Près d’un an après la mort d’Axel, lycéen de seconde décédé lors d’un stage d’observation en milieu professionnel, l’Union syndicale Solidaires dénonce l’absence de mesures fortes pour protéger les jeunes exposés au monde du travail dans le cadre scolaire ou de formation. Le syndicat réclame notamment la suppression des stages en entreprise en classe de 3e et de 2nde.
Près d’un an après la mort d’Axel, élève au lycée Curie-Corot de Saint-Lô, l’Union syndicale Solidaires hausse le ton. Dans un communiqué au titre volontairement accusateur — « Accidents de travail des jeunes : pour le gouvernement c’est “circulez, il n’y a rien à voir !” » — l’organisation syndicale dénonce ce qu’elle considère comme une absence de réponse politique à la hauteur des drames survenus ces derniers mois. Pour Solidaires, la mort de ce lycéen, victime le 17 juin 2025 d’un accident du travail mortel lors d’un stage d’observation en milieu professionnel effectué dans le cadre de sa classe de seconde générale, ne peut être traitée comme un accident isolé.
Le communiqué rappelle que le décès d’Axel a brutalement mis en lumière les dangers auxquels peuvent être exposés des jeunes encore scolarisés lorsqu’ils sont envoyés dans des entreprises, sur des chantiers, dans des administrations ou dans d’autres lieux de travail. Pour le syndicat, ces périodes de stage, souvent présentées comme des temps de découverte professionnelle, placent en réalité des élèves parfois mineurs dans des environnements qu’ils ne maîtrisent pas, face à des risques auxquels ils ne sont pas toujours préparés.
Selon les données évoquées par Solidaires, portées à la connaissance de l’inspection du travail et relayées par les ministères de l’Éducation nationale et du Travail, cinq mineurs auraient subi en 2025 des accidents du travail mortels lors de périodes de stage ou de formation. À ces décès s’ajouteraient ceux de plusieurs très jeunes majeurs morts au travail. L’organisation syndicale y voit un bilan particulièrement alarmant, qui aurait dû entraîner une réaction immédiate des pouvoirs publics.
Or, selon Solidaires, les mesures nécessaires n’ont pas été prises. Le syndicat estime que l’année 2026 montre déjà que les mêmes risques persistent. Le communiqué cite notamment la mort, le 17 avril, d’un adolescent de 15 ans, élève de seconde en lycée professionnel, décédé dans le Gard à la suite d’un accident du travail lors d’un stage en milieu professionnel. Il mentionne également le décès, le 27 mai, d’un jeune ouvrier de 19 ans après un malaise survenu après une journée de travail en toiture, alors que la température dépassait 31 °C.
Pour l’Union syndicale Solidaires, ces décès successifs imposent une réponse politique ferme. « Personne ne doit perdre sa vie au travail, encore moins quand on est un enfant », insiste l’organisation dans son communiqué. Le syndicat affirme se mobiliser pour exiger du gouvernement des mesures significatives de prévention, afin d’empêcher la répétition de tels drames. Il apporte également son soutien aux parents d’Axel, engagés dans un combat pour la suppression des stages en milieu professionnel prévus dans les parcours scolaires de 3e et de 2nde.
Cette revendication s’inscrit dans une critique plus large de ce que Solidaires décrit comme une insertion toujours plus précoce des jeunes dans le monde du travail. Pour le syndicat, l’école ne devrait pas exposer des élèves, parfois très jeunes, à des environnements professionnels potentiellement dangereux. Il considère que ces stages participent d’un système qui habitue trop tôt les adolescents aux contraintes du travail, sans leur garantir une protection suffisante.
Solidaires indique avoir interpellé à deux reprises le gouvernement sur ce sujet, en juin 2025 puis en avril 2026. Les courriers ont été adressés aux ministres de l’Éducation nationale, de l’Agriculture, de la Fonction publique et du Travail. L’organisation syndicale affirme faire de la protection des jeunes en stage et en formation une revendication prioritaire. Elle reproche aux ministères concernés de ne pas avoir engagé de rupture réelle avec les dispositifs actuels.
La réponse du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, datée du 11 mai 2026 selon le communiqué, est vivement critiquée par Solidaires. Le syndicat juge que le ministre se contente de formules générales, notamment lorsqu’il affirme que la sécurité des jeunes constitue une « priorité absolue ». Pour Solidaires, une telle déclaration ne suffit pas si elle ne s’accompagne pas de moyens concrets pour assurer cette sécurité sur les lieux de stage et de formation.
L’organisation reproche également au gouvernement de s’abriter derrière le cadre juridique existant. Selon elle, ce cadre peine déjà à être appliqué et a même été affaibli au fil du temps. Solidaires rappelle en particulier le décret dit Rebsamen, adopté en 2015, qui aurait facilité les dérogations aux travaux dangereux interdits aux moins de 18 ans. Le syndicat dénonce la suppression de l’autorisation préalable de l’inspection du travail, estimant que cette évolution a limité les visites de contrôle et donc réduit les garanties pour les jeunes concernés.
