La recharge publique des véhicules électriques reste marquée par une forte opacité tarifaire. Dans un communiqué publié le 12 juin 2026, la CLCV alerte sur les écarts de prix observés sur les bornes ouvertes au public en France. À partir de deux années de données tarifaires et de l’analyse de plus de 200 000 connecteurs de recharge sur l’ensemble du territoire national, l’association de défense des consommateurs estime que les automobilistes sont confrontés à un système trop complexe, insuffisamment lisible et inégal selon les territoires.
Selon la CLCV, le prix payé par un conducteur peut varier fortement pour une même recharge, non pas en raison de la borne utilisée ou de la quantité d’électricité consommée, mais du mode d’accès choisi. L’association pointe en particulier les différences entre l’accès direct, dit ad hoc, et le recours à certains opérateurs de mobilité, via une carte ou une application mobile. Pour une recharge en courant alternatif triphasé, le tarif peut ainsi être de 0,36 euro par kWh en accès direct, tandis que certaines offres via opérateurs de mobilité peuvent atteindre 1,033 euro par kWh. L’écart peut alors approcher 190 %.
Cette situation donne lieu, selon l’association, à une véritable « loterie tarifaire ». Deux automobilistes branchés sur une même infrastructure peuvent se voir facturer des montants très différents selon qu’ils paient directement ou qu’ils utilisent un badge ou une application. Dans le département du Nord, l’écart entre le tarif moyen en accès direct et celui pratiqué via les opérateurs de mobilité atteint ainsi 45 %. Pour les usagers, le choix du moyen d’accès devient donc un élément déterminant du coût final de la recharge, parfois plus important que la localisation ou la puissance de la borne.
La CLCV souligne également l’existence de fortes disparités territoriales et locales. Dans certains cas, au sein d’un même réseau et dans un même département, les prix peuvent varier de plus de 200 % entre le tarif le plus bas et le tarif le plus élevé. L’association cite notamment les Alpes-Maritimes, où les tarifs observés sur des bornes de 22 kW d’un même réseau s’échelonnent de 0,328 euro à 1,162 euro par kWh, soit un écart de 255 %. Dans les Hauts-de-Seine, pour un autre opérateur, les prix vont de 0,270 euro à 0,960 euro par kWh, avec un écart similaire de 255 %.
Ces différences de prix interrogent la capacité des consommateurs à accéder aux tarifs les plus avantageux. Elles contribuent aussi, selon la CLCV, à renforcer les inégalités entre territoires. Alors que le développement de la mobilité électrique repose en partie sur la confiance des usagers dans le réseau de recharge, l’absence d’une tarification claire et comparable peut devenir un frein à l’usage des véhicules électriques, notamment pour les conducteurs qui ne disposent pas d’une solution de recharge à domicile.
Au-delà du niveau des prix, l’association dénonce surtout la complexité des modes de facturation. La recharge publique peut être facturée au kWh, à la minute, au forfait par session, ou encore inclure divers frais annexes, comme des frais de connexion, de stationnement ou d’itinérance. Cette accumulation de paramètres rend la comparaison difficile pour les automobilistes. Contrairement aux carburants, dont les prix sont affichés de manière homogène et facilement comparables à la pompe, le coût d’une recharge électrique reste souvent difficile à anticiper.
Pour la CLCV, cette situation révèle un déficit de transparence. L’usager ne sait pas toujours, avant de se brancher, combien il paiera réellement. Le coût final dépend parfois de conditions tarifaires peu visibles, de frais additionnels ou du contrat passé avec un opérateur de mobilité. Cette complexité peut pénaliser les conducteurs occasionnels, les nouveaux utilisateurs de véhicules électriques ou les automobilistes en déplacement, qui n’ont pas nécessairement le temps ni les outils pour comparer les différentes options disponibles.
Face à ce constat, l’association appelle à une intervention plus ferme des pouvoirs publics. « Les résultats accablants de cette étude montrent que le marché de la recharge des véhicules électriques est insuffisamment régulé par les pouvoirs publics. Une reprise en main s’impose », déclare Éric Adachowsky, président de la CLCV. L’association estime que le cadre existant, notamment européen, ne suffit pas à garantir une information claire et homogène pour l’ensemble des usagers.
Parmi ses demandes, la CLCV plaide d’abord pour un renforcement de la transparence et de la lisibilité des prix. Les obligations d’information préalable doivent, selon elle, être mieux respectées, mais aussi renforcées et harmonisées. L’association insiste en particulier sur les bornes de puissance inférieure à 50 kW, qui représentent la majorité du parc ouvert au public. Pour ces infrastructures, les conditions d’accès et d’affichage des prix restent encore trop variables selon les réseaux et les territoires.
La CLCV demande également la généralisation de moyens de paiement simples et universels, notamment le paiement par carte bancaire. L’objectif est de limiter le recours contraint à certaines applications ou badges, qui peuvent entraîner des différences de prix importantes et compliquer l’accès à la recharge. L’association souhaite que les automobilistes puissent payer facilement, sans devoir multiplier les abonnements, les cartes ou les comptes auprès de différents opérateurs.
Autre proposition centrale : rendre visibles et directement comparables les écarts entre les tarifs directs et ceux pratiqués via les opérateurs de mobilité. Pour les consommateurs, cette transparence permettrait d’identifier plus facilement l’option la moins coûteuse avant de lancer la recharge. Elle contribuerait aussi à limiter les pratiques tarifaires difficilement compréhensibles et à rétablir une forme de confiance dans l’usage des bornes publiques.
L’association appelle enfin à une simplification des structures tarifaires. La généralisation du prix au kWh comme référence principale est présentée comme un levier essentiel pour permettre aux usagers de comprendre et de maîtriser le coût de leur recharge. La CLCV demande également la mise en place d’un suivi national des prix, afin d’identifier les situations de dérive tarifaire et de réduire les inégalités territoriales.
Créée en 1952, la CLCV est une association indépendante de toute influence politique, syndicale ou religieuse. Présente à l’échelle nationale et locale, elle défend les consommateurs, représente les locataires, promeut l’éducation populaire et fait entendre la voix des usagers du système de santé. Dans ce dossier, elle entend faire de la transparence tarifaire un enjeu central de la transition vers la mobilité électrique.
Alors que le véhicule électrique est appelé à prendre une place croissante dans les déplacements quotidiens, la question du prix de la recharge publique devient stratégique. Pour la CLCV, le développement du réseau ne suffira pas si les usagers ne disposent pas d’une information simple, claire et comparable. L’association appelle donc à sortir d’un système qu’elle juge trop opaque, afin que la recharge électrique ne soit plus une loterie, mais un service accessible, lisible et équitable pour tous.
