Le 26 mai, la Lanterne magique de Beaune a accueilli un rendez-vous à forte portée symbolique pour les Climats du vignoble de Bourgogne. L’Association des Climats y tenait son Assemblée générale, dans le prolongement d’une année 2025 exceptionnelle, marquée par les dix ans de l’inscription des Climats au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Plus qu’un simple exercice statutaire, cette rencontre a pris la forme d’un moment de bilan, de reconnaissance et de projection, réunissant élus, vignerons, bénévoles, mécènes, partenaires institutionnels et acteurs du territoire autour d’une ambition commune : préserver, faire vivre et transmettre ce patrimoine viticole unique.
Dans une atmosphère à la fois solennelle et chaleureuse, l’Assemblée générale a permis de revenir sur une année dense, jalonnée d’événements, de projets de fond et d’initiatives collectives. Le président de l’Association, Cyprien Arlaud, a souligné la force du sentiment d’appartenance qui a traversé le territoire durant cette année anniversaire. Selon lui, les célébrations des dix ans de l’inscription UNESCO ont ravivé une fierté collective intacte et confirmé la capacité des acteurs locaux à se mobiliser autour des Climats, considérés non seulement comme un héritage à protéger, mais aussi comme un patrimoine vivant, en constante transmission.
Cette Assemblée générale a également été l’occasion de saluer celles et ceux qui, depuis deux décennies, ont contribué à faire reconnaître, rayonner et protéger les Climats du vignoble de Bourgogne. En clôture de la soirée, vingt-quatre personnalités ont reçu un trophée de « Gardiens des Climats », une distinction exceptionnelle pensée comme un hommage à l’engagement fidèle de bénévoles, mécènes, représentants institutionnels, acteurs du tourisme, de l’éducation, de la culture et de la filière viticole. Cette remise de trophées a donné à la soirée une dimension particulièrement émouvante, rappelant que l’aventure des Climats est avant tout une construction collective, portée par des femmes et des hommes attachés à leur territoire.
Au cœur des interventions, plusieurs voix ont rappelé la singularité de cette mobilisation. Aubert de Villaine, président fondateur de l’Association, est revenu sur les origines de cette démarche en évoquant ceux qui, il y a vingt ans, ont « planté la graine des Climats ». Cette image résume l’esprit de long terme qui anime l’action de l’Association : protéger un paysage façonné par les générations, tout en accompagnant son évolution. Pierre Bolze, maire de Beaune et co-président de la Conférence territoriale des Climats, a pour sa part insisté sur la nécessité de poursuivre l’engagement des collectivités. Pour lui, la valorisation des Climats a du sens parce qu’elle permet de montrer que le vin fait partie intégrante de la culture bourguignonne, de son histoire et de son paysage.
L’année 2025 restera comme une année particulièrement importante dans l’histoire récente des Climats. Le rapport moral présenté par Cyprien Arlaud a rappelé l’ampleur de la mobilisation suscitée par le dixième anniversaire de l’inscription au Patrimoine mondial. Plus de 150 manifestations partenaires ont été organisées sur le territoire, témoignant de la vitalité du réseau et de l’appropriation de cet anniversaire par les communes, les institutions, les acteurs économiques, les associations et les habitants. Trois grands temps forts ont particulièrement marqué cette séquence.
Le premier fut l’événement pédagogique « 1,2,3 Climats », organisé au Clos de Vougeot, qui a réuni plus de 500 élèves. Cette journée a illustré l’importance accordée par l’Association à la transmission auprès des jeunes générations. Comprendre les Climats, c’est comprendre un paysage, une histoire, une culture viticole, mais aussi des gestes, des savoir-faire et une relation particulière entre l’homme et la nature. À travers ce type d’action, l’Association cherche à faire des élèves non de simples spectateurs, mais de futurs ambassadeurs d’un patrimoine dont ils héritent.
Le deuxième temps fort fut l’événement-anniversaire « Gardiens des Climats », qui a rassemblé plus de 4 000 participants à Puligny-Montrachet. En amont de cette grande manifestation populaire, 66 signataires ont rejoint le « Pacte des Climats », affirmant ainsi leur engagement en faveur de la préservation et de la valorisation du site. Ce rassemblement a donné une visibilité importante au travail mené depuis l’inscription UNESCO et a permis de rappeler que le Patrimoine mondial n’est pas une distinction figée, mais une responsabilité partagée.
Le troisième temps fort fut le colloque de décembre, consacré aux dix ans d’inscription au Patrimoine mondial et aux perspectives à ouvrir pour les années à venir. Plus de 300 participants y ont pris part. Ce rendez-vous a permis de prendre du recul, d’interroger les avancées accomplies et de réfléchir aux nouveaux enjeux auxquels les Climats devront répondre. Car protéger un site inscrit au Patrimoine mondial suppose une vigilance constante : gestion des paysages, pression touristique, évolution des pratiques viticoles, transition écologique, transmission culturelle, préservation du bâti et adaptation aux transformations du territoire.
