter des repères, à mieux comprendre les mécanismes du psychotraumatisme et à engager un travail thérapeutique dans un cadre sécurisé, accompagné par des professionnels formés.
L’EMDR occupe une place centrale dans les soins proposés par le centre. Cette thérapie, dont le nom signifie « Eye Movement Desensitization and Reprocessing », ou « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires », a été développée à partir de 1987 par la psychologue américaine Francine Shapiro. Elle repose sur un protocole structuré, au cours duquel le thérapeute aide le patient à travailler sur un souvenir traumatique ou sur un symptôme qui perturbe fortement son quotidien. Le retraitement s’effectue notamment grâce à des stimulations bilatérales alternées, qui peuvent passer par des mouvements oculaires, des sons perçus alternativement à gauche et à droite, ou encore des stimulations tactiles.
Les séances durent environ cinquante minutes. Avant de travailler directement sur les souvenirs traumatiques, le thérapeute construit avec le patient un objectif thérapeutique et un plan de ciblage. Des ressources sont également mises en place afin de sécuriser le parcours. Cette progressivité est essentielle : il ne s’agit pas de confronter brutalement une personne à son traumatisme, mais de l’accompagner pas à pas, dans un cadre maîtrisé. L’EMDR est aujourd’hui reconnue pour son efficacité dans la prise en charge du stress post-traumatique et recommandée par plusieurs instances de référence, dont la Haute Autorité de santé, l’Organisation mondiale de la santé et l’Inserm.
Pour autant, le CRP ne réduit pas son approche à une seule technique thérapeutique. L’EMDR s’intègre dans un parcours de soins plus large, qui peut inclure d’autres formes d’accompagnement. Un traitement médicamenteux peut être proposé lorsqu’il est nécessaire, mais il n’est ni systématique ni considéré comme une finalité. Il peut constituer un outil d’aide à la stabilisation, notamment lorsque les symptômes empêchent le patient de retrouver un minimum de sécurité psychique. L’équipe réfléchit également au développement d’autres modalités de stabilisation, comme la sophrologie ou le yoga.
L’un des enjeux majeurs du centre est précisément de coordonner les différentes dimensions de la prise en charge. Certains patients peuvent déjà bénéficier d’un suivi extérieur, de groupes de parole, de musicothérapie ou de pratiques corporelles. Le CRP s’inscrit alors dans une logique de complémentarité, en lien avec ces ressources. Lorsque la situation l’exige, le centre peut aussi travailler avec d’autres services du CHU Dijon Bourgogne, comme l’unité interventionnelle de thérapie brève, spécialisée dans la prévention du risque suicidaire, ou encore l’équipe dédiée aux troubles du comportement alimentaire. Cette implantation au sein d’un établissement hospitalier disposant de nombreuses filières spécialisées constitue un atout important.
La philosophie de soins portée par l’équipe repose sur une idée forte : le patient reste expert de son vécu et acteur de sa thérapie. Pour la docteure Clothilde Riotte, cheffe d’unité et psychiatre, l’approche doit être « progressive » et « la plus douce possible ». Le professionnel ne se substitue pas au patient ; il le guide, l’accompagne et construit avec lui une relation de confiance. La fréquence des séances, leur intensité et le rythme du travail thérapeutique sont ajustés à chaque situation, en tenant compte de l’état psychique de la personne, mais aussi de ses contraintes personnelles, familiales et professionnelles.
Au-delà du soin direct, le CRP joue un rôle de formation auprès des professionnels de Bourgogne-Franche-Comté. Plusieurs sessions sont organisées chaque année. Le catalogue comprend des formations généralistes sur la psychopathologie, le repérage et l’évaluation des psychotraumatismes, mais aussi des modules plus spécifiques consacrés aux violences sexuelles, aux parcours d’exil ou encore au deuil traumatique. Ces formations s’adressent à un public large : professionnels médicaux, paramédicaux, acteurs du champ médico-social, mais aussi professionnels judiciaires. Tous peuvent être amenés à rencontrer des personnes traumatisées et ont besoin d’outils pour mieux comprendre, orienter et accompagner.
Cette mission de formation est indissociable de la mission de coordination territoriale. Le CRP adulte Bourgogne-Franche-Comté ne fonctionne pas comme une structure isolée. Il anime un réseau régional d’acteurs spécialisés ou impliqués dans la prise en charge du psychotraumatisme. Cette dynamique permet de partager des pratiques, d’organiser des actions communes, de proposer des supervisions et de développer une culture professionnelle commune autour du traumatisme psychique. Des journées thématiques sont également organisées, comme celle consacrée récemment aux violences sexuelles à Auxerre.
Le centre s’inscrit par ailleurs dans une organisation nationale. Il a été créé dans le cadre du plan national de lutte contre le psychotraumatisme mis en place après les attentats de 2015, à l’initiative de l’État et de Françoise Rudetzki, fondatrice de SOS Attentats. Placé sous l’égide du Centre national de ressources et de résilience, le CRP Bourgogne-Franche-Comté fait partie d’un réseau de dix-sept centres répartis sur le territoire national. Cette structuration répond à la volonté de mieux accompagner les personnes victimes de traumatismes, qu’il s’agisse d’attentats, de violences, d’accidents ou d’autres événements à fort impact psychique.
En Bourgogne-Franche-Comté, le centre adulte du CHU Dijon Bourgogne assure également la coordination avec les antennes régionales destinées aux mineurs. Celles-ci sont situées au centre hospitalier de Novillars, dans le Doubs, et au centre hospitalier spécialisé La Chartreuse, à Dijon. Cette articulation entre prise en charge des adultes et accompagnement des enfants et adolescents permet d’inscrire la réponse au psychotraumatisme dans une logique régionale cohérente.
À ce jour, le CRP accueille principalement un public francophone. Toutefois, l’équipe souhaite développer un accompagnement à destination des personnes en situation d’exil non francophones. Cette perspective répond à une réalité de terrain : les parcours migratoires peuvent être marqués par des violences, des ruptures, des pertes, des persécutions ou des traversées traumatiques. Adapter les dispositifs de soins à ces publics représente donc un enjeu important pour les années à venir, à la fois sur le plan clinique, linguistique et culturel.
L’ambition du CRP est également de contribuer à la recherche sur les psychotraumatismes. Cette dimension, portée notamment par l’animation du réseau régional et l’inscription dans un maillage national, doit permettre de mieux comprendre les effets des traumatismes, d’évaluer les pratiques et de faire évoluer les prises en charge. Dans un domaine où les besoins restent importants et parfois insuffisamment repérés, la production et le partage de connaissances constituent un levier essentiel.
Avec cette refonte, le centre régional du psychotraumatisme adulte Bourgogne-Franche-Comté affirme donc une double ambition : améliorer l’accès à des soins spécialisés pour les patientes et les patients, et renforcer la capacité des professionnels du territoire à reconnaître et accompagner les traumatismes psychiques. À travers ses nouveaux parcours, son approche pluridisciplinaire, son travail de formation et son rôle de coordination, le CRP du CHU Dijon Bourgogne entend devenir un point d’appui toujours plus lisible et structurant pour l’ensemble de la région.
Le secrétariat du CRP est ouvert du lundi au jeudi, de 9 h à 12 h 15 et de 13 h 30 à 16 h 45. Le centre peut être contacté au 03 80 66 91 28 ou par courriel à l’adresse crpsychotraumabfc@chu-dijon.fr.