La critique vise aussi les moyens de l’inspection du travail. Pour Solidaires, renvoyer la responsabilité du contrôle aux services d’inspection n’a de sens que si ceux-ci disposent des effectifs et des moyens nécessaires. Or l’organisation affirme que les équipes sont empêchées d’accomplir pleinement leurs missions faute de moyens humains et financiers suffisants. Dans ces conditions, le syndicat considère que les garanties affichées par le gouvernement restent largement théoriques.
Le communiqué s’en prend également au « Plan Avenir », mis en place à la rentrée 2025, dont le ministre de l’Éducation nationale se serait félicité. Solidaires estime que ce plan ne répond pas aux enjeux de sécurité. L’organisation pointe aussi le « Plan santé scolaire », qui limiterait les visites médicales à une par cycle, alors que le Code du travail impose, selon elle, le renouvellement annuel des visites médicales d’aptitude pour les jeunes affectés à des travaux dangereux. Là encore, le syndicat y voit un décalage entre les discours officiels et les obligations de protection.
La « mission flash » diligentée avec le ministère du Travail est elle aussi critiquée. Pour Solidaires, le ministre de l’Éducation nationale s’en servirait pour esquiver les revendications portées par le syndicat et contourner les questions posées. L’organisation affirme par ailleurs ne pas avoir obtenu de réponse à sa demande d’audition dans le cadre de cette mission. Elle y voit le signe d’un refus d’entendre la parole syndicale et les alertes formulées depuis plusieurs mois.
Au-delà des accidents mortels, Solidaires alerte sur l’ensemble des risques liés à l’insertion précoce des jeunes dans les lieux de travail. Le syndicat évoque les pressions hiérarchiques, les conditions de travail dangereuses, mais aussi les violences sexistes et sexuelles. Il insiste sur le fait que les stages et formations en milieu professionnel ne se déroulent pas toujours dans des environnements sécurisés, encadrés ou adaptés à l’âge et à l’expérience des jeunes concernés.
Le communiqué mentionne également les risques sanitaires à long terme. Solidaires affirme que des recherches universitaires montrent qu’un quart des apprentis, mineurs ou adultes, seraient exposés à un risque cancérogène ou toxique pour la reproduction. L’organisation syndicale estime que ces données devraient conduire à une réévaluation profonde de la place des jeunes dans les environnements professionnels, en particulier lorsqu’ils sont encore en formation initiale.
Le syndicat met aussi en avant une dimension sociale. Selon Solidaires, les premières victimes de cette exposition précoce au travail sont les enfants issus des milieux les plus défavorisés. Les familles disposant de moins de capital social auraient davantage de difficultés à trouver des stages protecteurs, formateurs et encadrés. Les élèves concernés se retrouveraient plus facilement orientés vers les lieux de stage les plus rudes, les plus physiques ou les moins sécurisés.
Face à ce constat, Solidaires rejette l’argument régulièrement avancé par les ministères du Travail et de l’Éducation nationale selon lequel la confrontation des élèves au monde du travail constituerait un atout. Pour le syndicat, cette idée devient inacceptable dès lors que cette confrontation expose des jeunes à des risques graves, voire mortels. L’organisation résume sa position en une formule claire : l’exposition à des dangers pouvant conduire à la mort ne peut jamais être considérée comme un atout.
C’est pourquoi l’Union syndicale Solidaires et ses structures continuent de revendiquer la suppression des stages d’observation en milieu professionnel en classe de 2nde et de 3e. Pour l’organisation, la place des élèves n’est pas dans les entreprises mais à l’école, où ils doivent recevoir une éducation émancipatrice. Cette position marque une opposition nette à la logique de découverte précoce du monde professionnel telle qu’elle est actuellement promue par les pouvoirs publics.
À travers ce communiqué, Solidaires cherche à replacer la question de la sécurité des jeunes au travail au centre du débat public. L’organisation syndicale accuse le gouvernement de minimiser les alertes et de ne pas tirer les conséquences des drames survenus depuis 2025. Elle demande des décisions fortes, au-delà des déclarations d’intention, pour protéger les mineurs et les jeunes majeurs exposés dans le cadre de leur scolarité, de leur formation ou de leur entrée dans l’emploi.
Le message final du communiqué tient en une formule : « Pas d’économies sur la vie des jeunes ! » Pour Solidaires, cette phrase résume l’enjeu politique et social du dossier. La protection des élèves, des apprentis et des jeunes travailleurs ne peut dépendre d’arbitrages budgétaires ou de dispositifs insuffisamment contrôlés. Elle doit devenir, selon le syndicat, une priorité effective, accompagnée de moyens, de règles plus protectrices et d’une remise en cause des stages imposés aux collégiens et lycéens.