Au-delà des célébrations, l’Assemblée générale a surtout mis en lumière le travail de fond poursuivi par l’Association. Plusieurs chantiers structurants ont été rappelés, notamment la concertation territoriale réunissant 130 professionnels autour des enjeux de gestion du site. Cette démarche a permis d’établir un bilan et de dégager des pistes d’action pour renforcer la préservation et la gestion durable des Climats. Elle traduit une méthode constante : associer les acteurs de terrain, croiser les regards et construire des réponses collectives aux défis posés par la protection d’un paysage culturel vivant.
Parmi les actions majeures figure également le classement de la Côte de Nuits au titre de la loi Paysage de 1930, une avancée importante pour la reconnaissance et la protection du territoire. L’Association poursuit aussi les monographies des villages viticoles, un travail essentiel pour documenter l’histoire, les particularités et les patrimoines locaux. Ces études contribuent à mieux comprendre la richesse des Climats, village par village, et à nourrir les politiques de valorisation et de transmission.
L’Association s’est également attachée à produire un ouvrage de compréhension de la « Valeur Universelle Exceptionnelle », notion centrale dans l’inscription au Patrimoine mondial. Cette démarche vise à rendre plus accessible ce qui fait la singularité des Climats : une mosaïque de parcelles précisément délimitées, un modèle viticole historique, un lien étroit entre paysage, culture, savoir-faire et production. En donnant des clés de lecture claires, l’Association entend renforcer l’appropriation de cette valeur par les habitants, les professionnels, les visiteurs et les jeunes générations.
Le travail engagé avec le Département de la Côte-d’Or autour de la revalorisation paysagère de la Route des Grands Crus constitue un autre axe fort. Cette route emblématique, qui traverse les villages viticoles et les paysages classés, représente une porte d’entrée majeure vers les Climats. Sa valorisation ne relève donc pas seulement de l’aménagement touristique ; elle participe à la qualité du paysage, à l’expérience de découverte du territoire et à la cohérence globale du site inscrit.
La protection du terme « Climat » a également été évoquée. L’Association travaille avec le Comité des Vins de Bourgogne et la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne afin de porter cette question au niveau de l’INAO. Cette démarche montre que les Climats ne sont pas seulement un élément patrimonial ou paysager : ils constituent aussi un vocabulaire, une culture et une réalité viticole spécifique qu’il convient de préserver contre les usages approximatifs ou détournés.
Deux programmes fondateurs continuent par ailleurs de structurer l’action de l’Association : le Fonds Patrimoine et le Fonds Biodiversité. Le premier permet de soutenir financièrement la restauration du patrimoine viticole bâti, notamment les murs, cabottes et maisons de vigne. Depuis 2017, 285 projets ont été financés grâce à ce dispositif, représentant neuf kilomètres de murs restaurés, dix-sept cabottes ou maisons de vignes préservées et plus de 300 stagiaires formés. Ces chiffres illustrent l’impact concret de l’action menée sur le terrain. La préservation des Climats passe en effet par ces éléments parfois discrets, mais essentiels à l’identité paysagère du vignoble.
Le Fonds Biodiversité, de son côté, accompagne des actions collectives en faveur du vivant. Il répond à un enjeu devenu incontournable : maintenir l’équilibre entre activité viticole, qualité des paysages et préservation des écosystèmes. Dans un territoire où nature et culture sont intimement liées, la biodiversité n’est pas un sujet périphérique. Elle participe pleinement à la durabilité du site et à la capacité des Climats à rester un patrimoine vivant.
L’Assemblée générale a aussi permis de rappeler quelques chiffres significatifs de l’année 2025. L’Association compte 116 adhérents, dont 40 vignerons, et s’appuie sur huit groupes projets thématiques consacrés au patrimoine, au tourisme, au développement durable, à la Valeur Universelle Exceptionnelle, à la pédagogie, aux monographies, aux dix ans et à la communication. Cinquante-cinq bénévoles ont été mobilisés, 65 mécènes engagés, plus de 500 élèves sensibilisés, plus de 150 événements organisés autour des dix ans, plus de 300 participants réunis lors du colloque et plus de 4 000 visiteurs accueillis lors de l’événement-anniversaire « Gardiens des Climats ». Ces données témoignent de la vitalité d’une association qui agit à la fois comme outil de coordination, de médiation, de transmission et de protection.
La gouvernance de l’Association a également évolué à la suite des dernières élections locales et interprofessionnelles. De nouveaux membres rejoignent le Conseil d’administration, parmi lesquels Benoît Bordat pour Dijon Métropole, Anne-Gaëlle Catinot et Baptiste Guyot pour la Ville de Beaune, Philippe Lemanceau pour la Ville de Dijon, Sylvie Trapon pour le Grand Chalon, Pierre Bolze pour Beaune Côte & Sud, ainsi que Michel Barraud pour le Comité des Vins de Bourgogne. Un représentant de la Ville de Nuits-Saint-Georges doit également venir compléter cette représentation. Ce renouvellement traduit la volonté de maintenir une gouvernance partagée, associant collectivités, filière viticole, financeurs, membres de droit et acteurs engagés.
La soirée a aussi été marquée par la diffusion d’une vidéo rétrospective consacrée à l’année des dix ans. Présentée devant les participants, elle a ravivé les souvenirs d’une séquence dense et fédératrice, en rappelant la diversité des événements et l’ampleur de la mobilisation territoriale. Cette rétrospective a fonctionné comme un trait d’union entre le chemin parcouru et les défis à venir.
Le moment le plus symbolique de la soirée fut sans doute la remise des trophées aux vingt-quatre « Gardiens des Climats ». Les bénévoles Odile et Michel Monin, Colette et André Valogne, Claudine et Gérard Seurre, ainsi que Gilles Bousquet ont été salués pour leur fidélité. Des mécènes engagés comme Eléonore Latour, Sandrine Abry et Marie Capdouze ont également été distingués. Carole Thibert a été récompensée pour son implication dans le volet pédagogique. Dans le domaine du tourisme, Isabelle Corond-Peintre, Jean-Michel Galette et Catherine Girard ont été mis à l’honneur. Des représentants des services de l’État, comme Nicolas Drouhin, Séverine Wodli et Gaël Tournemolle, ont également reçu cette reconnaissance, tout comme l’équipe d’EBRA Events pour son travail lors de l’événement du 4 juillet 2025.
D’autres personnalités ont été distinguées comme figures marquantes de l’aventure des Climats : Jean-Pierre Gillot, Alain Suguenot, Pierre-Henry Gagey, Denis Thomas, Nicolas Rossignol-Trapet, Louis-Marc Chevignard, Delphine Thevenot-Martinez, Gilles de Larouzière, Guillaume d’Angerville et Aubert de Villaine. À travers ces noms, c’est toute une chaîne d’engagements qui a été mise en lumière : celle des fondateurs, des bâtisseurs, des relais institutionnels, des professionnels, des communicants et des défenseurs passionnés du territoire.
En filigrane de cette soirée, un message s’est imposé : l’inscription des Climats au Patrimoine mondial de l’UNESCO n’est pas un aboutissement, mais une étape dans une responsabilité de long terme. Benjamin Morel, directeur régional des Affaires culturelles de Bourgogne-Franche-Comté, l’a rappelé en évoquant le défi lancé il y a vingt ans : sauvegarder une manière particulière de produire du vin, préserver l’accord entre nature et culture, entre paysage et savoir-faire, hérité de générations de vignerons, de chercheurs et d’entrepreneurs. Son intervention a également ouvert l’horizon des dix prochaines années, en appelant à rester collectivement au rendez-vous des défis à venir.
L’année 2026 s’annonce déjà comme une nouvelle étape. Les projets engagés dans le cadre du Fonds Patrimoine se poursuivront, tout comme le programme pédagogique « Regards sur les Climats », dont le rôle demeure essentiel pour la transmission aux jeunes générations. Mais l’un des grands chantiers à venir sera l’évaluation et l’actualisation du Plan de gestion. Cette feuille de route constitue un outil indispensable pour piloter durablement un site inscrit au Patrimoine mondial. Elle doit permettre d’adapter les actions aux enjeux contemporains, tout en restant fidèle à l’esprit de l’inscription.
En refermant cette Assemblée générale, l’Association des Climats a donc dressé le bilan d’une année anniversaire réussie, mais elle a surtout rappelé l’exigence qui accompagne la reconnaissance internationale. Les Climats du vignoble de Bourgogne ne se protègent pas seulement par des textes, des classements ou des labels. Ils se préservent par un engagement quotidien, par des restaurations concrètes, par des transmissions pédagogiques, par des choix d’aménagement, par une attention portée aux paysages et par la mobilisation continue de tout un territoire.
La soirée s’est achevée par un moment de convivialité et d’échanges, fidèle à l’esprit collectif qui anime l’Association depuis ses origines. Mais derrière la célébration, le mot d’ordre était clair : après l’anniversaire, le travail continue. Les « Gardiens des Climats » honorés à Beaune incarnent cette promesse de vigilance et de transmission. Ils rappellent que ce patrimoine mondial, profondément enraciné dans la Bourgogne, ne vit que parce qu’il est partagé, défendu et transmis, génération après génération.
